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Bulletin Quotidien Europe N° 10758
Sommaire Publication complète Par article 31 / 31
SUPPLÉMENT HEBDOMADAIRE / Bibliothèque européenne

N° 985

*** FINN LAURSEN (sous la dir. de): The Making of the EU's Lisbon Treaty. The Role of Member States. Editions Presses Interuniversitaires Européennes / Peter Lang (1 av. Maurice, B-1050 Bruxelles. Tél.: (41-32) 3761717 - fax: 3761727 - Courriel: info@peterlang.com - Internet: http://www.peterlang.com ). Collection « European Policy », n° 49. 2012,324 p., 36,90 €. ISBN 978-90-5201-812-6.

Ce livre, dont la plupart des chapitres proviennent de la 4ème conférence annuelle du Centre de l'Union européenne pour l'Excellence tenue en juin 2010 à l'Université Dalhousie d'Halifax au Canada (ce qui montre bien, au passage, que la construction européenne continue à passionner le monde académique même sur d'autres continents…), éclaire scientifiquement la longue gestation du Traité de Lisbonne entré en vigueur voici trois ans. Quatorze spécialistes - beaucoup de politologues, bien sûr, mais aussi des économistes et juristes notamment - s'emploient à y vérifier la théorie d'Andrew Moravcsik voulant que les États membres de l'Union restent, encore et toujours, les « maîtres du traité ».

Après que le politologue Finn Laursen eut rappelé et analysé les grandes étapes de la négociation interétatique qui a jalonné la décennie allant de Nice à Lisbonne, l'ouvrage se découpe en quatre parties pour appréhender différentes catégories de protagonistes. La première est tout entière consacrée à l'Allemagne, cette prééminence s'expliquant par « l'influence croissante » de ce pays dans l'Union qui se trouva encore renforcée par le fait que ce pays assuma la présidence du Conseil au cours du premier semestre 2007 - moment où, souligne Laursen, « l'ensemble du processus a été contrôlé à Berlin, pas à Bruxelles ». Sur la base d'une analyse politico-philosophique, Hans Lietzmann (Université de Wuppertal) y montre notamment que c'est pendant cette Présidence que l'Union « a évidemment et visiblement abandonné son ouverture aux visions idéationnelles de ses citoyens » en laissant tomber le « caractère constitutionnel » du traité refusé au printemps 2005 par les citoyens français et néerlandais. Après avoir situé les préférences des principaux partis politiques allemands par rapport aux options européennes que sont le fédéralisme, le supranationalisme et l'intergouvernementalisme, son compatriote Frank Pfetsch, de l'Université Ruprecht-Karls d'Heidelberg, souligne, lui, que la chancelière Merkel s'est surtout comportée, ces mois-là, comme « une modératrice et médiatrice » au point d'en abandonner parfois ses « positions et intérêts nationaux », ses talents de négociatrice s'étant révélés « un ingrédient important du succès » final.

La partie suivante de l'ouvrage est consacrée aux « grands » États membres en ce que, dans l'optique de Moravcsik, ils sont à ce titre… plus égaux que les autres. Ayant rappelé que, depuis de Gaulle et Monnet, la France se coltinait avec deux âmes sur le plan européen, l'économiste Bernard Barthalay dénonce le manque de pertinence fondamental d'un traité ayant laissé intact le Pacte de stabilité et de croissance. A ses yeux, la prochaine étape devra nécessairement être « un pacte fédéral entre les gouvernements de la zone euro (plus ou moins quelques autres) », ce dont une majorité de la classe politique française, gauche et droite confondues, n'est sans doute pas encore convaincue - ni même prête à demander au peuple ce qu'il en pense… Pour sa part, Alasdair Blair (Université De Montfort) confirme, à la lumière des lignes rouges fixées par Tony Blair lors des négociations, que Londres n'en finit pas de nourrir « une préoccupation constante à propos de la souveraineté » britannique, deux autres auteurs expliquant les combat menés par l'Italie et l'Espagne pour conserver, pour la première autant de sièges de députés européens que la France et le Royaume-Uni, pour la deuxième l'esprit et la substance du Traité constitutionnel. Dans la troisième catégorie figurent des pays qui se sont révélés problématiques ou qui le sont par tradition. Ainsi, quatre auteurs montrent, à la lumière des cas de la République tchèque et de la Pologne, combien il peut se révéler compliqué d'avoir à s'adapter à un système politique post-national peu de temps après avoir échappé à la férule soviéto-communiste. Le coordinateur du livre se penche, lui, sur les efforts entrepris par les autorités danoises pour éviter des transferts de souveraineté qui auraient exigé la tenue d'un nouveau referendum, Declan Walsh se penchant ensuite sur les actions qui ont menées afin d'amener les citoyens irlandais à passer du non au oui.

