Bruxelles, 28/08/2014 (Agence Europe) - Federica Mogherini est la grande favorite de la course à la succession de Catherine Ashton, Haute-représentante de l'UE aux Affaires étrangères, et devrait ravir le poste sans difficultés. Cette nomination, appelée à être confirmée samedi 30 août lors du sommet européen, impliquerait alors la désignation à la présidence du Conseil européen d'un membre de la famille chrétienne-démocrate (PPE) et issu d'un pays d'Europe centrale et orientale. Le Premier ministre polonais, Donald Tusk, fait désormais figure de favori.
Si EUROPE n'avait pu se faire confirmer comme gagnant ce duo italo-polonais, la formule est toutefois jugée équilibrée de part et d'autre, notamment du point de vue du président de la Commission européenne, José Manuel Barroso. Et pour Mme Mogherini, il existe bel et bien « un sentiment positif » en ce qui concerne sa nomination samedi, a indiqué une source.
Alors que sa candidature avait provoqué une controverse et n'avait pu être imposée, mi-juillet, par le Premier ministre italien, Matteo Renzi, Mme Mogherini, jeune ministre des Affaires étrangères, a su profiter des 'tractations' qui se sont tenues cet été autour de la distribution des hautes fonctions européennes à pourvoir. « Les discussions sur ce sujet ont avancé », expliquait une source diplomatique mercredi, et ont ainsi permis de lever certaines réticences quant à la candidature de Mme Mogherini. En juillet, « certains pays ne voulaient pas appuyer cette candidature sans garanties sur les portefeuilles », poursuivait cette source. Ces assurances ont donc visiblement été données entre-temps. Mme Mogherini a toujours bénéficié du soutien de l'Allemagne et de la France. Il n'empêche que l'Italienne s'est déjà attirée certaines critiques. Pour le Financial Times, ce choix, s'il est confirmé, « serait décevant », car il serait le seul résultat de marchandages sans être basé sur l'expérience. Le journal français Le Monde a aussi critiqué ce choix.
La victoire de l'Italienne présentée comme acquise complique en revanche la possibilité qu'une autre femme sociale-démocrate succède à Herman Van Rompuy à la présidence du Conseil européen. La Danoise Helle-Thorning Schmidt figurait parmi les favorites avant que n'entre dans la course le Polonais Donald Tusk. Car la crise russo-ukrainienne semble être aujourd'hui l'alpha et l'omega des nominations aux hautes fonctions européennes. Le Polonais aurait été démarché activement par la chancelière allemande, Angela Merkel, pour contrebalancer des positions conciliantes par rapport au Kremlin attribuées à Mme Mogherini. Selon le FT, le Polonais aurait aussi le soutien de Paris, ce que certaines sources n'ont toutefois pas confirmé. M. Tusk devra en tout cas améliorer sa maîtrise de l'anglais et du français, ont déjà mis en garde certaines délégations.
L'intention affichée de M. Van Rompuy, qui avait été accusé d'avoir mal préparé le Sommet du 16 juillet, est de ne pas s'attarder sur ces nominations, dont on espère qu'elles feront l'objet d'un consensus rapide. Samedi 30 août, les leaders européens discuteront aussi de l'Ukraine, de Gaza et de l'Irak. Le président ukrainien, Petro Porochenko, sera reçu juste avant à Bruxelles par M. Van Rompuy et M. Barroso.
Risque de rejet de la Commission Juncker
Le sommet pourrait aussi être l'occasion de nouvelles discussions sur la Commission 'Juncker', dont la composition dépendra de l'identité du futur Haut Représentant de l'UE pour les Affaires étrangères qui sera aussi vice-président de la Commission. Les choses pourraient s'annoncer compliquées pour M. Juncker, dont la participation au sommet n'était pas encore confirmée jeudi 28 août.
M. Juncker, qui devait au départ dévoiler sa future équipe lors du sommet, pourrait profiter de la réunion pour interpeller à nouveau les chefs d'État sur la faible représentation féminine, voire menacer d'annuler certaines candidatures. Sur ce point, plusieurs options sont possibles: compenser la faiblesse numérique des femmes par la prééminence des postes qui leur seraient attribués ou demander aux États membres de soumettre de nouveaux noms, comme l'avait fait M. Barroso en 2009. Ce n'est qu'après le sommet, une fois analysées les décisions prises samedi, que M. Juncker rendra son arbitrage.
D'ici là, le 30 août est la date butoir fixée par la Belgique pour présenter son ou sa candidate.
Actuellement l'ancien premier ministre luxembourgeois ne peut compter que sur 4 femmes officiellement désignées. C'est inacceptable pour les libéraux, les sociaux-démocrates et les Verts/ALE au Parlement européen. « Il est tout à fait navrant de constater que les gouvernements des États membres ne soient pas parvenus à proposer à M. Juncker un nombre raisonnable de femmes pour occuper des postes clefs. Le groupe des Verts/ALE ne soutiendra pas une Commission qui comporterait moins de femmes que la Commission sortante », ont aussi averti l'Allemande Rebbeca Harms et le Belge Philippe Lamberts, au nom des Verts, qui ne voient pas de salut dans une compensation liée à la nature des postes attribués. L'ancienne commissaire à la Justice et aux droits fondamentaux, Viviane Reding, a également appelé les Vingt-huit à avoir « un peu de courage ». « Le Parlement européen, quant à lui, aura le dernier mot ! Cela risque d'être non, si l'équilibre minimum hommes/femmes n'est pas atteint », a-t-elle prévenu. (SP)