*** STEPHANIE ROHLFING-DIJOUX, KERSTIN PEGLOW (sous la dir. de): La subsidiarité. Regards croisés franco-allemands sur un principe pluridisciplinaire. Peter Lang (1 Moosstrasse, Postfach 350, CH-2542 Pieterlen. Tél.: (41-32) 3761717 - fax: 3761727 - fax: info@peterlang.com - Internet: http://www.peterlang.com ). Collection "Travaux Interdisciplinaires et Plurilingues", n° 20. 2014, 258 p., 70 €. ISBN 978-3-0343-1135-9.
Prolongement d'un colloque international et interdisciplinaire organisé voici deux ans et demi à l'Université Paris Ouest Nanterre La Défense, cet ouvrage passionnera tous ceux qu'intrigue ou perturbe le principe de subsidiarité, ce concept qui a tendance à être mis à toutes les sauces dans le contexte européen en fonction des intérêts et ambitions - ou, plutôt, des réticences - des uns et des autres. D'origine latine, ce mot exprime aujourd'hui la doctrine politique et sociale selon laquelle la responsabilité de l'action politique, lorsqu'elle est nécessaire, doit être allouée à la plus petite entité capable de résoudre le problème d'elle-même. Après une mise en bouche qui voit le Pr. Jean-Jacques Briu s'intéresser à la définition du terme du point de vue linguistique et montrer ainsi combien le concept est d'une ampleur qui favorise le flou, c'est à préciser les fondements de ce principe et à cerner ses implications concrètes, ainsi que les divers freins et limites inhérents à son utilisation, que sont consacrées les contributions réunies dans ce volume.
Dans un premier temps, l'analyse porte sur l'évolution historique de ce principe dans le contexte de deux Etats aussi dissemblables que possible, à savoir la France jacobine - qui n'aurait, en réalité, privilégié la centralisation à travers les époques que « par la volonté politique d'unir une France déchirée et diversifiée » - et l'Allemagne, « Etat fédéral construit de façon hiérarchisée en partant de la base ». Dans la deuxième partie du livre, les articles s'articulent autour de l'impact de ce principe dans l'organisation politique, administrative et sociale de l'Allemagne et de la France. Et là, très vite apparaît - surprise ! - la dimension européenne de ce principe qui a été introduit par le Traité de Maastricht en vue de délimiter la répartition des compétences dites « partagées » entre l'Union et ses Etats membre, son statut ayant encore été symboliquement renforcé dans le Traité de Lisbonne. Dans des textes écrits en allemand mais intégralement traduits en français, deux auteurs montrent ainsi que le principe de subsidiarité, que l'on pourrait croire consubstantiellement lié à tout Etat fédéral, n'est en réalité consacré par la Loi fondamentale allemande que par son article 23 qui fait référence au… principe de subsidiarité introduit par le Traité de Maastricht - ce qui le prive, au passage, du « statut de principe constitutionnel ».
