Bruxelles, 03/05/2012 (Agence Europe) - La crise et la morosité économique nourrissent le racisme et les gouvernements européens doivent y remédier. Telles sont l'affirmation et la demande formulées le 3 mai par la commission européenne du Conseil de l'Europe contre le racisme et l'intolérance (ECRI). Dans son rapport annuel, la commission épingle également les discours consécutifs aux événements du 'Printemps arabe' en 2011 et portant sur le besoin de refondre les accords de Schengen et la possibilité de réintroduire des contrôles aux frontières intérieures. Des discours, tenus en particulier par le président français Nicolas Sarkozy et encore soutenus par l'Allemagne lors du dernier Conseil des ministres de l'Intérieur des Vingt-sept à Luxembourg, lesquels ont eux aussi contribué à alimenter cette xénophobie, a encore estimé ECRI.
Pour cette commission du Conseil de l'Europe, constituée d'experts indépendants, les « coupes dans les programmes sociaux, la réduction des possibilités d'emploi et le développement de l'intolérance envers les immigrés et certaines minorités historiques qui s'ensuit sont des tendances inquiétantes ». ECRI affirme avoir constaté ces tendances tout au long de 2011 lors de visites pays par pays. « Le discours xénophobe fait désormais partie du discours général et les extrémistes ont de plus en plus recours aux médias sociaux pour transmettre leurs points de vue à l'heure où la discrimination à l'égard des Roms s'intensifie », s'inquiète encore ECRI.
La crise économique actuelle a créé un cercle vicieux dans lequel sont enfermés nombre de groupes vulnérables, écrit la commission. « En raison de débouchés économiques moindres et de coupes dans les programmes sociaux, ces groupes sombrent dans la pauvreté, ce qui alimente des sentiments négatifs qui renforcent la fracture sociale. Les immigrés et certaines minorités historiques sont considérés comme un fardeau pour la société. Les vieux mythes sur l'influence exercée par certains groupes dans le monde financier réapparaissent ». Le « modèle du multiculturalisme » est par ailleurs remis en cause et la discrimination dans l'emploi est omniprésente, poursuit la commission dans son rapport.
L'ECRI regrette aussi que certains pays n'aient pas réussi à gérer l'afflux de migrants et de demandeurs d'asile en 2011: « Il est parfois procédé trop rapidement au renvoi et les conditions d'accueil ont été médiocres », poursuit la commission. Parmi les problèmes recensés figuraient les refoulements rapides de certains arrivants et les mauvaises conditions d'accueil, d'où de vives tensions avec la population locale, alors que dans certains pays, les systèmes de traitement des demandes d'asile ont complètement failli, dit ECRI. La culture « policière » qui semble avoir prévalu face à cet afflux de migrants a aussi mis à mal les relations entre les pays de l'espace Schengen: les discussions qui se sont ensuivies sur la réintroduction de contrôles aux frontières intérieures ont encore alimenté le débat xénophobe, juge la commission. Qui s'inquiète aussi des attaques contre les Roms ou encore de la tentative de certains gouvernements membres du Conseil de l'Europe de réduire les moyens des institutions nationales de défense des droits de l'Homme sous prétexte de crise économique.
Début mars, le réseau européen contre le racisme ENAR avait publié un rapport similaire dénonçant lui aussi la montée de l'intolérance dans l'Europe des 27 et s'inquiétant du succès grandissant des partis d'extrême-droite, à l'image du PVV néerlandais, du FN français qui a réalisé un score historique au premier tour des présidentielles ou même du parti grec de l'Aube dorée qui pourrait remporter quelques sièges aux élections législatives du 6 mai. (SP)