Dans les conclusions générales qu'il tire, Finn Laursen observe notamment que la préoccupation principale des État a été d'éviter autant que faire se pouvait la tenue de referendums et que la négociation a confirmé la montée en puissance du Conseil européen au détriment de la Commission et des Conférences intergouvernementales traditionnelles. Il constate aussi que les « grands » États membres ont une fois encore eu l'influence la plus grande, le cas de l'Allemagne montrant toutefois que la recherche de l'intérêt commun peut aussi entrer en ligne de compte. Et le directeur du Centre de l'Union européenne pour l'excellence d'en tirer cette leçon pour l'avenir: « Quand des problèmes surgissent, les dirigeants politiques cherchent des solutions. Entre des pays interdépendants, ces solutions seront souvent trouvées au niveau de l'Union. Si, un jour, les dirigeants nationaux commencent à expliquer les raisons pour lesquelles les décisions sont prises au niveau de l'Union européenne, la compréhension que les citoyens ont de tout ce qu'est l'Union pourra être améliorée ». Et ce jour-là, peut-être sera-t-il enfin possible de réconcilier la France de Jean Monnet et celle de Charles de Gaulle…

Michel Theys

*** L'Europe en formation. Revue d'études sur la construction européenne et le fédéralisme - Journal of Studies on European Integration and Federalism. Centre international de formation européenne (10 av. des Fleurs, F-06000 Nice. Tél.: (33-4) 93979397 - fax: 93979398 - Courriel: europe.formation@cife.eu - Internet: http://www.europeenformation.eu ). 2012, n° 364, 464 p., 20 €. Abonnement: 50 €. La diffusion de l'Europe en formation sur Internet est assurée par la plateforme de revues scientifiques électroniques Cairn.info à l'adresse http://www.cairn.info/revue-l-europe-en-formation.htm

Ce volumineux numéro de la revue créée voici plus de cinquante ans par Alexandre Marc, chantre du fédéralisme intégral, prolonge une conférence que L'Europe en formation a organisée conjointement en mars dernier avec le Centre d'études et de recherches internationales de Sciences Po et le réseau CoesioNet. Hormis la traditionnelle chronique de Jean-Pierre Gouzy, il est tout entier consacré à l'européanisation des nouveaux États membres après leur adhésion à l'Union. Leur entrée dans le club européen a-t-elle renforcé leurs capacités et volonté politique de procéder à des réformes ? La conditionnalité que leur imposait l'Union avant l'adhésion ne constituait-elle pas un bras de levier plus efficace à cet effet ? N'ont-ils pas rempli certaines exigences que sous la pression de la conditionnalité et pour faire machine arrière aussitôt admis dans le club ? Telles sont quelques-unes des questions qui structurent les réflexions consignées dans ces pages, l'européanisation y étant jaugé à la lumière de la crise financière actuelle, de la mise en œuvre des normes européennes, des effets des politiques sectorielles dans les nouveaux États membres, du renforcement des capacités administratives de ceux-ci, du combat contre la corruption, de la (parfois assez difficile) cohabitation entre identité européenne et identité nationale, enfin de la question très sensible des minorités. Dans son introduction, Matthias Waechter en tire la leçon que « les évolutions socio-politiques dans les nouveaux États membres sont beaucoup trop complexes pour être résumés par des clichés généralistes » et que la conditionnalité n'a pas plus été la panacée pour entraîner l'européanisation que l'absence de sanctions n'ouvre la porte à des dérives. En réalité, observe le directeur de l'Institut européen de Nice qui enseigne aussi à l'Université de Fribourg, les derniers entrés « semblent observer la législation européenne ni plus ni moins que leurs prédécesseurs » en confirmant de la sorte que l'européanisation est toujours « un processus long, lent, parfois sinueux, avec de nombreux revers ». (MT)