Il y a mieux encore: dans sa contribution intitulée « subsidiarité et fédéralisme », le Pr. Dieter Grimm (Université Humboldt de Berlin et Ecole de droit de Yale) s'emploie à démontrer que le principe de subsidiarité n'est ni identique ni intimement lié à celui du fédéralisme car celui-ci ne connaît pas de « règle de primauté en faveur du niveau inférieur ». Et d'affirmer: « Une primauté du niveau supérieur serait aussi bien conciliable avec le principe d'Etat fédéral ». A cette interprétation partisane du principe de subsidiarité qui est faite dans le contexte de l'Union s'ajoute l'évidence que « la question de savoir si un objectif ne peut pas être atteint de manière suffisante par les Etats membres, mais peut l'être mieux au niveau de l'Union est une question essentiellement politique », raison pour laquelle ce principe, en tant que tel, « ne sert que comme directive politique pour la législation, non pas comme règle juridique » - ce qui explique aussi, au passage, pourquoi la Cour de justice a toujours répugné à s'en servir: ne lui est-il pas ainsi parfois demandé, en quelque sorte, de prendre « des décisions politiques pour lesquelles elle n'est ni dotée ni légitimée » ? Dans la même veine, le syndicaliste français Jean Claude Boual observe qu'il est ainsi revenu aux juges de Luxembourg, dans le cas de la politique des transports et des services d'intérêt général, de dire le droit mais, pire, d'avoir à le créer pour trancher des conflits né de « l'inertie et l'impéritie des institutions communautaires et étatiques ». Ce sont de plus en plus les « technobureaucraties qui prennent les décisions », s'insurge-t-il en observant que, dans le contexte de la crise protéiforme née en 2008, les gouvernements et les parlements nationaux ont fait la preuve qu'ils « ne se préoccupent pas du principe de subsidiarité mais chipotent sur quelques prérogatives dites de souveraineté, en refusant au nom de ce principe de subsidiarité d'exercer en commun » et de manière pleinement démocratique des prérogatives essentielles pour le devenir de l'Union et de ses citoyens. De tous ses citoyens !
Michel Theys
*** VINCENT DUJARDIN, PIERRE TILLY (sous la dir. de): Hommes et réseaux: Belgique, Europe et Outre-Mers. Liber amicorum Michel Dumoulin. Presses Interuniversitaires Européennes / Peter Lang (1 av. Maurice, B-1050 Bruxelles. Tél.: (41-32) 3761717 - fax: 3761727 - Courriel: info@peterlang.com - Internet: http://www.peterlang.com ). Collection "Euroclio", n° 50. 2013, 651 p., 69,60 €. ISBN 978-2-87574-094-6.
Historien contemporanéiste, Michel Dumoulin a été un professeur emblématique de l'Université catholique de Louvain où il a servi de guide européen à des centaines d'étudiants, sans parler de celui qu'il aura été pour les milliers de lecteurs des multiples ouvrages et études qui jalonnent son parcours académique. Admis récemment à l'éméritat, cinquante-deux auteurs lui rendent hommage en quarante-neuf contributions dans cet impressionnant ouvrage qui, symboliquement, porte le numéro 50 de la belle collection « Euroclio » dont il a été l'un des trois fondateurs. Ainsi que le rappellent dans leur introduction Pierre Tilly et Vincent Dujardin, son actuel successeur à la tête de l'Institut d'études européennes de Louvain-la-Neuve, Michel Dumoulin a toujours aimé à souligner qu'il n'existait pas « de thèmes ou de sujets idiots » pour l'historien, celui devant être « un bon généraliste avant d'être un spécialiste ». Dans cet esprit, on trouve un peu de tout dans ces pages, des histoires d'hommes et de réseaux, de Belgique dans ses dimensions plurielles et aussi d'outre-mers. Personne ne sera toutefois surpris si une part substantielle des contributions porte sur l'Europe telle qu'elle a été pensée et, ensuite, a été construite au fil des décennies. Nul ne sera davantage surpris si l'auteur de ces quelques modestes lignes privilégie, lui aussi, ces regards européens qui parlent, entre autres, de l'Europe de Taviani, des « vies parallèles » de Spaak et Luns, du régionalisme européen face au système international, de la « flexibilité des identités européennes » à la lumière des cas que constituent l'Europe de l'Est et le Portugal, d'un banquier central « très européen et éclectique » nommé Alexandre Lamfalussy ou du fil qui relie « l'antitrust américain à la politique de la concurrence européenne ».
