Bruxelles, 20/02/2013 (Agence Europe) - Peu d'États membres peuvent admettre aujourd'hui que leur modèle social et le fonctionnement de leur État-providence n'ont pas besoin d'être réformés. Une révision nécessaire, car elle ne s'inscrit pas uniquement dans le cadre des plans nationaux d'assainissement budgétaire, plus ou moins inévitables, mais aussi parce que l'UE s'est fixé des objectifs communs à l'horizon de l'année 2020, qu'elle ne semble toutefois plus pouvoir atteindre. C'est dans ce contexte que la Commission européenne a présenté, mercredi 20 février, son paquet sur l'investissement social qui se fonde sur un message un peu plus clair: il est temps d'investir, mieux ou plus, selon les cas, dans le capital humain et la cohésion sociale.
C'est la fin d'un cycle, a affirmé le commissaire Laszlo Andor (Emploi, Affaires sociales et Inclusion), au cours de la présentation du dernier 'paquet'. Du Livre blanc sur les pensions (février 2012), en passant par le paquet 'emploi' (avril 2012) et 'emploi pour les jeunes' (décembre 2012), et en terminant avec la présentation du paquet sur l'investissement social, la Commission a fait un tour complet des questions sociales et d'emploi. Tous les ingrédients sont aujourd'hui là pour mieux coordonner les politiques sociales et d'emploi, en vue de préparer l'avenir du modèle social européen.
Pour M. Andor, l'investissement social constitue le noyau de l'État-providence. Il détermine ceux qui sont inclus et ceux qui sont exclus du marché du travail ou de la société dans son ensemble. Lorsque la Commission demande d'investir davantage dans le social, les procédés et les résultats attendus ne sont guère différents de ce qui se fait dans le monde de l'économie. Il faut placer des capitaux d'une telle manière que ceux-ci puissent engendrer une croissance de la production et un meilleur rendement.
La Commission vient de montrer les meilleures pratiques en matière d'investissement social, en offrant aux États membres sur un plateau une recommandation (« Investir dans l'enfance pour briser le cercle vicieux de l'inégalité »), un rapport sur les services sociaux d'intérêt général et six documents de travail (sur le rôle des politiques sociales, sur l'inclusion active, sur les soins de longue durée, sur la lutte contre le problème des sans-abri, sur les investissements dans le domaine de la santé et sur le rôle du Fonds social européen).
Une telle conception a amené la Commission à opter pour une approche globale de la question sociale. Un exemple parmi d'autres: les moyens proposés pour améliorer la situation des enfants exigent des États qu'ils offrent « une éducation de qualité, des services sociaux et de santé accessible, du logement, des activités parascolaires, ainsi que des mesures pour améliorer la situation économique de la famille, telles que l'emploi supporté qui permet d'éviter les trappes à l'inactivité pour les parents isolés et les seconds apporteurs de revenu, ainsi que les prestations familiales efficaces et adéquates pour les enfants ».
Moderniser dans leur ensemble les systèmes de protection sociale équivaut-il à augmenter leur budget ? Pas nécessairement, selon la Commission, car il y a une grande marge dans de nombreux États pour accroître l'efficacité des systèmes actuels. Cependant, comme support pour la présentation de son nouveau 'paquet', la Commission s'est surtout appuyée sur un graphique. Celui-ci illustre la relation entre les dépenses en matière de protection sociale (hors retraites) et la réduction du risque de pauvreté. Derrière la constellation que forment les différentes situations dans les États membres, une même tendance se dégage. Plus les dépenses augmentent, plus l'efficacité des programmes de lutte contre la pauvreté est importante. Ainsi, le message final est simple: « Si les États membres n'investissent pas aujourd'hui, l'addition financière et sociale sera bien plus salée demain », a mis en garde le commissaire Andor.
Le contexte institutionnel au sein de l'UE a aujourd'hui changé, notamment avec la nouvelle gouvernance économique et les procédures du 'Semestre européen'. Si la Commission « encourage vivement » d'adopter les mesures qu'elle vient de proposer, grâce à l'existence de nouveaux outils, elle prévient en même temps qu'elle va juger la mise en pratique de ce qu'elle recommande: « La Commission suivra de près, dans le contexte du semestre européen, les résultats atteints par les systèmes de protection sociale de chaque État membre et formulera, s'il y a lieu, des recommandations spécifiques par pays. » (JK)