Bruxelles, 12/12/2013 (Agence Europe) - Les ministres de l'Énergie de l'UE ont calé devant le projet de compromis de la présidence lituanienne visant à limiter à 7% des biocarburants de première génération.
La prise en compte du changement indirect dans l'affectation des sols (ILUC) dans la production des biocarburants pour limiter son incidence sur les émissions de gaz à effet de serre est un casse tête scientifico-technique en soi. L'adoption par les 28 États membres de l'UE de nouvelles règles pour réorienter la politique de l'UE en matière de biocarburants via la modification des directives « renouvelables » et « qualité des carburants » en leur adjoignant la directive « ILUC » n'est pas moins un casse tête politique.
L'UE s'est fixé en 2008 un objectif de 10% d'énergies renouvelables dans le secteur des transports d'ici 2020, reposant sur l'incorporation de biocarburants et donc sur l'encouragement des investissements dans ce secteur. Mais leur bilan environnemental contesté - effets pervers avec déforestation, disparition de cultures vivrières - et leur impact sur l'augmentation des prix des denrées alimentaires ont contraint l'UE à réviser sa position. Tout en maintenant l'objectif 2020 de 10% d'énergie verte dans les transports, la Commission a proposé de limiter à 5% la part des biocarburants de première génération. Produits à partir de cultures destinées à l'alimentation, ils sont jugés moins vertueux que les carburants de deuxième génération, ou biocarburants avancés (algues, déchets verts…). À l'heure actuelle, les biocarburants de première génération sont à la source de près de 5% de l'énergie utilisée dans les transports de l'UE.
Appelés à se prononcer sur le dossier, jeudi 12 décembre, les ministres européens de l'Énergie ne sont pas parvenus à s'accorder. Une coalition hétéroclite de pays membres aux intérêts contraires a en effet bloqué le projet de cadre législatif visant à limiter l'usage de terres arables pour la production de biocarburants dans l'UE en rejetant le compromis proposé par la présidence lituanienne qui proposait de limiter à 7% les biocarburants de première génération dans les objectifs européens en matière de renouvelables.
Sept pays membres ont voté contre la proposition de compromis limitant à 7% la part maximale des biocarburants produits à partir de céréales ou de plantes sucrières et oléagineuses. La Belgique, les Pays-Bas, le Luxembourg, le Danemark et l'Italie veulent un seuil plus ambitieux, fixé à 5%. La Hongrie et la Pologne ont voté contre, car ils ont jugé ce plafond de 7% pas assez élevé. En septembre, le Parlement européen a plaidé pour un seuil de 6% et pour un objectif obligatoire d'incorporation de biocarburants avancés à 2,5%.
« Une coalition assez exotique » de pays membres a rejeté le compromis, a expliqué le ministre lituanien, Jaroslav Neverovic. « Il y a eu, d'une part, ceux qui sont plus ambitieux, d'autre part, ceux qui le sont moins. Nous avons néanmoins eu une bonne discussion. Des zones de préoccupations ont été identifiées et des solutions éventuelles ont été discutées », a ajouté le président du Conseil.
« Il est important que la modération proposée par la présidence lituanienne soit reconnue par une grande majorité d'États membres », a jugé le commissaire Günther Oettinger. « Certains États membres ont jugé que la proposition modifiée n'était plus assez ambitieuse et trop édulcorée, alors que d'autres la trouvaient toujours trop ambitieuse. Dès lors, une majorité d'États membres ne souhaitaient pas l'adopter pour des raisons tout à fait différentes. Nous devrons poursuivre les discussions pour trouver un compromis avec une grande majorité de pays. Mais, ce qui est essentiel, c'est qu'aucun pays membre ne s'est inscrit contre la nécessité d'une réforme de la directive 'renouvelables' pour que l'on puisse évoquer les biocarburants de deuxième génération et que l'on puisse les produire en masse », a-t-il ajouté. Partisan d'un plafonnement à 5%, M. Oettinger n'a pas caché son agacement devant les ministres. « Nous ne pouvons pas continuer pendant sept ans avec les directives actuelles. Il faut les modifier », leur a-t-il lancé.
Il revient donc à la présidence grecque, qui prend les rênes du Conseil au premier semestre 2014, d'étudier les moyens de procéder pour la suite de la directive « ILUC ». L'espoir de parvenir à un accord entre les États membres et le Parlement européen avant les élections de mai 2014 est toutefois jugé peu probable.
« Victoire du biodiesel. Défaite de la lutte contre la faim et de la défense du climat », a déploré sur son compte Twitter l'eurodéputée Corinne Lepage (ADLE, française), qui a élaboré le compromis adopté par le Parlement européen. « Une alliance malheureuse entre les États les plus ambitieux et les moins ambitieux a bloqué tout progrès sur l'ILUC », a commenté, également sur Twitter, la commissaire au Climat, Connie Hedegaard. « Pour combien de temps? », s'inquiète-t-elle, soulignant que tout délai signifie incertitude pour l'industrie. L'ONG environnementaliste Greenpeace a, de son côté, dénoncé un « échec déraisonnable ».
L'industrie des biocarburants de première génération, elle, se frotte les mains. Réunis sous la bannière de l'EBB, les producteurs européens de biodiesel ont salué le rejet du compromis au Conseil Énergie, insistant sur la nécessité de mener davantage de recherches scientifiques sur les effets de l'ILUC. (EH)