Strasbourg, 09/04/2014 (Agence Europe) - C'est la deuxième fois que le Letton Nils Muiznieks, commissaire aux Droits de l'homme du Conseil de l'Europe depuis 2012, présente son rapport annuel devant l'Assemblée parlementaire (APCE).
Il s'est exprimé mardi 8 avril, Journée internationale des Roms, comme l'a rappelé la Luxembourgeoise Anne Brasseur, élue au perchoir de l'hémicycle en janvier dernier, et cette date n'est effectivement pas anodine lorsque l'on prend connaissance de ce rapport 2013 sur l'état des droits fondamentaux dans les 47 pays membres du Conseil de l'Europe. La question des Roms et des migrants reste tout aussi cruciale dans ce texte qu'elle ne l'était dans l'état des lieux 2012.
« Cibles privilégiées des crimes de haine en période d'austérité », ces populations souffrent aujourd'hui de nouvelles discriminations induites par « la pression qui, en Europe, vise à tarir le flux des migrants pour les empêcher d'arriver sur le territoire de l'Union », a expliqué Nils Muiznieks. Il a pu acter « des profilages ethniques aux frontières de certains pays et des mesures telles que la confiscation de passeports ou de billets d'avion ». Face à ce constat, il a annoncé la publication prochaine d'un document relatif au « droit à quitter le pays » avant d'attirer l'attention de l'Assemblée sur un « nouveau groupe de migrants arrivés en Europe: les Syriens ». Face à cette crise, « la plus grande qu'elle ait connue depuis 20 ans en matière de refugiés », l'Europe « fait peu, bien trop peu, alors que les capacités des pays voisins de la Syrie sont mises à rude épreuve », a-t-il déploré.
Autre front sur lequel Nils Muiznieks avait promis de concentrer ses efforts lors de sa prise de fonctions, la situation des droits de l'homme dans les pays soumis à une austérité économique drastique. Fort de 24 voyages effectués en 2013 parmi lesquels un séjour en Grèce, il réitère ses recommandations en la matière: 1) maintenir la protection sociale (« personne ne doit passer entre les mailles du filet », a-t-il dit) ; 2) assurer l'égalité, y compris pour « les plus vulnérables » que sont les jeunes, les personnes handicapées, les enfants et les précaires, en se souvenant que, selon l'Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) et le Fonds monétaire international (FMI), l'égalité est essentielle si l'on vise une croissance à long terme ; 3) maintenir les structures de protection des droits de l'homme afin de s'appuyer sur leur connaissance du terrain pour assurer le suivi des mesures d'austérité.
Les « comportements répréhensibles de la police, partout sur le territoire du Conseil de l'Europe », les questions de liberté d'expression, de liberté des médias et d'Internet sont également abordées avec inquiétude dans ce rapport 2013 présenté par un commissaire aux Droits de l'homme qui n'a par ailleurs pas caché son inquiétude sur la Crimée. Il se rendra « prochainement » dans cette région, mais a déjà fait état de « rapports très alarmants » sur la situation des droits de l'homme sur place: enlèvements, agressions contre des journalistes, exode de plus de 5 000 Tatars vers l'ouest de l'Ukraine (essentiellement des femmes et des enfants) et marquage des portes de certains membres de cette communauté en Crimée. Nils Muiznieks a annoncé qu'il publiera en juin un rapport détaillé sur ces questions. (VL)