Bruxelles, 01/09/2014 (Agence Europe) - La chancelière allemande, Angela Merkel, se serait résolue à la nomination du Français Pierre Moscovici comme commissaire européen aux Affaires économiques, mais souhaiterait le faire surveiller par le Finlandais Jyrki Katainen, a indiqué lundi 1er septembre l'hebdomadaire allemand Der Spiegel.
Alors que les sociaux-démocrates européens réunis samedi 30 août à Paris autour de François Hollande avaient réitéré l'engagement de Jean-Claude Juncker de confier ce poste des affaires économiques à un représentant de la famille sociale-démocrate, Mme Merkel aurait, selon le magazine, « arrêté de lutter » contre la nomination de l'ex-ministre français des Finances. « Elle s'est maintenant faite à l'idée que c'est lui qui aura le poste », poursuit Der Spiegel.
Mais Berlin conditionnerait son oui à la nomination, aux côtés de M. Moscovici, d'un « expert en politique budgétaire à la ligne dure, venu du nord de l'Europe ». Cet autre commissaire aurait un poste de vice-président au sein de la Commission, et M. Moscovici devrait lui rendre des comptes. Le Finlandais Jyrki Katainen serait favori pour ce rôle, écrit l'hebdomadaire. Le choix de Pierre Moscovici a été reçu de manière mitigée par le ministre allemand des Finances, Wolfgang Schaüble, qui s'est inquiété de voir des responsabilités économiques être confiées à un pays qui ne parvient pas encore à respecter ses objectifs de réduction des déficits publics. Une source haut placée à Paris a confirmé à EUROPE que Pierre Moscovici était quasiment certain d'obtenir le portefeuille des affaires économiques mais il ne serait pas vice-président. Il y aurait des vice-présidents sans direction générale qui faciliteraient, sans 'chapeauter', le travail des commissaires. L'option Katainen à la vice-présidence sur les sujets économiques est en effet évoquée, selon cette source, mais les Pays-Bas pourraient aussi se la voir attribuer, avec Frans Timmermans, présenté lundi 1er septembre par les médias néerlandais comme le futur commissaire européen issu des Pays-Bas.
La future équipe prend forme
Si l'organisation des portefeuilles n'a toutefois pas encore été arrêtée (elle le sera quand l'identité des commissaires sera intégralement connue), a indiqué lundi 1er septembre la porte-parole du président Juncker, la configuration de la future Commission commence à se préciser. Jean-Claude Juncker pourrait même, après un week-end de Conseil européen plutôt fructueux, régler le problème de la représentation féminine. Le Danemark a en effet désigné l'actuelle ministre de l'Économie et de l'Intérieur, Margrethe Vestager, samedi 30 août pour remplacer Connie Hedegaard. M. Juncker va auditionner tous les candidats à la Commission à partir de mardi 2 septembre. S'agissant de la Slovénie, c'est l'ex-Premier ministre, Mme Alenka Bratusek, qui sera auditionnée. À l'heure actuelle, six femmes sont donc confirmées dans la Commission Juncker. Une septième pourrait venir de Roumanie. Selon plusieurs sources, M. Juncker aurait discuté du candidat roumain le 30 août avec le Premier ministre, Victor Ponta, et celui-ci pourrait revenir sur son choix de nommer une seconde fois Dacian Ciolos. Le socialiste M. Ponta a présenté la candidature de Corina Cretu, actuellement au Parlement européen (groupe S&D). La Roumanie pourrait, selon des sources, hériter de la politique régionale, dossier de taille qui comprend la gestion des fonds structurels européens, soupçonnés d'être mal utilisés dans les nouveaux États membres. L'agriculture, que M. Ciolos espérait de nouveau récupérer selon certains médias, intéresse notamment l'Irlande.
La Belgique, toujours en quête d'un gouvernement, doit aussi envoyer une femme, a exigé Jean-Claude Juncker. La Belgique est le dernier pays à n'avoir pas encore proposé de candidat. La Flamande Marianne Thyssen pourrait dès lors l'emporter face à son 'concurrent' francophone, Didier Reynders. Dans cette configuration, la Commission de M. Juncker pourrait donc compter 8 femmes. Il n'est pas non plus exclu que la Pologne, dont le Premier ministre, Donald Tusk, vient d'être élu président du Conseil européen, procède à des ajustements et s'oriente également vers une femme. Ce qui ferait neuf femmes et permettrait au collège Juncker de passer sans encombre l'épreuve du vote au Parlement européen, du moins en ce qui concerne la question du genre.
Les Pays-Bas, en revanche et contrairement aux rumeurs, n'ont pas retenu de choix féminin. Ils n'ont pas non plus soutenu l'actuel président de l'Eurogroupe, Jeroen Djisselbloem, pour devenir le prochain commissaire européen. Le gouvernement néerlandais a en effet fait savoir, le 1er septembre, que Frans Timmermanns, l'actuel ministre des Affaires étrangères, succèdera à Neelie Kroes. Mais il n'a pas abandonné l'idée de pousser M. Djisselbloem à un second mandat à la tête de l'Eurogroupe en 2015 malgré le forcing de l'Espagne qui jouit du soutien total de l'Allemagne (voir autre nouvelle).
Le président désigné de la Commission a prévu de présenter son équipe et la liste des portefeuilles vers le 8 septembre. Les commissaires seront ensuite auditionnés par les commissions du Parlement européen à partir de la mi-septembre, éventuellement la dernière semaine. Le vote du Parlement européen sur le collège des commissaires aurait lieu en octobre pour permettre, si tout se déroule bien, une entrée en fonction au 1er novembre de la nouvelle Commission. (SP avec MB et LC)