Causes du scepticisme. Le chantier des réalisations européennes n'a jamais été aussi actif ; les institutions sont débordées par le nombre de textes, projets et documents dont elles sont saisies et qui deviendront en partie législation communautaire. Mais les opinions publiques peuvent difficilement s'en rendre compte, pour deux raisons: les décisions prises ont besoin de temps pour devenir opérationnelles ; il s'agit souvent de textes techniques dont il n'est pas aisé d'évaluer la signification et la portée. Le résultat est que l'approfondissement en cours de la construction européenne n'est pas évident pour tous, d'autant plus que les attitudes des forces politiques sont parfois contradictoires: ce qui plaît à l'une ne plaît pas nécessairement à l'autre, mais heureusement le Parlement européen accueille toutes les tendances. S'y ajoute, dans quelques États membres, la tentation, déjà dénoncée par cette rubrique, d'attribuer à l'UE la responsabilité des échecs nationaux.
Le résultat de cet ensemble d'éléments est l'euroscepticisme galopant, alors qu'en même temps l'UE est entourée de pays et de peuples qui frappent à sa porte ou qui recherchent avec elle des liens aussi étroits que possible. J'estime donc encore utile de regrouper, à titre d'exemple, l'activité de l'UE sur un seul jour récent, en prenant ici comme base l'un de nos bulletins de cette « petite » semaine, le n° 10841 que j'ai sous les yeux.
Banques sous contrôle. La première nouvelle de ce bulletin concerne le contrôle de l'activité des banques, c'est-à-dire le projet de directive proposé par la Commission européenne pour renforcer la transparence de l'information sur l'activité bancaire. La Commission souligne l'opacité, dont le résultat est que 60 millions d'Européens n'on pas de compte bancaire, alors qu'au moins 25 millions le souhaitent. Le nouveau projet couvre la transparence de l'activité bancaire, la mobilité des clients, etc. La Commission continue à exiger la transparence, car les banques sont en grande partie responsables de cette opacité de l'activité financière et de l'évasion fiscale. Application des nouvelles règles: en 2015. On comprend que, au-delà des personnes impliquées et des spécialistes, l'écho de cette initiative soit très limité pour l'opinion publique.
La nouvelle suivante concerne l'annonce, par le commissaire européen Algirdas Semeta, que la Commission proposera que l'échange automatique d'informations fiscales soit étendu à de nouvelles catégories d'opérations financières. Le commissaire estime que la situation politique a évolué et permet d'intensifier la lutte contre l'évasion fiscale. À quand cette initiative ? D'ici quelques mois.
Sauvegarder la relance. Le Portugal a annoncé de nouvelles mesures d'austérité, afin de respecter les conditions pour rester dans l'euro, mais en évitant l'augmentation des impôts, pour ne pas compromettre les perspectives de relance de l'économie, de l'emploi et des investissements Quant à la Grèce, le FMI a parlé de progrès dans l'ajustement budgétaire, mais a souligné aussi les lacunes dans la lutte contre l'évasion fiscale et la poussée du chômage dans le secteur privé, alors que le secteur public comporte encore un excès d'effectifs à cause « d'un tabou contre les licenciements » ; en outre, la dette publique demeure trop élevée. Les résultats y sont donc encore douteux.
Autres domaines. Les annonces concernant l'action dans d'autres domaines sont tout aussi significatives:
Normes de santé et de sécurité concernant l'alimentation. La Commission a proposé un paquet de mesures pour rassurer aussi bien les consommateurs que les producteurs, après les scandales connus comme celui de la viande de cheval vendue pour de la viande bovine. La santé animale et celle des végétaux, les contrôles, la reproduction, tout est couvert, et l'on sait à quel point les citoyens y sont intéressés. Mais le paquet législatif dans son ensemble ne pourrait entrer en vigueur qu'en 2016.
Environnement. Le document de la Commission décrit une stratégie pour protéger et améliorer le capital naturel de l'Europe, stratégie qui couvre les instruments politiques, l'information, l'innovation et l'accès au financement ; il annonce en outre une évaluation des coûts et des avantages économiques et sociaux du programme.
Énergie. Une politique européenne de l'énergie, on le sait, n'existe pas ; mais les chefs d'État et de gouvernement (Conseil européen) en discuteront à la fin du mois et les entrepreneurs (BusinessEurope) s'agitent. En même temps, l'Ukraine aspire à devenir, grâce à sa position géographique entre l'UE et la Russie, une plateforme énergétique pour l'Europe. Les négociations UE/Ukraine/Russie ont commencé.
Densité de projets et initiatives. Les points cités prouvent à quel point l'UE, loin de l'image d'inertie trop souvent transmise aux opinions publiques, est engagée dans des initiatives et réalisations qui modifieront le continent. Certains délais sont nécessaires, mais la densité des projets et des perspectives est là.
(FR)