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Bulletin Quotidien Europe N° 10818
AU-DELÀ DE L'INFORMATION / Au-delà de l'information, par ferdinando riccardi

Responsabilités des banques et réactions justifiées des opinions publiques

Déviation ruineuse. La sévérité et parfois l'indignation à l'égard du comportement d'une large partie des banques n'est pas une fixation de cette rubrique (voir notre bulletin n° 10816); tout indique au contraire qu'elle s'est amplement étendue au sein de l'opinion publique européenne. Certes, les banques sont indispensables, sauf revenir à la situation d'antan, lorsque les économies d'une famille étaient cachées sous un matelas, alors que les banquiers les rendaient rentables à l'avantage aussi bien de l'épargnant rémunéré que des investisseurs à la recherche de financements pour réaliser leurs projets.

Mais c'est la conception spéculative de l'activité bancaire qui est ruineuse. Est-il nécessaire d'en rappeler les méfaits ? En simplifiant, c'est vite fait: l'activité bancaire devient ignoble lorsque la fonction principale d'une banque consiste dans la spéculation, sans aucun avantage pour l'économie réelle. Quand l'opérateur réussit son coup, ce sont des millions, voire des milliards d'euros qu'il gagne. Avantages de ces opérations pour l'économie ? Inexistants. Enrichissement pour les spéculateurs ? Énorme. Les bonus distribués aux opérateurs le prouvent. Quelques-uns finissent en prison, tant mieux.

Rébellion justifiée et salutaire. Le résultat a été la rébellion de l'opinion publique, fondée sur les critiques de plus en plus nombreuses d'observateurs indignés. Selon Béatrice Delvaux, éditorialiste du quotidien Le Soir, « les banquiers ne font plus leur métier. Ils se sont mis à jouer, à perdre, et à rejouer (…) Les banques vont chercher l'argent à la BCE (Banque centrale européenne) le matin et le rapportent l'après-midi avec 25 centimes de bénéfice (…) Le client s'est rendu compte que le banquier pouvait même le tromper sciemment ».

Pour simplifier: les banques devraient aider les entreprises à financer leurs investissements et les ménages à acheter leur logement ; elles ne le font plus. Il faut qu'elles ne pèsent plus lourdement sur les finances publiques. Le commissaire européen responsable de ce secteur, Michel Barnier, a qualifié d'« inacceptable que des risques pris par les banques pour leur compte continuent à peser sur les finances publiques ». La séparation entre les banques qui risquent et spéculent et celles qui financent l'économie est indispensable: elles doivent choisir. Elles récoltent l'épargne pour soutenir l'activité ou bien elles spéculent, mais en renonçant pour toujours à tout soutien public (qu'il soit national ou européen) en cas de difficultés.

Les banques alternatives. Du moment que les banquiers rechignent face à la séparation nette entre les deux catégories d'activité, en faisant valoir difficultés techniques et autres échappatoires, des initiatives ont surgi visant à créer des banques éthiques et locales. Les promoteurs d'un projet belge en ce sens visaient à recueillir 10 000 adhésions en 100 jours: en deux jours, le compteur affichait déjà 10 889 ! Ce projet New B (nouvelle banque) est une coopérative belge réunissant syndicats, ONG et autres associations. Il ne se concrétisera pas en quelques jours, mais il a démarré. Le lancement officiel est annoncé pour le 6 juillet par une assemblée générale des participants. Les trois régions constituant la Belgique soutiennent le projet. Les promoteurs prévoient que la New B pourra se concrétiser en 2 ans. D'ailleurs, une banque éthique moins ambitieuse existe déjà en Belgique depuis quelques années et sa croissance annuelle serait de l'ordre de 15 à 20% par an. Ces informations ont été publiées dans Le Soir du 27 mars dernier.

L'Union européenne agit. Il ne faut toutefois pas oublier qu'au niveau européen le renouvellement radical des réglementations bancaires est en cours, fondé essentiellement sur les normes Bâle III. Georges Hübner, professeur de gestion financière à l'université de Liège, a constaté dans ses contacts professionnels avec les banquiers qu'ils sont conscients de la nécessité de modifier leur système de « service à la clientèle », de le rendre plus transparent. Au point que, selon lui, « le métier de banquier est à réinventer ».

La Commission européenne y travaille, mais la transformation ne s'improvise pas. Michel Barnier a annoncé ses propositions pour septembre et elles impliqueront la séparation: les activités bancaires comportant un « risque systémique » devront « être structurellement séparées du reste des activités bancaires » (voir notre bulletin n° 10775). Il reste à voir quel accueil sera réservé aux propositions de la Commission. Rien n'est simple, compte tenu aussi des paradis fiscaux extra-européens.

En attendant, la spéculation bancaire, ruineuse pour la relance économique de l'Europe, doit être combattue avec tous les instruments disponibles. Les peuples le réclament. Pour une fois, cette affirmation n'est pas démagogique, tout ce qui précède le prouve.

(FR)

 

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