Bruxelles, 07/01/2013 (Agence Europe) - Prévenir l'exposition des populations au mercure dans l'environnement permettrait de protéger le cerveau des bébés contre la toxicité de ce métal lourd et d'économiser ainsi entre 8 et 9 milliards d'euros par an, selon une étude publiée lundi 7 janvier dans Environmental Health - une revue scientifique en ligne. Au vu de cette étude intitulée 'Economic benefits of methylmercury exposure control in Europe: Monetary value of neurotoxicity prevention', l'organisation de la société civile HEAL (Health and Environment Alliance), qui milite depuis 2006 pour un contrôle rigoureux de l'exposition au mercure dans l'environnement, appelle l'UE à contribuer activement à la conclusion d'un traité international juridiquement contraignant sur le contrôle de la pollution au mercure, lors de la réunion du Programme des Nations unies pour l'environnement (PNUE), le 13 janvier prochain à Genève.
L'aspect le plus préoccupant de l'exposition au mercure réside dans les effets du mercure présent chez les femmes enceintes sur le cerveau du fœtus qui se développe in utero. La preuve que le méthylmercure (MeHg), forme la plus courante de mercure organique qui se forme dans l'environnement à partir de mercure inorganique, est un neurotoxique (substance toxique pour le système nerveux) est établie par de nombreuses publications scientifiques. Le professeur Philippe Grandjean, l'un des auteurs de l'étude, explique la méthode de calcul à la base de cette nouvelle recherche en ces termes:
« Si l'on convertit les effets, sur des cerveaux en formation, du MeHg, en points de QI, les bénéfices à escompter du contrôle de la pollution par cette substance équivalent à 700 000 points par an et, en termes monétaires, à une somme comprise entre 8000 millions et 9000 millions d'euros par an pour toute l'UE. » Les données rassemblées dans le cadre d'un projet européen récent de biomonitoring ont permis ces nouveaux calculs. L'étude révèle qu'un tiers des échantillons de cheveux examinés dans 17 pays européens présentaient des niveaux de mercure supérieurs au niveau considéré comme sûr dans la plupart des études scientifiques récentes (soit 0,58 microgrammes/gramme de cheveu), ce qui indiquerait que sur 5,4 millions d'enfants qui naissent chaque année en Europe, 1,8 million sont affectés par des niveaux de mercure chez leur mère trop élevés pour être sûrs. « Ces découvertes troublantes montrent qu'il est absolument impératif d'adopter un traité juridiquement contraignant sur le contrôle de la pollution par le mercure en Europe », commente Genon Jensen, directeur exécutif de HEAL. En Europe, la principale voie d'exposition des adultes au mercure est la consommation de certains poissons comme le thon et l'espadon dans lesquels le mercure s'accumule. Ce métal lourd, sous-produit de processus industriels comme la combustion du charbon, est émis dans l'air avant de contaminer mers et rivières. Les expositions prénatales sont particulièrement préoccupantes parce que de petites quantités de méthylmercure peuvent causer des effets nocifs irréversibles sur un cerveau en développement. (AN)