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Bulletin Quotidien Europe N° 11057
ACTION EXTÉRIEURE / (ae) ukraine

L'ambassadeur demande à l'UE de sanctionner davantage la Russie

Bruxelles, 09/04/2014 (Agence Europe) - Alors que des militants pro-russes tentent de déstabiliser l'est de l'Ukraine, l'ambassadeur ukrainien auprès de l'UE, Kostiantyn Yelisieiev, a appelé mardi 8 avril l'UE à prendre de nouvelles sanctions contre la Russie. Interrogé par EUROPE, il revient aussi sur les futures élections présidentielles et sur le soutien de l'UE à son pays, dans cette période qu'il qualifie de « plus importante de l'histoire de l'Ukraine » (propos recueillis par CG)

Agence Europe - Des militants pro-russes ont pris des bâtiments administratifs à l'est de l'Ukraine et certains ont proclamé une République souveraine à Donetsk. Redoutez-vous un scénario comme pour la Crimée ?

Kostiantyn Yelisieiev - Non, car il y a beaucoup de différences par rapport à la Crimée. La communauté internationale est très bien organisée, mobilisée et vigilante. À l'est de l'Ukraine, il n'y a pas de base militaire russe ; en Crimée, Moscou a utilisé les bases militaires et navales comme base d'agression. Après la Crimée, les actions des Russes ont provoqué la consolidation du patriotisme, il y a de plus en plus d'actions en Ukraine, surtout à l'est, en faveur de l'intégrité territoriale et contre les actions brutales de Moscou. C'est pourquoi je ne pense pas que le scénario de la Crimée va se répéter à l'est de l'Ukraine.

Que fait le gouvernement ukrainien et que doivent faire l'UE et la communauté internationale ?

C'est à nous, les Ukrainiens, de faire tout notre possible pour stabiliser la situation, surtout en ce qui concerne l'est du pays. En même temps, nous attendons que l'UE continue son soutien important. Le facteur le plus important pour l'apaisement et la stabilisation de la situation est l'octroi de l'assistance financière, économique et technique. (…) L'UE doit aussi donner un feu vert pour la 3ème phase des sanctions, car si on regarde les événements à l'est de l'Ukraine, il est évident que la Russie n'arrête pas, que l'escalade continue et qu'il y a des confrontations avec des pro-russes qui sont à l'est de l'Ukraine. Il ne faut pas arrêter, il faut agir de manière décisive.

Cette manière décisive, ce sont des sanctions de phase trois ?

Oui. Certains disent que, s'il n'y a pas d'apaisement, on va introduire les sanctions de la troisième phase. Mais y a-t-il actuellement un apaisement ? Non, pas du tout. Il ne faut pas prendre la situation en Crimée comme un fait accompli. Il faut continuer et bouger. À mon avis, le feu vert pour tous, en particulier pour l'UE, doit être la récente résolution de l'Assemblée générale de l'ONU. Pour moi, la sanction la plus lourde de la part de l'UE vis-à-vis de la Russie est de montrer (avec l'Ukraine) sa solidarité à 100%, pas à 99%, et d'agir de manière coordonnée et solidaire. (…) Au sein de l'UE il y a des pays qui hésitent, mais cette hésitation joue en faveur de la Russie, de l'agresseur et c'est aussi un test pour l'UE concernant ses valeurs. Certains États membres s'inquiètent de souffrir s'ils introduisent des sanctions. Oui, pour la paix, il faut souffrir, la paix n'a pas de prix ! C'est aussi de la responsabilité des dirigeants européens d'informer les citoyens de l'UE sur les raisons pour lesquelles ils prennent telle ou telle mesure vis-à-vis des Russes.

Pensez-vous que la réaction de l'UE à l'annexion de la Crimée a été trop faible ?

Ce n'est pas à moi de juger si c'est suffisant ou pas. Ce que l'UE a fait en termes de sanctions porte ses fruits, mais il ne faut pas arrêter à mi-chemin, il faut aller plus loin. Je souhaiterais beaucoup qu'au cours des prochains Conseils, les États membres continuent d'envisager et d'adopter des mesures restrictives en vue de montrer à Moscou que l'ignorance et les actions brutales violant le droit international ne sont pas acceptables à l'heure actuelle.

Le secrétaire d'État américain, John Kerry, et le ministre russe des Affaires étrangères, Serguei Lavrov, ont discuté lundi d'une réunion d'ici dix jours entre les États-Unis, la Russie, l'UE et l'Ukraine pour tenter de régler la crise ukrainienne. Qu'en pensez-vous ?

Je n'ai pas encore reçu les informations détaillées. L'Ukraine est prête à dialoguer avec la Fédération de Russie. Lundi, le ministre des Affaires étrangères ukrainien, Andrii Dechtchitsa, a téléphoné à son homologue russe. Si je comprends bien, ils se sont aussi mis d'accord sur une prochaine rencontre au format bilatéral. L'Ukraine est en faveur des actions diplomatiques, pacifiques, et souhaite utiliser l'arme de la diplomatie pour résoudre cette crise provoquée par les actions illégales et brutales de la Russie.

La mission de l'OSCE est-elle actuellement dans l'est de l'Ukraine ?