*** MATTHIEU OSMONT, EMILIA ROBIN-HIVERT, KATJA SEIDEL, MARK SPOERER, CHRISTIAN WENKEL (sous la dir. de): Européanisation au XXe siècle - Europeanisation in the 20th Century. Un regard historique - The historical Lens. Presses Interuniversitaires Européennes / Peter Lang (voir coordonnées supra). Collection « Euroclio », n° 69. 2012, 215 p., 34,80 €. ISBN 978-90-5201-850-8.

Le phénomène de l'européanisation a-t-il commencé avec Monnet et Schuman ? Non, répondent en cœur les membres du Réseau international des jeunes chercheurs en histoire de l'intégration européenne qui ont travaillé sur ce thème une semaine durant en juillet 2010. Dans ce livre qui rend compte de leur travail, ils montrent que le concept d'européanisation permet à la fois de dépasser le cadre national et de décrire l'histoire de l'Europe sous un angle plus large que celui de l'intégration européenne: leurs contributions démontrent à l'évidence que le phénomène de l'européanisation ne se limite pas à l'après-1945, ni à la partie occidentale de l'Europe. Dans son introduction, Reiner Marcowitz rappelle toutefois en quoi le « Plan Monnet-Schuman » fut une « révolution copernicienne » dans l'histoire en ce qu'il amorça une « européanisation consciente du problème allemand » et un processus menant à une interdépendance socioculturelle et socioéconomique sans cesse accrue. Il n'en demeure pas moins que l'européanisation a bien d'autres racines: les contributions qui sont réunies dans cet ouvrage abordent l'européanisation des sociétés européennes tout au long du XXe siècle et dans de multiples dimensions: individus, élites, groupes sociaux. Elles prennent en compte tout à la fois les champs scientifique et culturel, celui des pratiques sociales, des représentations, celui de la décision politique. Mais, comme le remarque le Pr. Eric Buissière dans ses conclusions, tous les auteurs se retrouvent pour poser explicitement ou implicitement la question du rapport de l'européanisation à l'institutionnel, cherchant à savoir si l'européanisation des structures est un préalable à l'émergence d'un cadre politique et institutionnel européen et en quoi ce cadre, une fois posé, serait lui-même facteur d'européanisation. (MT)

*** AALT WILLEM HERINGA, PHILIPP KIIVER: Constitutions Compared. An Introduction to Comparative Constitutional Law. Intersentia (31 Groenstraat, BE-2640 Mortsel. Tél.: (32-3) 6801550 - fax: 6587121 - Courriel: mail@intersentia.be - Internet: http://www.intersentia.com ). Collection « Ius Commune Europaeum », n° 104. 2012, 361 p., 60 €. ISBN 978-1-78068-078-1.