Pour la bonne bouche, qu'il nous soit pardonné de sortir arbitrairement du lot la contribution qu'Umberto Morelli (Université de Turin) consacre aux crises qui, depuis toujours, ont été la force motrice de l'intégration européenne, ce qu'il démontre en revisitant quatre épisodes marquants - la déclaration de l'Union franco-britannique en juin 1940, la reconstruction de l'Allemagne au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, les troubles de l'intégration européenne au milieu des années 70 et, enfin, la chute du Mur de Berlin - et en s'employant chaque fois à voir leur contexte historique, ceux qui ont inspiré la solution, les dirigeants politiques ayant mis en œuvre la solution finalement retenue et, enfin, les conséquences qui en ont résulté. Il en résulte que les pays européens ont alors toujours été contraints à coopérer plus étroitement, mais qu'ils ne s'y sont résolus qu'en laissant ouverts les questions de la finalité politique et de la légitimité démocratique de l'Union. « La méthode intergouvernementale a produit un déficit d'efficacité (…) et un déficit démocratique », juge cet auteur qui en tire la conclusion que l'Union « a privé les systèmes démocratiques nationaux des pouvoirs qui ont été transférés à l'Europe, mais sans avoir établi un pouvoir démocratique européen efficace et accompli ». Du coup, dans le contexte de la crise actuelle, des opportunités de progrès sont cette fois en balance avec des risques de régression suite à l'absence de « leadership politique » et compte tenu du fait que « le populisme et le nationalisme » prospèrent sur le terreau qu'est l'incapacité de l'Union de résoudre les problèmes concrets des citoyens et de conférer une pleine légitimité démocratique a ses institutions.
(MT)
*** MARILENA KOPPA: Demain, c'est loin... Pour la social-démocratie et la sortie de la crise. Editions Otelos Communications Consultancy (Tél.: (30-210) 3627512 - fax: 3623277 - Courriel: koppa@otenet.gr). 2014, 363 p.
À la fois élue socialiste au Parlement européen et professeur de politique comparée au Département des études internationales et européennes de l'Université Panteion d'Athènes, Marilena Koppa s'intéresse, dans cet ouvrage, à la crise qui, entamée en 2007, va changer la Grèce et l'Europe en profondeur. Personne n'est préparé à ce changement, observe-t-elle, et certainement pas la social-démocratie qui est, elle, en crise depuis le début des années 90. Le livre est divisé en trois sections. La première concerne la crise en Grèce, l'auteur y examinant en vingt-cinq chapitres les causes du séisme grec et les moyens de venir à la rescousse de ce pays. En vingt-sept chapitres, Marilena Koppa analyse ensuite les différents aspects de la crise en Europe et envisage notamment, pour s'en sortir, un plan Marshall européen et un saut vers une union politique. La question est toutefois de savoir s'il existe toujours un axe franco-allemand, lequel a longtemps permis un équilibre en Europe. La dernière partie est enfin consacrée à la crise de la social-démocratie, l'auteur y faisant notamment le point sur l'état des droits sociaux et de l'Etat-providence européen avant de proposer une Europe à visage humain, c'est-à-dire fondée entre autres sur la justice sociale, la démocratie et le respect des droits de l'homme.
(AKa)
*** KOSTIS PAPAÚOANNOU: "Les mains propres" d'Aube dorée. Des applications de la pureté nazie. Editions Metechmio (118 rue Ippokratous, GR-11472 Athènes. Tél.: (30-210) 3003500 - fax: 3003562 - Courriel: metaixmio@metaixmio.gr - Énternet: http://www.metaixmio.gr ). 2013, 264 p., 14,40 €. ISBN 978-960566417-6.
« Ces mains peuvent parfois saluer de cette façon, mais ce sont des mains propres. Elles ne sont pas sales, elles n'ont pas volé »... Lorsque le chef d'Aube dorée a tenu ces propos en saluant de façon fasciste, tout le monde a pris conscience de l'identité nazie de ce parti politique grec. Le slogan « fascistes ou même néo-nazis, mais néanmoins propres et honnêtes » est un élément central de la communication d'Aube dorée. La pureté est un point clé dans le phénomène nazi, en particulier pour le néonazisme grec. Président de la Commission nationale des droits de l'homme depuis 2006 et président de la section grecque d'Amnesty International pendant de nombreuses années, Kostis Papaïoannou examine, dans ce livre, la rhétorique développée par Aube dorée pour s'imposer comme un « désinfectant national », la montée en puissance explosive de ce parti extrémiste jusqu'à l'arrestation de son chef et de ses quelques députés, la volonté de ces néo-nazis de « nettoyer » la vie publique et de s'attaquer aux « dangereuses maladies infectieuses » qui touchent l'éducation et l'art par le biais du rituel de raids empreints de violence. En bref, il décrit et analyse le fascisme envahissant le corps social en Grèce et met en garde contre une expansion universelle de ce phénomène mortifère.
