*** NICHOLAS SHAXSON: Les paradis fiscaux. Enquête sur les ravages de la finance néolibérale. André Versaille éditeur (Centre Dansaert, 7 rue d'Alost, B-1000 Bruxelles. Tél.: (32-2) 2133705 - Courriel: information@andreversailleediteur.com - Internet: http://www.andreversailleediteur.com ). 2012, 447 p., 19,90 €. ISBN 978-2-87495-180-0.
D'abord publié en anglais chez Bodley Head (Random House, Londres, UK) sous le titre Treasure Islands. Tax Havens and the Men Who Stole the World, cet ouvrage - encore enrichi dans sa version française - cumule les qualities. D'abord, il se lit comme un très bon roman policier - à moins qu'il ne s'agisse d'une série noire - et est haletant à souhait, à tel point qu'il se dévore plus qu'il ne se lit. A l'évidence, la plume du journaliste y est pour quelque chose. Mais surtout, Nicholas Shaxson concilie dans ces pages la forme et le fond pour établir un réquisitoire implacable. « Depuis quelques années, des millions de personnes à travers le monde ont le sentiment qu'il y a quelque chose de pourri dans l'économie mondiale, mais sans parvenir à identifier le problème. Ce livre vous dévoile les racines du mal », explique très vite l'auteur. En l'occurrence, il ne ment pas: journaliste financier écrivant régulièrement dans le Financial Times et dans The Economist (ce qui, au passage, le rend peu suspect de nourrir une aversion idéologique particulière envers l'objet de son enquête), il invite son lecteur à une plongée édifiante - et carrément terrifiante ! - dans les abysses peu ragoutants et parfaitement scandaleux de la grande finance internationale et, en particulier, de ces paradis fiscaux qui « sapent les lois et les institutions qui promeuvent le bien public, minent la confiance du public dans la démocratie et corrompent complètement les échanges internationaux ». Là non plus, il ne ment pas: c'est réellement un système mafieux, peuplé de personnes « au-dessus de tout soupçon », enviées même pour leur réussite, en clair un monde des affaires ayant « perdu la tête » qu'il dénonce méthodiquement, preuves à l'appui. Sachant que ce système mafieux a créé l'environnement qui a rendu possible la crise financière que nous endurons depuis quelque cinquante mois, ce livre s'apparente à un nouveau « J'accuse » et mérite autant d'attention que celui de Zola !
Dès son premier chapitre, intitulé « Bienvenue nulle part », Nicholas Shaxson plante un décor édifiant. Ainsi, les quarante-huit plus grandes sociétés européennes totaliseraient… 4.700 filiales dans les paradis fiscaux, soit en moyenne presque 100 chacune. Selon un rapport de la Cour des comptes britannique de 2007, un tiers des 700 plus grandes entreprises du Royaume-Uni n'ont payé « aucun impôt » dans le pays l'année fiscale précédente - une année pourtant de forte croissance. Tout cela grâce à un système complexe qui permet aux riches d'éluder l'impôt, notamment à l'aide de quelque « soixante juridictions du secret » que l'auteur répartit en quatre groupes. Le premier est celui des paradis fiscaux européens, à savoir - personne n'en sera surpris - la Suisse, le Luxembourg, le Liechtenstein, Monaco, Andorre et l'île portugaise de Madère, mais aussi, de manière plus surprenante, des pays comme… les Pays-Bas, l'Autriche et la Belgique. Le deuxième réseau, le plus important, « réunit près de la moitié des juridictions du secret de la planète » s'organise en trois cercles concentriques autour de la… City de Londres. Les deux premiers cercles sont composés des trois dépendances de la Couronne (Jersey, Guernesey et l'île de Man, où la City traite les affaires douteuses en vertu du vieil adage « Jersey ou la prison » (*), les pires étant transférées à Gibraltar) et, ensuite, des territoires britanniques d'outre-mer (îles Caïmans, Bermudes, îles Vierges britanniques, îles Turques-et-Caïques et Gibraltar) qui, en grande partie contrôlés par la Grande-Bretagne, « combinent des services financiers ultra-sophistiqués à un système politique quasi médiéval ». Le dernier cercle de satellites off-shore est constitué d'une collection plus hétéroclite de paradis fiscaux (Hong-Kong, Singapour, Bahamas, Dubaï, Vanuatu, Ghana, sans compter… l'Irlande) qui entretiennent avec le Royaume-Uni et la City de Londres des « relations très étroites héritées notamment de l'histoire ». Plus loin, l'auteur expliquera en substance que le Royaume-Uni n'a pas perdu, mais qu'il l'a seulement transformé en cette fantastique « toile d'araignée ». Opération à coup sûr gagnante puisque « ces trois cercles compteraient ensemble pour plus du tiers de tous les actifs bancaires internationaux », le tiers se transformant quasiment en moitié « si l'on y inclut la City de Londres »… Les troisième et quatrième groupes répertoriés par l'auteur sont ceux dont les… « États-Unis forment l'assise », tant il est vrai que la vertu y a aussi été balayée par l'esprit de lucre, à tel point que « la finance off-shore a » même « été pendant des années l'un des instruments privilégiés de la politique néo-conservatrice pour assurer la domination américaine sur la planète »…
