Bruxelles, 08/05/2013 (Agence Europe) - La Commission européenne et la Banque centrale européenne (BCE) n'en ont pas démordu, mercredi 8 mai devant la commission des affaires économiques et monétaires du Parlement européen: pour juger de la manière dont la crise chypriote a été gérée, il faut revenir sur les raisons qui ont amené l'île dans la situation actuelle. Le commissaire chargé de l'euro, Olli Rehn, a une nouvelle fois expliqué que la Commission avait mis Nicosie en garde contre « ses problèmes qui s'accumulaient, dès le début », en 2011, alors que l'île ne s'est résolue à appeler à l'aide qu'en juin 2012. « Il est regrettable qu'il ait fallu à Chypre plus de la moitié d'une année pour accepter la gravité de sa situation et la non viabilité de son modèle d'affaires. Et il est également regrettable qu'il ait fallu à Chypre neuf mois de plus pour arriver à un accord avec l'Eurogroupe », a-t-il expliqué.
Jörg Asmussen, membre du directoire de la BCE, a pour sa part justifié la durée des négociations par « les circonstances économiques et politiques exceptionnelles » propres au cas de Chypre et non pas en raison de « quelque sorte de désaccords au sein de la 'troïka' » (Commission, BCE, FMI). Et d'ajouter que la 'troïka' fonctionnait plutôt bien et qu'il n'était pas temps d'en changer le mode de fonctionnement, en plein milieu de la crise, en réponse à Elisa Ferreira (S&D, portugaise) qui estimait qu'il fallait s'en éloigner.
Selon M. Asmussen, le programme conçu pour l'île devait trouver l'équilibre entre les inquiétudes liées à la viabilité de la dette à long terme et à la stabilité financière à court terme. Le temps perdu, propulsant les banques dans une « situation critique », a alors limité le nombre de solutions possibles. Olli Rehn a estimé que la zone euro avait évité le désastre avec cet accord, car le risque d'un effondrement complet du système bancaire « était sur le point de se matérialiser ».
La question de la poursuite des 'Emergency Liquidity Assistance' (ELA) à la défaillante banque Laiki, qui taraude de nombreux Chypriotes, a été soulevée par Theodoros Skylakakis (ADLE, grec). Loin d'avoir contenté son interlocuteur, M. Asmussen a expliqué que cela relevait des compétences nationales et qu'une banque solvable ou dotée d'une claire perspective de retour à la solvabilité peut recevoir ces ELA. « Il n'y a pas eu de traitement spécial » pour Laiki, a-t-il ajouté.
Les députés européens se sont également intéressés à la suite des évènements. Le Belge Philippe Lamberts (Verts/ALE) a jugé trop optimistes les projections mises sur pied par la troïka qui prévoient un retour à la croissance en 2015. M. Asmussen s'en est tenu à cette analyse, estimant qu'un secteur bancaire plus résilient serait en mesure de booster la croissance, ajoutant que des risques demeuraient et qu'un changement rapide de modèle d'affaires était nécessaire. « On ne peut pas rétablir une économie en deux ans, cela prendra plus de temps que cela », a rétorqué M. Lamberts.
« La prévention est toujours mieux que la correction », a jugé M. Rehn, appelant à tirer les leçons de la crise. Les deux responsables ont alors appelé de leurs vœux à une mise en œuvre rapide de l'Union bancaire.
Enfin, sur une note plus personnelle, le commissaire Rehn a estimé qu'il était temps de donner un nouvel élan au processus de réunification de l'île. Celle-ci donnerait « une impulsion majeure au développement social et économique de Chypre ». (EL)