Bruxelles, 24/07/2013 (Agence Europe) - « Comment la Commission, dans le cadre de ses compétences, peut-elle améliorer notre politique commune de sécurité et de défense et renforcer la base industrielle de l'Europe dans le secteur de la défense ? »: telle est la question à laquelle répond, selon le président de la Commission européenne, José Manuel Durão Barroso, la communication 'Vers un secteur de la défense et de la sécurité plus compétitif et plus efficace'. C'est du moins ainsi que le président Barroso a présenté ce texte à la presse, mercredi 24 juillet, aux côtés des commissaires Michel Barnier (Marché intérieur) et Antonio Tajani (Industrie), après son adoption par le collège.
Cette communication, qui inclut un 'plan d'action', ne manque pas d'ambition, que ce soit au regard de la multitude d'enjeux identifiés (EUROPE 10894) ou de l'objectif recherché, à savoir doter l'UE de moyens suffisants pour qu'elle dispose d'une réelle « souveraineté stratégique, politique et industrielle » en matière de sécurité et de défense, selon les termes employés par M. Barnier.
Cette communication constitue ainsi la contribution de la Commission dans la réflexion déjà en cours en vue du Conseil européen de la fin de cette année, « qui doit être l'occasion pour une nouvelle impulsion pour une politique européenne de la défense, conduisant à une défense européenne », a rappelé M. Barnier. Ce « rendez-vous » sera « un moment important pour discuter de l'avenir de la sécurité et de la défense en Europe, et la Commission apporte une contribution importante à l'effort collectif qui doit être fourni par les États membres, le Service européen pour l'action extérieure et l'Agence européenne de défense », a commenté, par la voie d'un communiqué la Haute représentante de l'UE pour les Affaires étrangères et la Politique de sécurité, Catherine Ashton, qui est aussi vice-présidente de la Commission. Elle a rappelé que « l'UE a l'ambition d'agir en tant que garant de la sécurité, dans son voisinage et au niveau mondial, à la fois pour protéger ses propres intérêts et pour contribuer à la paix et à la sécurité internationales » et « pour y parvenir, nous avons besoin de capacités et pour garantir ces capacités, une base industrielle solide est indispensable ».
Les enjeux et les défis ne manquent pas. M. Barroso en a surtout retenus trois, qui expliquent pourquoi la Commission s'est penchée sur cette problématique et pourquoi elle l'a fait maintenant. Avant tout, c'est une question de crédibilité dans l'arène internationale: il est « essentiel de renforcer notre politique étrangère et le rôle l'UE dans le monde » et pour cela « nous devons être en mesure de sauvegarder nos positions de principe avec des missions civiles et de sécurité qui peuvent aider à stabiliser la situation dans les zones de crise à travers le monde. Nous avons besoin également d'une expertise critique et d'une autonomie dans les domaines capacitaires ». Une crédibilité et une influence qui ne doivent pas seulement être gagnées auprès des ennemis. « L'UE doit être respectée d'abord par ses alliés, ce qui n'est pas toujours le cas », a relevé de son côté M. Barnier.
Mais cette tâche s'avère d'autant plus délicate qu'elle doit être mise en œuvre « en période de contraintes économiques ». Une contrainte qui se traduit par « des coupes dans les budgets de défense qui aggravent la situation, en particulier parce qu'elles ne sont ni coordonnées ni mises en œuvre par rapport aux objectifs stratégiques communs », souligne la Commission, dans l'introduction de sa communication. En effet, les dépenses de défense ont baissé de 251 milliards d'euros à 194 milliards entre 2001 et 2010. Les conséquences se font nettement sentir, avec des baisses des budgets pour les programmes existants de développement d'équipements militaires et une chute de 14%, entre 2005 et 2010, des investissements dans l'innovation. « Les États-Unis dépensent aujourd'hui sept fois plus en recherche et développement de défense que les 27 États membres de l'UE réunis », constate la Commission.
Cela constitue le second défi auquel cette communication tente de répondre. Dans ce contexte budgétaire, il semble logique que l'UE dépense ses ressources « avec sagesse, en évitant les doubles emplois, en mutualisant les investissements et en partageant ses moyens », car « les États membres ne peuvent plus se permettre une approche isolée en matière de sécurité et de défense », selon M. Barroso. Le dernier enjeu majeur est celui des emplois et des capacités industrielles. « Le secteur de la sécurité et de la défense est un pôle industriel majeur en Europe et emploie directement 400 000 personnes et génère indirectement 960 000 emplois supplémentaires, avec un chiffre d'affaires de 96 milliards d'euros seulement en 2012 et 23 milliards d'euros d'exportations en 2011 », a-t-il rappelé, en soulignant ensuite que les maîtres-mots doivent être « compétitivité », « coopération » et « innovation », en lieu et place de la « fragmentation » et de la « duplication ». Il est également possible de consolider la demande en matière de défense au niveau de l'UE, en complémentarité avec l'Alliance atlantique, a-t-il ajouté, pour notamment réduire les coûts.
L'attention portée à l'industrie dans cette communication se retrouve dans pratiquement tous les enjeux identifiés: l'achèvement d'un marché intérieur ; l'éradication des distorsions de concurrence ; la normalisation et la certification ; la recherche et l'appui aux PME. La dimension industrielle est autant économique que politique, comme l'a remarqué M. Tajani. Certes, l'industrie européenne dans ce secteur est « de qualité » et « de bon niveau », mais « il y a un manque de coordination », donc d'« efficacité ». L'objectif n'est pas d'avoir une concentration industrielle, mais d'avoir des produits interopérables. Les États membres ont beau disposer des mêmes chars sur les mêmes théâtres d'opération, à défaut d'avoir des normes communes en ce qui concerne les systèmes informatiques, ils ne seront pas capables d'opérer ensemble, comme l'avait montré l'intervention en Bosnie-Herzégovine, a-t-il rappelé.
L'UE doit-elle pour autant privilégier les industries européennes au détriment de leurs concurrents étrangers ? Non, selon M. Barnier. « La réponse n'est pas dans le protectionnisme, mais dans l'investissement, dans la recherche mutualisée qui sert de levier, dans les technologies clés, que nous avons identifiées et que nous sommes en train de perdre au profit des Chinois, des Américains et des autres ». En résumé, cette communication de la Commission « traduit un décloisonnement qui était nécessaire ». « D'abord, un décloisonnement, si je peux me permettre, entre nos différentes directions générales », mais également « un décloisonnement entre civils et militaires », « un décloisonnement avec le secteur industriel » et finalement « entre les institutions européennes elles-mêmes ». Si la Commission a montré aujourd'hui qu'elle est prête à relever le défi d'une nouvelle impulsion pour la défense européenne, en agissant « à la limite de ses compétences », comme l'a remarqué M. Barroso, c'est au Conseil européen que revient maintenant la tâche d'appuyer et de compléter cet effort. (JK)