Bruxelles, 02/04/2013 (Agence Europe) - Le ministre chypriote des Finances, Michalis Sarris, a jeté l'éponge, mardi 2 avril, alors que Nicosie a annoncé un accord avec la 'troïka' (Commission européenne, BCE, FMI) sur les termes du protocole d'accord relatif au plan d'assistance financière. La Commission européenne ne s'était pas encore exprimée mardi en fin d'après-midi, mais une confirmation de l'accord était escomptée.
Le matin même, le président chypriote, Nicos Anastasiades, a annoncé la mise sur pied d'une commission d'enquête chargée de déterminer les responsabilités politiques, civiles et criminelles pour comprendre comment l'île en est arrivée à la crise dans laquelle elle est désormais plongée. Cette commission se penchera notamment sur la période durant laquelle M. Sarris était président de la seconde banque du pays, Laiki, au moment où les liquidités d'urgence (ELA) de la BCE ont atteint 9 milliards d'euros. Selon les termes de l'accord passé avec l'Eurozone, cette banque sera démantelée. L'actuel ministre du travail, Harris Georgiades, assumera la relève de M. Sarris et prêtera serment ce mercredi.
L'enquête devra également déterminer s'il y a eu, ou non, délit d'initié pendant les négociations sur le plan d'aide avec l'Eurogroupe qui prévoit, pour la première fois, une mise à contribution substantielle des déposants. Des rumeurs relayées par la presse chypriote font état de transferts à l'étranger de sommes conséquentes d'une entreprise dirigée par le beau fils de M. Anastasiades. Si celui-ci a fermement démenti ces allégations, il a également promis qu'il se soumettrait lui-même à cette enquête.
Le mémorandum chypriote prévoirait que les prêts accordés par l'Eurozone seront assortis d'un taux d'intérêt de 2,5%, avec une durée de remboursement qui débutera dans dix ans et qui sera étalée sur douze ans. Comme l'avait annoncé le directeur général du Mécanisme européen de Stabilité (MES), Klaus Regling, les versements devraient débuter en mai (EUROPE n° 10814). Le gouvernement chypriote a également annoncé avoir obtenu jusque 2018 pour atteindre les objectifs budgétaires fixés dans le protocole d'accord. Le projet de protocole d'accord comprendrait 351 millions d'euros (2,1% du PIB) de diminution des dépenses et d'augmentation des recettes, selon le quotidien Phileleftheros.
Casinos. Afin de relancer l'économie, soumise à une cure de rigueur, le président a présenté un plan de croissance en douze points, qui comprend notamment la levée de l'interdiction sur les casinos.
La semaine dernière, les autorités chypriotes et l'Eurogroupe avaient convenu du démantèlement immédiat de Laiki et de l'absorption par la Bank of Cyprus (BoC) des dépôts inférieurs à 100 000 euros, garantis selon les règles de l'UE. Une partie des dépôts non garantis (supérieurs à 100 000 euros) de la BoC seront convertis en capital propre, et les détenteurs de ces comptes se verront distribuer des actions en contrepartie. Selon la Banque centrale chypriote, 37,5% de ces dépôts seront concernés. 22,5% seront gelés temporairement et pourront également être convertis en capitaux propres si nécessaire. Des 40% restant, 10% seront débloqués.
Le président de la Banque centrale chypriote, Panicos Demetriades, a estimé dans une interview au Financial Times qu'un 'bank run' n'était pas à craindre, ajoutant que les mesures restrictives sur les mouvements des capitaux seraient progressivement assouplies. Un décret du ministère des Finances signé mardi par M. Sarris et valable pour deux jours prévoit que le plafond au-dessus duquel les transactions requièrent l'approbation de la Banque centrale chypriote soit relevé à 25 000 euros, contre 5 000 jusque là. Les paiements en chèque sont désormais autorisés jusque 9 000 euros par mois. Selon les rumeurs, cela pourrait prendre un mois pour que toutes ces mesures soient levées.
De son côté, la Banque centrale britannique a annoncé mardi que les dépôts des filiales de Laiki au Royaume-Uni seraient transférés dans les filiales de la BoC et que tous les dépôts jusque 85 000 livres (environ 100 000 euros) seraient assurés par le gouvernement britannique.
Les libéraux européens demandent des comptes. Le président du groupe ADLE au Parlement européen, le Belge Guy Verhofstadt, et la Française Sylvie Goulard, réclament des explications de la part de la BCE, de l'Autorité bancaire européenne (EBA) ainsi que du Comité européen du risque systémique (CERS). Ils s'étonnent que les banques chypriotes aient passé sans dommage les tests de résistance de l'UE en 2011, et qu'en octobre 2012, l'EBA pointait un trou de capital d'1,8 milliard d'euros pour Bank of Cyprus (BoC) et Laiki. M. Verhofstadt et Mme Goulard considèrent que le président de l'EBA doit venir expliquer devant le PE « pourquoi une intervention n'a pas eu lieu plus tôt ». Quant à la 'troïka' (Commission européenne, BCE, FMI), décrite en janvier par le président du PE, Martin Schulz, comme une « puissance obscure », elle devrait aussi répondre de ses actes. Interrogée, la BCE a déclaré que ses membres rendaient déjà des comptes au PE sur les questions relatives aux activités de la 'troïka', notamment durant les auditions régulières de son président Mario Draghi. (EL)