(AKa)
*** STANISLAW FILIPOWICZ: Democracy - The Power of Illusion. Peter Lang (1 Moosstrasse, P. O. Box 350, CH-2542 Pieterlen. Tél.: (41-32) 3761717 - fax: 3761727 - Courriel: info@peterlang.com - Internet: http://www.peterlang.com ). Collection « Lex et Res Publica - Polish Legal and Political Studies », n° 2. 2013, 235 p., 46,95 €. ISBN 978-3-631-62894-2.
La démocratie ne serait-elle pas une supercherie ? C'est à apporter des réponses à cette question on ne peut plus iconoclaste qu'un professeur à l'Université de Varsovie, spécialiste de l'histoire des idées et de la philosophie politiques, consacre cet ouvrage en appelant à la barre des sceptiques et autres schismatiques ayant notamment pour noms, excusez du peu, Platon, Aristote, Tocqueville, Nietzsche, Heidegger et Ortega y Gasset. Stanislaw Filipowicz ne se veut pas procureur, seulement penseur qu'habitent les doutes quant à la consistance du mythe qui pourrait voir été créé autour du concept de démocratie et, plus encore, de la compréhension qu'on en a. Plantant intellectuellement ses pas dans les traces laissées par Platon - pour qui la démocratie conduisait inévitablement à la tyrannie - et par Alexis de Tocqueville lorsqu'il dénonçait « la tyrannie de la majorité », il dénonce différents travers et faiblesses de la démocratie concrètement appliquée, tout en rappelant fort opportunément combien ce principe s'est imposé tard dans l'histoire avant de devenir un credo incontournable sous l'impulsion des Etats-Unis d'Amérique. Un travail interpellant qui sème intellectuellement le doute en cette période où la démocratie semble partout un peu malade…
(MT)
*** OLIVIER DARD (sous la dir. de): Supports et vecteurs des droites radicales au XXe siècle (Europe/Amériques). Peter Lang (voir coordonnées supra). Collection "Convergences », n° 73. 2013, 262 p., 74 €. ISBN 978-3-0343-1444-2.
Cet ouvrage rend compte de travaux d'historiens impliqués dans un programme de recherche relatif à l'internationalisation des droites radicales. Après avoir mis en lumière, dans un autre livre dirigé par Olivier Dard, des figures reconnues pour leurs profils de doctrinaires, de vulgarisateurs et de passeurs (Peter Lang, 2012), dix auteurs s'intéressent cette fois à différentes revues, maisons d'édition et librairies actives dans ce créneau, le but principal qu'ils poursuivent étant de comprendre comment ces acteurs font circuler entre eux leurs idées. Ils s'emploient ainsi à distinguer les plumes étrangères qui peuvent être sollicitées et à dégager ainsi un groupe de publicistes ayant eu un véritable rayonnement international. Les regards portent tour à tour sur la France et l'Europe francophone (avec, entre autres, une contribution sur l'internationalisation du négationnisme de 1948 à nos jours), l'Europe méditerranéenne avec des exemples italien et portugais, enfin sur les Amériques à travers des exemples canadiens et argentin. Une attention soutenue est aussi accordée aux nouveaux vecteurs des idées d'extrême droite permis par l'essor d'Internet, ces nouveaux médias étant, selon le Pr. Dard (Université de Lorraine), le révélateur de l'internationalisation des droites radicales.
(PBo)