Bruxelles, 03/05/2012 (Agence Europe) - Elisabeth Guigou, envoyée du futur probable président français, François Hollande, au Maghreb, a plaidé le 2 mai à Alger pour une vision nouvelle des rapports euro-méditerranéens qui suppose une refondation de l'UpM (Union pour la Méditerranée).
« Nous voulons réorienter l'Europe », a-t-elle déclaré au quotidien El Watan, en rappelant qu'elle a elle-même une « fibre méditerranéenne particulière » qui la rend sensible à « l'histoire commune toujours douloureuse entre la France et les pays du Maghreb, en particulier l'Algérie ». « À nos yeux, la colonisation est un phénomène détestable. Nous avons ce passé et nous avons aussi ces liens culturels, humains et économiques qui sont très forts. Il faut que nous fassions de cela un destin commun (…) Il y a aussi les mouvements de populations et nous considérons que cela n'a aucun sens d'avoir une forteresse qui se barricade, qui coupe les familles, empêche le développement. Nous voulons un développement partagé. Il ne faut surtout faire ni du paternalisme ni du néocolonialisme. Il faut que l'Europe cesse d'être cette forteresse qui se coupe et qui se ferme ». Elle estime ainsi que « l'UpM telle qu'elle a été lancée, en tant qu'initiative politique, est dans l'impasse non seulement à cause du conflit palestino-israélien, mais du fait qu'il n'y a plus du tout d'ouverture sur les négociations, ce qui est une situation consternante et triste ». Sur le plan politique, « c'est une initiative qui a été très mal engagée. Au départ, M. Sarkozy avait pensé à n'associer que les pays européens du Sud, alors qu'il faut associer tous les pays d'Europe. Car il s'agit de toute l'Europe dans ses relations avec l'Afrique ». Plus « le soutien apporté aux dictatures » qui a, estime-t-elle, compliqué la donne.
Pour Mme Guigou, « l'initiative doit nécessairement être repensée, peut-être dans un cercle '5+5' (Méditerranée occidentale, NdlR) pour commencer, sans oublier la perspective d'avoir, tout autour de la Méditerranée, une réunion plus large », une relation « multilatérale, d'égal à égal » groupant, dans des rapports bloc à bloc, d'un côté l'UMA (Union du Maghreb Arabe) et l'UA (l'Union africaine) et, de l'autre, les pays du Nord élargissant ainsi le dialogue euro-méditerranéen à l'ensemble africain. « Il faut vraiment favoriser toutes les formes de coopération concrète: coopération économique et surtout une coopération entre les associations, la société civile ». L'ancien garde des sceaux et ancienne eurodéputée, a affirmé que « nous avons besoin de concevoir le développement de l'Europe et de l'Afrique comme un développement conjoint dans lequel on respecte les droits et la souveraineté de chacun des peuples ». (FB)