Bruxelles, 24/07/2013 (Agence Europe) - Le COPA-COGECA a des craintes sur l'équilibre de l'accord de libre-échange UE/Canada (il a d'ailleurs envoyé récemment une lettre à la Commission européenne) et de fortes attentes sur les négociations commerciales avec les États-Unis. Par ailleurs, il demande des mesures supplémentaires, sur une base volontaire, en faveur du secteur du lait après expiration des quotas en 2015, et estime que les mesures de verdissement de 30% des aides agricoles vont se traduire par une hausse des coûts de production pour les exploitants agricoles. Pekka Pesonen, le secrétaire général du COPA-COGECA, s'inquiète des effets de la baisse des dépenses agricoles entre 2014 et 2020, celles-ci passant de 43,1 milliards d'euros en 2013 à 37,6 milliards en 2020. « Bien entendu, c'est un problème pour nous. Nous voyons des défis importants pour remplacer ces coupes. Nous devons nous assurer que les agriculteurs soient en mesure de générer des revenus grâce au marché. Ce n'est pas encore fait. » En septembre, le COPA-COGECA élira son nouveau président (Propos recueillis par Lionel Changeur).
Agence Europe (AE) - Êtes-vous satisfait de l'accord sur la réforme de la politique agricole commune (PAC) ?
Pekka Pesonen (PP) - De manière générale, nous saluons le fait que les institutions de l'UE soient arrivées à boucler un paquet le 26 juin dernier. Nous relevons de nettes améliorations par rapport à la proposition initiale de la Commission. Mais il y aura des défis à relever, dont le cadre financier pluriannuel très restrictif et le transfert de fonds entre les piliers, et des exigences supplémentaires à respecter par les agriculteurs pour pouvoir toucher le paiement vert (verdissement de 30% des aides directes). Mais, grâce aux améliorations apportées, nous pouvons vivre avec ce paquet. Nous espérons que les institutions de l'UE pourront régler rapidement les détails (fine tuning) ou les sujets liés au cadre financier pluriannuel.
(AE) - Acceptez-vous les résultats sur le verdissement de l'aide et quels en seront les effets ?
(PP) - Nous allons très probablement être confrontés à une hausse des coûts de production en raison de l'introduction des exigences sur le verdissement. Nous n'y échapperons pas. Nous n'avons pas d'estimation chiffrée à ce stade, et les effets sont variables. Par exemple, il y aura des différences dans les secteurs comme entre les régions où l'élevage prédomine, et les zones où les terres arables dominent.
(AE) - Que pensez-vous des sujets qui restent à régler sur la réforme de la PAC qui vont être discutés avec le PE (dégressivité et plafonnement des aides, transferts entre piliers..) ?
(PP) - Sur la dégressivité, nous pouvons vivre avec la solution proposée par la présidence irlandaise (5% de dégressivité à partir de 150 000 euros), même si cela va à l'encontre du principe selon lequel il ne faut pas pénaliser les plus grands agriculteurs uniquement parce qu'ils sont plus grands.
(AE) - Cela veut dire que vous êtes contre le plafonnement ?
(PP) - Oui, nous y sommes opposés. Nous n'aimons pas l'idée d'imposer un plafond sur le soutien (direct).
(AE) - Quelles mesures préconisez-vous lorsque le régime européen des quotas laitiers expirera en 2015 ?
(PP) - La ligne principale est que nous devons faire en sorte que la volatilité des prix sur le marché soit contrôlée, à défaut de pouvoir l'éliminer. Et nous devons faire en sorte que les agriculteurs puissent s'en sortir économiquement. À l'heure actuelle, la situation sur le marché est assez bonne. Pour l'instant du moins, nous ne percevons pas de développements inquiétants dans le secteur des produits laitiers. Nous devons tenir compte de la répartition de la production laitière dans l'UE, politiquement c'est très important. C'est l'un des rares secteurs qui existe réellement dans tous les États membres.
(AE) - Le système des quotas a eu pour objectif de limiter l'offre globale de la production de lait. Quels pourraient être les prochains outils ?
(PP) - Nous sommes tous d'accord sur le fait que les quotas, tels qu'ils existent actuellement, ne fournissent pas une aide suffisante pour stabiliser le marché et surtout le revenu des agriculteurs. En 2008, 2009 et 2010, quand il y a eu la crise (dans le secteur), nous avions un régime solide de quotas en place. Mais cela n'a pas empêché la baisse des prix. Tous les producteurs laitiers ont souffert dans une certaine mesure. Le régime actuel des quotas n'est plus suffisant pour garantir la rentabilité économique de l'agriculteur grâce au marché, et il ne fournit pas une aide suffisante pour stabiliser le marché. C'est pourquoi nous acceptons la disparition du système des quotas dans sa forme actuelle. Cependant, nous voulons maintenir le reste des mesures de gestion du marché. Notamment pour limiter la volatilité du marché. Et nous avons besoin de nouvelles mesures de marché, de préférence des mesures volontaires, que les agriculteurs pourraient utiliser individuellement ou en groupe: une sorte de mécanisme volontaire privé pour lutter contre les fluctuations en temps de crise, ou une sorte de système de stabilisation du revenu personnel. En outre, certaines mesures prises par des États membres en matière de fiscalité ont aidé les agriculteurs à stabiliser leurs revenus d'année en année. Mais nous préférons que des outils au niveau de l'UE soient disponibles pour tous les producteurs laitiers.