Envers et contre toutes les belles promesses de s'attaquer au places fortes du secret bancaire, des pays comme la Grande-Bretagne et les États-Unis restent « les premiers protecteurs de la finance off-shore », accuse l'auteur en se gaussant de la liste noire des paradis fiscaux établie par l'OCDE qui est « moins une liste noire qu'une machine à blanchir les réputations douteuses ». Ce sont les différentes facettes d'un système qui vise tout entier à soustraire les riches à l'imposition - y compris par le biais de mesures fiscales à la Bettencourt ou à la Murdoch qui font que « les détenteurs de capitaux mobiles et les entreprises contribuent de moins en moins à l'impôt », le fardeau fiscal étant « transféré sur les épaules des gens ordinaires » - qui sont mises à nu jusqu'à provoquer la nausée dans les treize chapitres qui suivent. L'un d'eux, particulièrement édifiant et… incroyable par ce qu'il offre à voir, est dédié à « la City of London Corporation, l'administration municipale la plus ancienne du monde », soit un « monstre préhistorique ayant mystérieusement survécu jusqu'à l'époque moderne » et un « État dans l'État » particulièrement opaque auquel aucun dirigeant politique n'oserait tenir tête. On comprend mieux, dès lors, pourquoi les responsables politiques actuels font plus que de la résistance par rapport aux mesures d'assainissement du monde financier que prépare Bruxelles et pourquoi, dans les recommandations qu'il formule pour s'attaquer à l'hydre dans ses conclusions, Nicholas Shaxson invite à affronter en priorité « la toile d'araignée britannique, l'élément le plus important et le plus agressif du système off-shore mondial ».
Michel Theys
*** Investing in Change. The Reform of Europe's Financial Markets. Association for Financial Markets in Europe (St. Michael's House, 1 George Yard London, EC3V 9DH, UK. Tél.: (44-20) 77439300 - fax: 77439301 - Internet: http://www.afme.eu ). 2012, 142 p., 10 £. ISBN 978-1-78125-013-6.
Cet ouvrage est édité par une Association représentative des principales banques européennes et mondiales actives dans les marchés de gros. Il voit des experts indépendants - comme le gouverneur adjoint de la Banque d'Angleterre en charge de la stabilité financière, l'ancienne ministre travailliste Shriti Vadera, des hommes d'affaires et autres consultants, investisseurs et personnalités du monde académique - examiner la révision réglementaire majeure qui a été imposée par la crise financière afin de remédier aux carences et autres défaillances découvertes dans le système, ainsi que les efforts supplémentaires qui seront requis. Selon Gaël de Boissard, président de l'Association des marchés financiers en Europe, le livre est voulu par l'AFME comme une contribution significative et dépassionnée au retour à la santé d'une industrie bancaire prête à apporter des changements significatifs dans la façon dont elle exerce ses activités.
(PBo)
*** MATTHÄUS MARKUS SIELECKI: Creating and Governing an Integrated Market for Retail Banking Services in Europe. A Conceptual-Empirical Study of the Role of Regulation in Promoting a Single Euro Payments Area. Peter Lang (1 Moostrasse, Postfach 350, CH-2542 Pieterlen. Tél.: (41-32) 3761717 - fax: 3761727 - Courriel: info@peterlang.com - Internet: http://www.peterlang.com ). Collection "Corporate Finance and Governance", n° 5. 2011, 301 p, 55,90 €. ISBN 978-3-631-60834-0.
Actif dans le monde bancaire, Matthäus Markus Sielecki a trouvé le temps et le courage de rédiger une thèse qu'il a soutenue à l'European Business School allemande d'Oestrich-Winkel et qui est reprise dans cet ouvrage. Il y étudie la manière dont les réglementations introduites par les autorités politiques européennes ont contribué à la création d'un marché financier unique en Europe, et d'un marché bancaire en particulier. Très concrètement, il examine l'impact de la directive sur les paiements transfrontaliers et le projet d'Espace unique de paiement en euro pour répondre à la question qui est au cœur de sa recherche. De la sorte, il montre que « les institutions comptent », mais aussi que les règles européennes, aussi appropriées soient-elles, ne sont pas toujours mises en œuvre comme il se devrait dans les Etats membres. Ainsi, dans le secteur des banques de détail, diverses barrières nationales subsistent, ce qui témoigne de l'existence d'un problème de bonne gouvernance et amène le Pr. Joachim Ahrens à considérer dans sa préface que « les organes législatifs de l'Union européenne devraient se concentrer sur leurs compétences de base en tant que régulateurs afin d'arriver en premier lieu à une harmonisation en ces domaines, ce même si la résistance des États membres sera très élevée ». Dans cet esprit et en tenant compte de la tourmente financière actuelle, la création d'une agence de contrôle centralisée semble nécessaire, ce qui n'est évidemment pas chose gagnée d'avance en ces temps où la souveraineté nationale fait plus que jamais de la résistance.
