Bruxelles, 03/05/2012 (Agence Europe) - Lors de la réunion qui s'est tenue jeudi 3 mai à Barcelone, le Conseil des gouverneurs de la BCE (Banque centrale européenne) a décidé que le taux d'intérêt des opérations principales de refinancement ainsi que ceux de la facilité de prêt marginal et de la facilité de dépôt demeureront inchangés, à respectivement 1,00%, 1,75% et 0,25%.
Le président de la BCE, Mario Draghi, a de nouveau évoqué le besoin d'un pacte de croissance aux côtés du pacte budgétaire et a expliqué que le Conseil des gouverneurs n'avait pas discuté de mouvement des taux d'intérêt.
Pour Mario Draghi, « il n'y a aucune contradiction entre un pacte pour la croissance et un pacte budgétaire, et d'ailleurs la croissance est viable à terme si elle s'appuie sur un certain nombre de piliers, dont la stabilité budgétaire ». Ce pacte de croissance fait référence à une kyrielle d'idées qui ont été exprimées dans plusieurs instances (« et je n'ai rien breveté en la matière ») mais comporte trois éléments, d'après Mario Draghi: - il faut poursuivre les réformes structurelles dans toutes les économies de la zone euro (elles seront différentes selon les pays, mais l'on peut trouver des éléments communs) ; - il faut poursuivre l'achèvement du marché unique pour améliorer la compétitivité ; - il faut des réformes sur le marché de l'emploi (hausse de la flexibilité, hausse de la mobilité et hausse de l'équité). Aujourd'hui, « il nous faut une discipline européenne commune dans la réalisation de ces réformes » (pacte de croissance, Stratégie EUROPE 2020…), a dit le président de la BCE. Ainsi, on va libérer une certaine énergie dans le secteur privé qui va mener à la création d'emplois.
Il y a aussi beaucoup de propositions sur ce que l'on peut faire au niveau européen pour créer des emplois, augmenter les investissements dans les infrastructures de base (rediriger les fonds de l'UE), a rappelé le président de la BCE. Il faut par ailleurs, selon lui, assainir les finances publiques « en réduisant les dépenses plutôt qu'en augmentant les impôts ».
Il juge enfin nécessaire d'envisager « une orientation pour l'euro. Où en serons-nous dans dix ans, voulons nous avoir une union budgétaire, devons nous déléguer une certaine souveraineté des gouvernements à un organisme central ? ». Et M. Draghi de conclure: « Il nous faut plus de clarté sur notre avenir européen commun, c'est un élément essentiel pour la croissance ».
En répondant à d'autres questions sur ce thème, il a dit qu'il fallait mettre en œuvre des réformes structurelles, sans pour cela ni augmenter les dépenses, ni arrêter les opérations d'assainissement budgétaire. On peut introduire des stimuli différents dans l'économie (dynamiser le secteur privé, encourager la création d'emplois, et mesures permettant de corriger les déséquilibres des dépenses publiques). « Il vaut mieux se concentrer sur une réduction des dépenses publiques actuelles plutôt que sur une réduction des investissements en infrastructures ou un relèvement des impôts », a insisté M. Draghi.
Pour justifier la décision de ne pas changer les taux, Mario Draghi a expliqué: les indicateurs disponibles pour le premier trimestre montrent une activité économique qui se stabilise à un niveau faible. Les derniers indicateurs pour la zone euro soulignent l'incertitude générale. Il a précisé que ces incertitudes seraient prises en compte dans les prochaines prévisions de la BCE, en juin. Elle table jusqu'ici sur un recul du produit intérieur brut de 0,1% cette année et une croissance de 1,1% en 2013.
Les principaux risques sont désormais une intensification des tensions sur les marchés de la dette de la zone euro et leurs répercussions potentielles sur l'économie réelle, ainsi que de nouvelles hausses des prix des matières premières, selon la BCE. Si l'on se tourne vers l'avenir, « on s'attend à ce que l'activité économique reprenne progressivement au fil de l'année », a dit M. Draghi.
L'inflation devrait rester au dessus de 2% en 2012 (en cause: hausse des prix de l'énergie et des impôts indirects). Les taux d'inflation devraient tomber en dessous de 2% au début de l'année 2013.
Espagne. Ce pays a déployé des efforts très substantiels au niveau des réformes, et nous devons prendre note de cet effort, a dit M. Draghi. Dans ce contexte, les mesures (injection massive de liquidités prises par la BCE « ont réussi à éviter un énorme resserrement des crédits. Nous aurons besoin de temps pour voir comment et quand cet argent pourra filtrer dans l'économie réelle pour faciliter les conditions de crédit. Nous avons évité un nouveau resserrement des crédits potentiellement énorme ».
Italie. « Des progrès remarquables ont été effectués, et le gouvernement italien mérite d'être encouragé dans ses efforts », a estimé le président de la BCE. Il a parlé d'un assainissement budgétaire « remarquable » dans le pays. L'Italie est sur la bonne voie, selon lui. (LC)