(AE) - Avez-vous des préoccupations concernant les négociations sur la signature d'accords de libre-échange UE/Canada et UE/États-Unis ?
(PP) - Concernant les négociations avec le Canada, qui sont dans leur phase finale, nous devons nous assurer qu'il s'agit d'un accord équilibré. Et nous ne pensons pas qu'il soit équilibré pour le moment. Nous avons constaté des progrès possibles dans certains domaines, par exemple sur les indications géographiques (IG). Mais nous n'obtenons pas beaucoup en retour sur le secteur laitier. S'agissant des produits de base, nous ne pouvons pas accepter que, en échange d'accorder (aux Canadiens) un meilleur accès au marché pour des volumes importants de viande de bœuf et de porc (négocié par la Commission européenne et le gouvernement canadien), nous recevions un accès au marché seulement légèrement amélioré pour les exportations de fromage vers le Canada. Nous souhaitons que ceci soit revu. Le bœuf est un produit sensible pour nous, et la production de viande bovine de l'UE est en danger. Les importations augmenteraient substantiellement en raison d'un tel accord. Toujours dans le secteur de la viande, nous demandons une meilleure répartition de notre bœuf réfrigéré, frais et surgelé. Nous pensons que l'UE a accordé un accès trop important à des produits frais et réfrigérés et n'a pas mis suffisamment l'accent sur les produits surgelés. Aussi, pour la viande de porc, nous avons des exigences de protection des animaux beaucoup plus élevées qui ne peuvent pas être imposées aux producteurs canadiens ou américains, et nous avons des coûts plus élevés pour l'alimentation animale en raison de procédures différentes d'approbation des OGM qui nous placent dans une situation de désavantage concurrentiel.
Sur les négociations transatlantiques (USA), nous sentons très bien qu'un potentiel existe pour les deux parties d'obtenir un accord raisonnablement équilibré. Nous sommes d'accord sur les objectifs à bien des égards, en particulier dans des domaines tels que la sûreté alimentaire, mais nous avons des visions différentes sur la façon d'atteindre ces objectifs. C'est un grand défi. Les Américains ne peuvent pas dire que la nourriture européenne n'est pas sûre et franchement, on ne peut pas dire que la nourriture américaine n'est pas sûre. Toute la difficulté est de faire fonctionner l'ensemble.
Premièrement, nous devons parler des mesures non-tarifaires. Nous utilisons certaines méthodes de production. Par exemple, en matière d'inspection des viandes, la discussion sur l'acide lactique a été réglée. En échange, nous aimerions que les USA lèvent l'embargo (imposé en raison de l'encéphalopathie spongiforme bovine, ESB) sur la viande de bœuf et que les exigences en matière d'importation en cas d'ESB soient alignées avec les normes de l'OIE. Nous avons le sentiment que cela pourrait se produire d'ici à la fin de cette année. Il y a également des différences entre les États-Unis et l'UE concernant la procédure d'autorisation des OGM. L'UE a un processus asynchrone pour autoriser la commercialisation des OGM, qui crée, pour les éleveurs européens, de l'incertitude et une hausse des prix des matières premières. C'est un défi. Les Américains souhaiteraient imposer leur point de vue, mais les Européens sont un peu réticents pour des raisons politiques. La Commission européenne a déclaré, par exemple, en matière d'inspection des viandes, que les hormones et les autorisations d'OGM sont des affaires qui touchent l'UE. Il est presque impossible de céder sur ces sujets. Par ailleurs, nous avons des sujets spécifiques comme la ractopamine utilisée par les États-Unis dans le secteur de la viande de porc, les mesures de protection américaines mises en place qui touchent les fruits et légumes et le secteur des agrumes (l'UE ne peut pas exporter des agrumes vers les USA), ou encore l'huile d'olive (différences en termes de définitions). Nous devrions parler de ces barrières commerciales, car il serait important pour les agrumes espagnols et d'autres produits méditerranéens qu'elles soient levées. Nous avons un grand nombre de questions sur la table. Elles sont à la fois offensives et défensives. Je pense enfin que le calendrier prévu pour boucler l'accord (deux ans) est trop optimiste.