(PBo)
*** MAURICE BOMMENSATH: Le Monde Nouveau de Chimerica. Le rôle clef des entreprises. Éditions Publisud (15 rue des Cinq-Diamants, F-75013 Paris. Tél.: (33-1) 45807850 - fax: 45899415 - Courriel: publisud.editions@cegetel.net - Internet: http://www.editionspublisud.hautetfort.com ). 2012, 254 p., 44 €. ISBN 978-2-36291-030-2.
Comme consultant d'un cabinet de conseil opérationnel spécialisé dans la formation professionnelle, Maurice Bommensath livre, dans ce livre, quelques leçons qu'il tire de l'observation de la crise économico-financière en cours et de la manière dont les pays et les entreprises peuvent en sortir. Il y souligne l'importance croissante que prendront la Chine et l'Inde dans le monde, ce qui imposera aux Occidentaux de changer leur culture. D'autres mutations seront imposées, à tous, par la finitude des ressources naturelles de la planète. Dans ce contexte, l'auteur juge que les multinationales joueront un rôle déterminant dans l'élaboration d'un monde nouveau. Quant à l'Europe, l'auteur estime qu'elle « va se trouver bientôt devant un choix drastique, allant bien au-delà des rafistolages court-termistes: soit adopter le fédéralisme et changer fondamentalement sa gestion publique, soit se dissoudre ». A ses yeux, si les États-Unis se sortent mieux d'une situation globale plus grave que celle de l'Europe, c'est parce qu'ils disposent de centres de décision cohérents et efficaces, alors que l'Union européenne - et la zone euro en particulier - a répugné jusqu'à présent à se doter d'une « véritable structure fédérale » qui serait seule capable d'arrêter rapidement les mesures efficaces requises…
(MT)
*** KHAIREDDINE JEBSI, JALELEDDINE BEN REJEB, TAHER HAMZA, SAMIR ABDELHAFIDH (sous la dir. de): Finance et stratégies de développement. Actes du cinquième colloque international de l'Institut Supérieur de Gestion de Sousse, Tunisie. Éditions Publisud (voir coordonnées supra). 2012, 249 p., 38,94 €. ISBN 978-2-36291-029-6.
Prolongement d'un important colloque scientifique tenu à Sousse voici un peu plus de deux ans, cet ouvrage - qui, du fait de son caractère scientifique pointu, ne s'adresse qu'aux initiés en matière d'économie et de finance - réunit quatorze contributions abordant, entre autres, les thèmes du risque pays, de la croissance économique et de l'investissement, du commerce extérieur, des externalités des technologies de l'information et de la communication, de problématiques de nature comptable et financière, de l'évaluation des actifs financiers, ou encore des questions de recherches orientées sur les mécanismes internes et externes de la gouvernance et la performance des entreprises et des institutions financières. Autant de questions, résume Hakim Ben Hammouda, conseiller spécial du président de la Banque africaine de développement, qui ont des implications quant aux comportements des entreprises, des investisseurs sur les marchés financiers et sur les acteurs de la sphère micro et macroéconomique.
(MT)
*** JAN M. HEBLY (sous la dir. de): European Public Procurement. Legislative History of the 'Remedies' Directives 89/665/EEC and 92/13/EEC. Wolters Kluwer Law International (P. O. Box 316, 2400 AH Alphen aan den Rijn, The Netherlands. Courriel: sales@kluwerlaw.com - Internet: http://www.kluwerlaw.com ). 2011, 930 p.. ISBN 978-90-411-2835-5.
Déjà auteur d'un volumineux ouvrage retraçant l'histoire législative de la directive 2004/17/CE relative à la coordination des procédures de passation des marchés publics dans les secteurs de l'eau, de l'énergie, des transports et des services postaux, le Pr. Jan M. Hebly (Université de Leiden) récidive avec ce non moins impressionnant volume. Avec l'aide des juristes Wynand J. Brants et Marijke Z. Kos, il procède à une véritable exploration des faits et des documents législatifs qui ont conduit, in fine, à la rédaction des directives « correctives » visant à améliorer l'efficacité des procédures de recours en matière de passation des marchés publics. Cet ouvrage de référence qui sera avant tout à considérer comme un précieux outil de travail par les juristes spécialisés passe ensuite en revue les fondements écrits de différents considérants, articles et annexes de ces directives, l'ouvrage étant ponctué par un aperçu chronologique des documents législatifs associés à chacune de ces directives et par un index des mots-clés.
(PBo)
*** Rapport sur la politique de concurrence 2010. Incluant le document de travail des services de la Commission. Union européenne (Office des publications de l'Union européenne, Luxembourg. Internet: http://www.bookshop.europa.eu ). Collection « Rapports en matière de concurrence ». 2011, 228 p., 25 €. ISBN 978-92-79-20185-1.
À l'occasion du 40ème anniversaire de cette collection de rapports sur la concurrence, celui-ci, consacré à l'année 2010, commence par rappeler les principales évolutions intervenues dans la politique de concurrence et son application au fil des quatre décennies. Il présente ensuite les évolutions enregistrées en 2010. A noter que ce rapport est aussi disponible en allemand et en anglais, ainsi que dans toutes les langues de l'Union par demande à l'adresse Internet mentionnée ci-dessus. (MT)