Bruxelles, 08/03/2013 (Agence Europe) - En amont du vote final du Parlement européen sur l'avenir de la politique agricole commune prévu mardi 13 mars à Strasbourg, avant que ne débute le trilogue, le WWF, déçu par le vote de la commission parlementaire de l'agriculture, redoute que le verdissement de la PAC soit la première victime des escarmouches parlementaires. Aussi l'organisation de défense de la nature appelle-t-elle la session plénière à ne pas manquer l'opportunité qui lui est offerte pour la première fois de se prononcer sur la structure de la PAC et d'en profiter pour redresser la barre, afin que l'agriculture en Europe soit durable et l'environnement dûment pris en compte par les agriculteurs. Ce faisant, l'organisation de défense de la nature apporte de l'eau au moulin de Janez Potocnik, le commissaire européen à l'Environnement, qui, deux jours plus tôt avait appelé les négociateurs à la raison pour dépasser les intérêts à courte vue (EUROPE n° 10800).
« Le Parlement a l'opportunité de mettre l'agriculture européenne au service de la société, de l'économie et de l'environnement. Le dernier espoir de préserver le verdissement de la PAC sera englouti plus vite que le Titanic si la position défendue par la commission de l'agriculture et du développement rural est suivie car cela reviendra tout simplement à intensifier le financement de la même agriculture polluante », déclare Tony Long, directeur du WWF, estimant que le vote de la commission COMAGRI est une prime aux agriculteurs à la tête de grandes exploitations, quel que soit leur impact sur la nature.
Rappelant que les députés européens se sont battus pour avoir le droit de décider de l'avenir de la politique agricole commune et l'ont obtenu grâce au Traité de Lisbonne, il ajoute: « À eux maintenant de prouver qu'ils défendent au mieux les intérêts du public et garantissent une production alimentaire de qualité qui tout à la fois protège l'environnement et soutienne les économies locales. »
Les doléances du WWF à l'égard du vote de la commission parlementaire sont nombreuses: - COMAGRI a soutenu la réduction des mesures de verdissement et s'est prononcée pour « des mesures illégales de double financement » pour les mêmes mesures environnementales au titre des aides directes (pilier 1) et du développement rural (pilier 2), ce qui pourrait ajouter jusqu'à 3 milliards de subventions environnementales inutiles - au détriment de mesures environnementales au titre du pilier 2 qui auraient, elles, une valeur ajoutée puisqu'elles iraient au-delà des exigences minimales de verdissement ; - COMAGRI a dilué ou totalement rayé de l'éco-conditionnalité la moitié des exigences minimales existantes relatives à l'environnement, la sécurité des aliments, la santé animale et la santé publique (cela vaut pour la directive cadre sur l'eau, les directives pesticides et les mesures de santé publique telles que l'interdiction d'utiliser les hormones) ; - COMAGRI n'a pas accordé aux systèmes agricoles à haute valeur naturelle et à l'agriculture biologique l'importance qu'il convient et n'a pas prévu de sous-programmes positifs pour ces systèmes d'agriculture durable jouant pourtant un rôle crucial dans la protection de l'environnement naturel et le soutien aux économies rurales ; - COMAGRI a voté en faveur de systèmes d'assurances coûteux, financés par le Fonds de développement rural (le fonds de stabilisation des revenus à lui seul pourrait coûter jusqu'à 11,4 milliards d'euros alors que l'enveloppe du développement rural n'est que de 12,1 milliards par an pour 2014-2020), ce qui, selon le WWF est tout bénéfice pour les compagnies d'assurance, et pourrait constituer davantage un incitant à la prise de risque plutôt qu'un encouragement aux bonne pratiques agricoles.
Pour une agriculture au service de la société, de l'environnement et de l'économie, c'est sur ces questions clés, qu'il convient de redresser la barre, estime le WWF. (AN)