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Bulletin Quotidien Europe N° 10607
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SOCIAL - CULTURE / (ae) social

Les déséquilibres du marché du travail sont structurels, selon l'OIT

Bruxelles, 03/05/2012 (Agence Europe) - Le constat de l'Organisation internationale du travail (OIT) est sans appel: l'aggravation de la situation économique au sein de l'UE « reflète le piège de l'austérité ». Dans son dernier rapport sur le travail dans le monde 2012, publié lundi 30 avril, l'OIT ne ménage pas l'Europe. La situation de l'emploi se détériore, le chômage ne cesse d'augmenter et les perceptives de croissance à court et moyen termes sont peu encourageantes. La confiance recherchée par les États membres auprès des marchés financiers, à travers des mesures d'austérité budgétaire, ne s'est jamais traduite en une croissance et en la création d'emplois, mais au contraire par une contraction de l'économie.

Pour autant, ce que l'OIT décrit comme « le piège de l'austérité » est un problème qui est de plus en souvent évoqué à Bruxelles. Que ce soit Mario Draghi, président de la Banque centrale européenne (BCE) ou Herman Van Rompuy, président du Conseil européen, tous appellent aujourd'hui à mettre en place un savant mélange d'assainissement des finances publiques et de mesures de relance de la croissance. Ce n'est pas une révolution, mais une « approche alternative », selon l'expression du commissaire Laszlo Andor, chargé de l'Emploi et des Affaires sociales. En reprenant les assises du rapport de l'OIT, il a décrit, mardi 2 mai, devant le Comité de l'emploi, la « détérioration de la situation » actuelle comme étant en partie « le reflet de la focalisation au cour des deux dernières années sur la consolidation budgétaire (…), qui a eu un effet négatif sur la demande globale ». Aujourd'hui, « l'Europe est véritablement à la croisée des chemins », a-t-il conclu.

Est-ce qu'il y a une voie de sortie ? Le rapport de l'OIT est ambivalent sur ce point. D'un côté, il voit dans la publication par la Commission européenne du 'paquet' emploi (EUROPE n°10597) une stratégie adéquate pour « promouvoir un travail décent et le renforcement de la gouvernance du marché du travail, avec la pleine participation des partenaires sociaux ». Mais, de l'autre côté, cette stratégie n'étant pas contraignante pour les États membres, « le chemin actuel de consolidation » risque de perdurer, ce qui « entraînera une croissance de l'emploi faible et une détérioration de la position budgétaire à moyen terme en raison de l'affaiblissement de la demande globale ».

Ainsi, les solutions proposées par l'OIT sont multiples et finalement assez similaires à ce que propose la Commission, à savoir: des mesures pour favoriser l'emploi décent (résultats: diminution du chômage, augmentation des dépenses ménagères), encourager les lignes de crédits (investissements des entreprises, création d'emplois), tout en mettant en place un « paquet de consolidation budgétaire socialement responsable ». Mais ces mesures ne pourront probablement pas contrer une tendance qui dépasse les frontières européennes, prévient néanmoins l'OIT. Durant les deux prochaines années, la croissance mondiale ne sera pas suffisante pour, simultanément, récupérer les emplois perdus depuis 2008 et en créer de nouveaux pour accueillir sur le marché de travail les derniers arrivants.

Pour l'OIT, une telle situation pose un nouveau défi. Quatre années de ralentissement économique et de crises à multiples visages ont profondément déstabilisé le marché du travail. Le problème est devenu structurel. Avec un taux de chômage qui frôle les 11% en mars dans la zone euro et s'établit à 22,6% pour les jeunes, le risque d'exclusion définitif du marché du travail, même avec une reprise économique imminente, est bel et bien présent pour une partie grandissante de la population européenne, particulièrement pour les jeunes de 18 à 25 ans et les femmes. Et les effets d'une telle situation, en dehors du chômage, sont déjà bien visibles. Ils se traduisent pas une poussée des politiques de dérégulation des marchés du travail (surtout dans l'Europe du sud), comme en témoigne la forte augmentation des formes atypiques d'emploi (nouveaux types de contrats, instabilité de l'emploi), du travail à mi-temps (plus de 42 millions d'Européens sont concernés), du travail temporaire (surtout en Europe centrale et de l'est) et finalement de la pauvreté, qui touche aujourd'hui près de 16,4% de personnes au sein de l'UE (21,1% pour les jeunes). Or, le rapport estime qu'il n'y a aucune preuve que les politiques de dérégulation vont créer des emplois supplémentaires.

Un autre aspect des difficultés est l'instabilité structurelle sur les marchés, qui se traduit par un manque d'accès aux financements pour les PME. Comment cela se traduit-t-il en dehors du marché de travail ? Le ratio d'investissements par rapport au PIB au sein de l'UE est en dessous de 16% par rapport à sa moyenne historique. Et cela touche aussi bien les PME que les plus grandes entreprises. Mais, pour ces dernières, ce n'est pas l'accès au crédit qui est difficile, mais ces sociétés ont considérablement augmenté leur trésorerie, au dépens des investissements. Les liquidités dont elles disposent ont ainsi cru de 77% entre 2007 et 2011, dont une augmentation de 33% sur seulement un an, entre 2010 et 2011. (JK)

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