Nous sommes très contents que, finalement, après de nombreuses discussions, la décision a été prise de déployer la mission de surveillance ('monitoring') de l'OSCE et nous sommes en faveur du déploiement d'une mission de monitoring de l'UE pour soutenir la mission de l'OSCE. Nous considérons que cette opération de l'UE va être la garantie que la Russie ne va pas bloquer les efforts de la communauté internationale en faveur de l'apaisement et elle sera utilisée pour obtenir la vérité sur ce qui se passe à l'est de l'Ukraine. Nous faisons face à trois agressions de la part de la Russie: l'agression militaire, l'agression en termes d'information et l'agression énergétique. Dans ce contexte, tout le monde, y compris l'UE, doit être vigilant, actif et créatif en vue de relever ces défis.

Que peut faire l'UE pour vous aider dans le domaine de l'énergie ?

L'UE peut faire beaucoup. Nous sommes dans une phase décisive pour résoudre la question relative aux flux inversés du gaz à partir de pays de l'UE (Slovaquie, Hongrie et Pologne). L'UE doit aussi arrêter coûte que coûte le développement du projet Southstream, car c'est évident que ce projet est contre la législation de l'UE. On va discuter de la modernisation du système de transmission du gaz. On est prêt à parler du problème relatif à la création, sur le territoire ukrainien, du centre du réseau de gaz qui va comprendre le système de transmission du gaz, les réservoirs de gaz souterrains, l'utilisation de LNG (gaz naturel liquéfié) et du gaz de schiste. Nous attendons aussi que l'UE nous soutienne quand nous irons devant la Cour internationale contre la Russie, qui a saisi les atouts gaziers, pétroliers et énergétiques en Crimée. (…) Il y a un dialogue très actif entre le Premier ministre, Arseni Iatseniouk, et le président de la Commission européenne, José Manuel Barroso, pour que l'UE nous aide à garantir la sécurité énergétique de l'Ukraine, si la Russie arrête l'approvisionnement en gaz. Nous travaillons à l'unisson pour résoudre le problème de la sécurité énergétique de l'UE et l'Ukraine va assurer le transit du gaz sur son territoire coûte que coûte, car c'est de notre responsabilité.

L'UE promeut des élections libres, équitables et transparentes. Est-ce que dans les conditions actuelles, de telles élections sont réalisables le 25 mai pour le scrutin présidentiel?

L'Ukraine est déterminée à conduire des élections de manière transparente et démocratique et nous travaillons avec la communauté internationale pour cela. La mission de l'OSCE va faire le monitoring des élections à court et long termes. On a aussi invité une délégation du Parlement européen. Sachant que la Crimée est actuellement annexée, on fait une campagne d'information pour créer la possibilité pour les citoyens ukrainiens qui habitent en Crimée de faire le choix de voter dans les circonscriptions électorales situées au sud de l'Ukraine, frontalières de la Crimée.

Vous n'avez pas peur qu'il y ait des incidents dans l'est ?

Bien sûr, il y a deux défis. Le premier est qu'avant les élections, la Russie fasse tout son possible pour ne pas assurer des élections démocratiques. On s'attend à ce qu'elle provoque l'instabilité, les hostilités dans ces régions. Le second est qu'il faut protéger les résultats et les défendre car, après les élections, certaines forces agressives vont faire tout leur possible pour les discréditer. Mais nous avons besoin de conduire ces élections, car nous avons besoin d'un chef d'État qui pourra à 100% contribuer à la stabilisation politique et financière en Ukraine. Après les élections, nous allons continuer avec les changements constitutionnels. On va faire tout notre possible pour réformer les gouvernements locaux, pour décentraliser le pouvoir, donner plus de pouvoirs aux conseils locaux et plus d'initiative aux régions, en vue du développement économique et financier.

Cela passe-t-il aussi par une lutte accrue contre la corruption ?

La corruption est un des défis les plus importants de notre situation politique interne. Dans les prochains jours, le parlement va adopter certaines législations nécessaires pour créer la base législative pour combattre ce cancer. Et on va créer le bureau national anticorruption. Toutes ces actions sont coordonnées avec le Conseil de l'Europe et le Groupe d'États contre la corruption (GRECO), avec l'assistance de l'UE.

Pour revenir sur l'accord d'association, que représente la signature des chapitres politiques de l'accord d'association ?

Cette signature était un geste politique de solidarité de l'UE qui a décidé, dans le plus court délai, de préparer et de signer la partie politique de l'accord, avant même les élections présidentielles. En signant, l'UE a pris la responsabilité politique pour l'indépendance, l'intégrité territoriale et la souveraineté de l'Ukraine (…). Dans ces chapitres, il y a aussi la coopération concernant le maintien de la paix et de la stabilité régionale et la coopération militaire et technique. Nous attendons que l'accord dans son intégralité soit signé juste après les élections présidentielles en Ukraine. (…) Pour nous, le plus important c'est de signer le plus vite possible, que l'accord soit ratifié par le parlement ukrainien et de commencer à mettre en oeuvre ce traité. Même avant la signature des chapitres relatifs à la zone de libre-échange, l'UE va commencer à donner les préférences à l'Ukraine. C'est aussi un geste très important, un geste de solidarité de l'UE.

De votre côté, quand pensez-vous pouvoir mettre en oeuvre ce volet commercial ?

Dès que l'on va signer, on va présenter le document pour la ratification et je crois que le parlement va voter très vite. Selon les procédures, on peut mettre en oeuvre provisoirement la plupart des parties relatives à la zone de libre-échange.

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