Bruxelles, 05/09/2012 (Agence Europe) - Les États du Golfe (Bahreïn, Koweït, Oman, Qatar, Arabie saoudite et Émirats arabes unis) auraient davantage intérêt à se rapprocher de l'Union européenne pour éviter d'être atteints par la vague de changements politiques dans le monde arabe. Or, actuellement, ils « se basent tout simplement sur leur richesse pour éloigner la révolution », commente Naël Shehadeh, chercheur associé à la Gulf Research Center Foundation, pour qui l'urgent serait de procéder à des réformes en profondeur.
M. Shehadeh est d'avis que le Conseil de coopération du Golfe (CCG) voit le monde arabe s'engager dans des « changements fondamentaux ». En conséquence « ses dirigeants doivent rapidement s'adapter ou risquer d'essuyer des révoltes de leur population, une leçon que n'ont pas manqué de retenir les pays du Conseil CCG ». Et d'ajouter: « Avec leurs voisins enlisés dans des guerres civiles ou en plein milieu de transitions difficiles, et avec la grogne populaire se généralisant au pays, les États du Golfe veulent à tout prix endiguer la marée montante de la révolution ». Face aux soulèvements arabes, rappelle l'analyste, « le CCG a offert jusqu'ici une aide généreuse, totalisant environ 160 milliards de dollars, aux pays emportés par le Printemps arabe », sans parvenir totalement à endiguer ce phénomène. Pour rappel, le Bahreïn est actuellement en effervescence et des troubles sont signalés dans des régions saoudiennes.
Le chercheur suggère des réformes pouvant bénéficier de l'appui de l'UE, en particulier le secteur public qui est « de loin l'employeur le plus important » (80% de la main d'œuvre indigène en Arabie saoudite, 93% au Koweït). « Environ 45 % du budget du gouvernement de l'Arabie saoudite est affecté aux salaires des fonctionnaires. Il est vital de réduire la dépendance du secteur public par une plus grande participation des citoyens dans les entreprises locales, accroissant ainsi le rôle du secteur privé dans la création d'emplois. Pourtant, très peu d'efforts ont été faits pour la promotion de l'entrepreneuriat », constate-t-il.
Pour M. Shehadeh, « si les dirigeants du Golfe désirent vraiment éviter l'agitation sociale, ils doivent utiliser les gains provenant des cours élevés du pétrole pour financer des réformes du travail et de la propriété intellectuelle, encourageant du même coup la croissance du secteur privé et offrant de meilleures perspectives pour tous. Des institutions internationales aideraient en offrant leur assistance technique. Ainsi, il y a peut-être place pour une coopération dans le cadre du programme commun de mesures de l'UE et du CCG », notamment son volet sur « l'échange d'expertise et de données… en intégration économique ». (FB)