Bruxelles, 03/09/2013 (Agence Europe) - Une nouvelle étude américaine concluant à un bilan carbone du biodiesel bien moins nocif que ce que ne le juge l'actuelle politique européenne sur les biocarburants, menée par la Commission, pourrait ouvrir de nouvelles portes dans le débat.
Après un an d'un débat casse-tête entre le Conseil et le Parlement européen sur le projet de directive mis sur la table en octobre 2012 par l'exécutif européen pour limiter l'usage des biocarburants de première génération issus de cultures agro-alimentaires, dont le bilan climatique est jugé néfaste, et leur substituer des biocarburants avancés fabriqués à partir de déchets, d'algues ou de biomasse (EUROPE 10712, 10862, 10872 et 10886), une nouvelle étude américaine, conduite par l'université de l'Illinois, pourrait changer la donne.
Accusés de s'accaparer des terres réservées à l'alimentation humaine et animale et d'afficher pour certains d'entre eux un bilan écologique désastreux en raison du changement indirect d'affectation des sols (ILUC) - le déplacement des productions alimentaires et les plantations destinées aux biocarburants entraînant la destruction de forêts, de prairies ou de tourbières -, les agro-carburants, biodiesel en tête, seraient loin d'avoir un bilan carbone aussi désastreux que ne le prétendent nombre d'études antérieures sur lesquelles se base la proposition législative de la Commission.
En 2011, l'Agence française de l'environnement et de la maîtrise de l'énergie (Ademe) a par exemple conclu qu'en prenant l'ILUC en compte, les agro-carburants ne répondent pas aux objectifs européens de réduction des gaz à effet de serre dans plus de deux tiers des évaluations. L'institut international de recherche sur les politiques alimentaires (IFPRI) a quant à lui calculé que, pour certains biodiesels, les émissions de CO2 sont supérieures à celles des carburants fossiles quand on intègre l'ILUC.
Dévoilée le 3 septembre par le Bureau européen du biodiesel (EBB), l'étude conduite par l'université de l'Illinois conclut à des valeurs de prise en compte de l'ILUC pour le biodiesel beaucoup plus faibles - près de 95% inférieures - à celles sur lesquelles se base la proposition de la Commission, « principalement grâce à une meilleure compréhension concernant l'utilisation des terres, les rendements des cultures et l'utilisation des forêts dans l'UE, le Canada et aux États-Unis », mais aussi la prise en compte d'autres facteurs comme la régionalisation de l'analyse et la spécificité de la culture du rendement.
« La divergence des résultats due à une légère modification des hypothèses ouvre encore une fois la porte pour contester la validité de la science ILUC dans l'élaboration des politiques [énergétique et climatique] de l'UE ». Les décideurs politiques ne peuvent plus nier l'immaturité de la science pour servir l'élaboration de ces politiques », conclut l'EBB dans un communiqué. (EH)