Bruxelles, 01/10/2013 (Agence Europe) - La commission des libertés civiles du Parlement européen a reçu, lundi 30 septembre, un invité de marque, à l'occasion de sa nouvelle audition d'enquête sur les activités de la NSA américaine.
Un invité virtuel en l'occurrence, le lanceur d'alerte américain Edward Snowden, à l'origine des révélations, qui a en effet passé un message écrit à l'intention des députés via l'avocate Jesselyn Radack, les félicitant notamment pour leur travail d'enquête. Pour M. Snowden, ancien membre de la CIA et de la NSA qui a fourni une somme de documents aux médias internationaux attestant des pratiques d'écoute à grande échelle opérées par les renseignements américains, la surveillance de masse, la surveillance de populations entières plutôt que d'individus est le « plus grand défi actuel posé aux droits de l'homme », a-t-il dit. Selon son message, il ne saurait y avoir de débat public digne de ce nom sans une véritable information du grand public.
Mais le coût de cette connaissance a été, pour lui, la « persécution et l'exil », a ajouté celui qui a reçu l'asile en Russie et figure parmi les candidats en lice pour obtenir le prix Sakharov. Pour M. Snowden, un mouvement de prise de conscience progressive est en tout cas aujourd'hui lancé et avec lui « le travail de toute une génération ».
La persécution et la déchéance, Thomas Drake les a aussi connues. Invité à Bruxelles à débattre de la question, cet ancien agent de la NSA a raconté aux députés comment les autorités américaines ont tenté de transformer sa vie en enfer après qu'il a diffusé des documents sur des abus et fraudes commis au sein de l'agence entre 2003 et 2006 ainsi que des informations sur un programme de surveillance électronique. « Le gouvernement a fait de moi la cible d'une enquête criminelle, j'ai été ciblé et subi des représailles », a-t-il expliqué. M. Drake a dû quitter son emploi, il a été mis sur une liste noire et ne pouvait quasiment plus payer ses frais d'avocat. L'homme a encore risqué, sous l'administration Obama, « une peine de 35 ans de prison ». Pour cet ancien de la 'maison' NSA, les services de renseignement américains ont, comme la NASI de l'ex-Allemagne de l'Est, « un besoin pathologique de tout savoir » et « transforment leurs compatriotes en citoyens à surveiller ». « Tout le monde devient suspect, est vu comme un intrus et on exagère les menaces pour avoir accès à tout », a-t-il dénoncé. Ces pratiques, qu'il avait mis au jour à l'époque, sont « toujours là et on les justifie de manière éhontée », a encore dit M. Drake. Invités à participer à ces auditions, les officiels américains ont tous refusé, a précisé la députée Sophie in't Veld (ADLE, Pays-Bas). La prochaine audition se tiendra jeudi 3 octobre et sera consacrée à l'espionnage dont a été victime l'opérateur belge Belgacom, en l'occurrence de la part des services secrets britanniques. (SP)