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Bulletin Quotidien Europe N° 10790
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ACTION EXTÉRIEURE / (ae) mÉditerranÉe

Ne pas « faire l'impasse sur le Sud »

Bruxelles 20/02/2013 (Agence Europe) - L'UE risque d'être supplantée par la Chine et d'autres pays émergents en Méditerranée en raison d'une crédibilité érodée, prévient Pierre Verluise, Directeur de recherche à l'IRIS et qui enseigne la géographie politique à la Sorbonne. Il est fondateur du séminaire géopolitique de l'Europe à l'École de guerre.

L'UE « s'affiche volontiers comme le premier pourvoyeur mondial d'aide publique au développement, loin devant les États-Unis, le Japon et les pays émergents. Cependant, l'aide de l'UE reste peu visible, peu cohérente et parfois peu efficace », affirme-t-il. Il explique cette perte de crédit par « la dispersion et le saupoudrage de l'aide européenne (qui) réduisent son efficacité », écrit-il dans une interview publiée par le média électronique Atlantico.

M. Verluise y confirme le sentiment général, déjà recueilli par nous auprès des différents partenaires de l'institution européenne: outre ce qui est perçu comme une prise de distance permanente à l'égard des pays du Sud, dans la pratique il y a « la multiplication des lignes budgétaires comme des règlements communautaires qui rendent difficiles son appréhension, aussi bien par les citoyens européens que par les pays bénéficiaires ». Il rappelle que « le Parlement européen et la Cour des comptes européenne ont la dent dure pour cette politique pourtant essentielle dans la relation avec le Sud ».

« Alors que l'UE entend - avec raison - devenir plus exigeante quant à l'usage des fonds européens dans le cadre de l'aide publique au développement… elle se trouve sur le terrain concurrencée par de 'nouveaux' acteurs: les pays émergents, dont la Chine et l'Inde. Ces acteurs n'incluent aucune condition démocratique dans l'aide au développement qu'ils fournissent, ce qui les rend attractifs pour des régimes parfois rétifs à cette préoccupation. Leur faible intérêt pour la lutte contre la corruption rend aussi la 'communication' plus facile. Enfin, les offres de leurs entreprises sont moins chères que celles des sociétés européennes. »

Il se veut sévère à l'égard de l'UpM (Union pour la Méditerranée) qui « semble disparue dans les flots de la grande bleue ». Il se réfère en fait au contexte difficile dans lequel ses activités sont déployées (Israël-Palestine, Syrie, etc.) tout en soulignant l'intérêt dans les politiques sectorielles. Toutefois, selon M. Verluise, son action se poursuit dans « la plus grande indifférence ». « Pourtant, la situation dans le Sahara comme au Sahel le démontre amplement, la rive Nord de la méditerranée ne doit pas - ne serait-ce que pour des raisons de sécurité - faire l'impasse sur le Sud ».

Cet avis est loin d'être isolé. Plusieurs de nos sources ajoutent à ce tableau le risque d'une perception de plus en plus brouillée de l'image de l'UE et de son action au Sud. Un des points sur lequel se focalisent les critiques ou les appréhensions porte sur la voie double pratiquée par la diplomatie européenne, celle des services classiques au sein des institutions et celle pratiquée par un envoyé spécial pour la région, Bernardino León, dont l'action mériterait, selon divers commentateurs avertis, d'être mieux « synchronisée » avec celle de la Commission, notamment dans l'attitude à tenir face aux nouveaux gouvernements « islamistes ». « Kissinger regrettait l'absence de numéro de téléphone fixe européen, nous, nous en avons trop à notre disposition », affirme un diplomate d'un pays de la rive sud. La même crainte d'un brouillage de l'action européenne est perceptible au sein même de l'institution mais elle semble difficile à exprimer publiquement. (FB)

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