Interprétation à corriger. Les résultats des élections en Italie ont suscité la semaine dernière une avalanche de commentaires, en Europe et au-delà. Ce qui nous intéresse, ce sont les répercussions sur le fonctionnement de l'UE. L'accent a été mis sur les conséquences négatives: le pays est bloqué, une majorité parlementaire cohérente n'existe pas, un gouvernement stable paraît impossible, le populisme (terme équivoque qui signifie un peu ce qu'on veut) a gagné. Résultat: le scepticisme à l'égard de la gestion de la zone euro a gonflé.
Maintenant, ces envoyés spéciaux ont quitté Rome pour suivre l'actualité ailleurs et les médias attribuent la priorité à d'autres événements. Entre-temps en Italie les analyses ont été approfondies, différents aspects auparavant négligés ont été pris en considération et les perspectives ont en partie évolué. L'interprétation suivante a progressé: une large partie du peuple italien a rejeté une classe politique dont la majeure partie a mérité ce traitement par son égoïsme, ses abus, son incapacité et son refus de renouvellement. Je ne me réfère pas aux réactions des journaux liés à l'une ou l'autre tendance politique, mais d'abord au Corriere della Sera, le plus illustre et le plus lu des quotidiens italiens.
Son éditorialiste, Ernesto Galli della Loggia a rejeté le terme populiste pour définir la force politique qui avait émergé, à savoir le Mouvement cinq étoiles (M5S) de Beppe Grillo, clown de profession et très populaire. L'éditorialiste a vu, dans le vote d'une large partie des Italiens, trois raisons pour ne plus faire confiance à la classe politique: a) les parlementaires avaient soigneusement sauvegardé leurs privilèges souvent abusifs, alors que des sacrifices étaient demandés à toute la population (le parlement avait souscrit les mesures d'austérité introduites par le gouvernement Monti… sauf celles le concernant) ; b) ils ont méprisé le mouvement de M. Grillo en l'accusant de n'avoir aucun objectif politique véritable, alors que le rejet de toute une classe politique en est évidemment un, et d'envergure ; c) ils se considéraient comme installés dans leur rôle pour toujours, car depuis 25 ans aucune personnalité nouvelle n'avait eu la possibilité d'émerger.
M. Galli della Loggia avait conclu: « Une large partie de l'opinion publique qui n'avait plus confiance dans les partis politiques a fait la seule chose qu'elle pouvait faire: inventer un nouveau parti, à partir de rien, en donnant confiance à une sorte de bouffon de Shakespeare, libre de dire ce que les autres n'osent pas. »
Une nouvelle catégorie de parlementaires ? La situation n'est toutefois ni claire ni simple, étant donné que:
- Beppe Grillo ne fait pas partie du nouveau parlement, car il n'est pas éligible ;
- les élus de son mouvement M5S (108 députés, 54 sénateurs) disposent en fait d'un degré élevé d'autonomie par rapport à leur chef, car un programme détaillé n'existe pas.
Il faut aussi considérer que les élus de ce mouvement sont en grande partie jeunes, que les femmes sont largement représentées et que le pourcentage de diplômés ou d'actifs est révélateur. On pourrait parler d'une sorte de rejet des « politiciens professionnels et inamovibles ».
Les élus du M5S disposeront donc d'un degré considérable d'autonomie. On a déjà constaté qu'ils ne se considèrent pas comme rigoureusement liés par les positions de leur chef qui ne peut pas participer aux débats et encore moins voter ; d'ailleurs, il s'en préoccupe. Lorsque M. Grillo annonce que son groupe votera pour tout projet qui est conforme à son programme, ça ne signifie pas grand-chose. Parce que le premier vote portera sur l'approbation du nouveau gouvernement et chaque groupe devra l'approuver ou le rejeter.
Aspects positifs du nouveau Parlement italien. 1. Les femmes dépasseront enfin le taux de 30%, ce qui pour l'Italie est un bond en avant considérable ; parmi les nouveaux élus, 42% sont des femmes ; 2. La moyenne d'âge va considérablement baisser, en renvoyant chez eux des politiciens qui siégeaient au parlement depuis plus de quarante ans ; 3. Plusieurs partis politiques traditionnels s'engagent à soutenir des réformes radicales. Le programme du parti de centre-gauche conduit par M. Bersani prévoit que le nombre de parlementaires soit réduit de moitié, que l'indemnité des parlementaires soit fixée au niveau de celle du maire d'une ville, que le financement des partis politiques soit profondément modifié, que les conflits d'intérêt soient réglementés, que les dispositions anti-corruption soient radicalement renforcées. Mesures toutes positives, car en Italie le coût de la politique doit être foncièrement réduit.
D'un point de vue européen les aspects positifs existent et cette rubrique va y revenir.
(FR)