Le fait qu'un ouvrage en soit à sa troisième édition témoigne de son intérêt. Celui-ci le confirme, lui qui doit plus que jamais s'apparenter à un sésame pour les étudiants qui s'aventurent dans l'étude du droit constitutionnel. Ses auteurs offrent dans ces pages une présentation remarquablement fiable et exhaustive des droits constitutionnels qui prévalent en Allemagne, en France, aux Pays-Bas, au Royaume-Uni et aux États-Unis, ces systèmes étant considérés comme des modèles génériques. Ainsi, démonter les rouages du système présidentiel américain permet de comprendre aussi les systèmes brésilien et philippin ; saisir les nuances qui prévalent entre les systèmes fédéraux allemand et américain facilitera la compréhension des cas australien ou indien ; les systèmes monarchiques britannique ou néerlandais faciliteront la compréhension de pays comme, l'Espagne, la Norvège ou la Thaïlande ; le système semi-présidentiel français est une clé de compréhension pour les cas roumain ou russe… Les aspects spécifiques de ces différents droits constitutionnels font l'objet d'une étude comparative avant d'être détaillés pays par pays. L'influence du droit communautaire n'est pas négligée dans le cas des pays membres de l'Union européenne. Outre un tableau offrant un aperçu des systèmes étudiés, un glossaire, un index, des traductions de certains textes constitutionnels et des extraits de dispositions importantes de traités internationaux, l'ouvrage s'enrichit aussi de potentielles questions d'examen, ce qui sera considéré comme un plus par beaucoup d'étudiants… (PBo)

*** GEORG GROTE: The South Tyrol Question, 1866-2010. From National Rage to Regional State. Peter Lang (1 Moosstrasse, Postfach 350, CH-2542 Pieterlen. Tél.: (41-32) 3761717 - fax: 3761727 - Courriel: info@peterlang.com - Internet: http://www.peterlang.com ). Collection "Cultural Identity Studies", n° 10. 2012, 186 p., 53,50 €. ISBN 978-3-03911-336-1.

Enseignant l'histoire de l'Europe occidentale au University College de Dublin, le rhénan Georg Grote revient, dans ces pages, sur le cas du Sud-Tyrol. En 1919, au lendemain de la Première Guerre mondiale, ce petit territoire occupé par quelque 200.000 germanophones et membre de la minorité linguistique ladine passaient du jour au lendemain de la tutelle austro-hongroise au rang de citoyens italiens. En particulier sous le régime fasciste qui n'allait pas tarder à s'imposer, Rome n'eut de cesse de tenter d'italianiser cette portion de territoire. En vain, le combat pour la reconnaissance des spécificités culturelles et linguistiques de la région aboutissant à la reconnaissance de celle-ci par l'Italie en 1972. C'est le combat de cette minorité qui est éclairé dans ces pages, l'auteur y redonnant vie à tous les thèmes qui ont dominé le XXème siècle: guerre, expulsion, colonialisme, impérialisme, fascisme, autodétermination, résistance, terrorisme, européanisation, protection de l'environnement, néo-libéralisme… Un concentré d'histoire européenne, en somme. (PBo)

*** Futuribles. Analyse et prospective. Futuribles Sarl (47 rue de Babylone, F-75007 Paris. Tél.: (33-1) 53633770 - fax: 42226554 - Courriel: revue@futuribles.com - Internet: http://www.futuribles.com ). Octobre 2012, n° 389, 100 p., 14 €. Abonnement annuel: 115 € (France), 120 € (étranger). ISBN 978-2-84387-402-4.

Le numéro d'octobre de la revue mensuelle créée en 1974 par Hugues de Jouvenel se révèle très éclectique puisqu'il conduit du contrat entre générations à l'influence des intégristes aux Etats-Unis en passant par l'avenir du leadership mondial à la lumière du dernier livre de Zbigniew Brzezinski. Les lecteurs de la Bibliothèque européenne en retiendront en particulier la contribution que Jean-François Drevet consacre au clivage Nord/Sud qui persiste en Europe. Pour cet ancien haut fonctionnaire européen, la solidarité mise en œuvre à l'échelle communautaire pourrait se révéler plus efficace que les politiques nationales pour résoudre les problèmes économiques actuels et assurer enfin le rattrapage économique du Sud. Comme il conviendrait toutefois de doter l'Union au préalable d'un budget européen digne de ce nom, susceptible d'alimenter une politique de cohésion ambitieuse, l'analyse reste fort de rester lettre morte… (MT)

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