Bruxelles, 11/04/2012 (Agence Europe) - Ravivées par les craintes sur la situation budgétaire et économique en Espagne, les turbulences financières sur les marchés de la dette souveraine de pays de la zone euro alimentent les commentaires acerbes de la part des leaders européens, le dernier en date émanant du Premier ministre italien Mario Monti (EUROPE n°10591). Le chef du gouvernement conservateur espagnol Mariano Rajoy a coupé court, mercredi 11 avril, à ces déclarations qui minent la confiance. « La situation de l'Eurozone et sur les marchés financiers est d'une grande complexité. Il y a eu des déclarations de quelques dirigeants européens, hier encore. Je souhaite dire que nous n'agissons contre personne, nous ne parlons pas d'autres pays. À tous les autres, nos souhaitons le meilleur. Ce qui est bon pour l'Espagne est bon pour la zone euro. Nous avons tous des problèmes, nous travaillons pour les résoudre et aider la zone euro, et nous attendons des autres qu'ils fassent de même, qu'ils soient prudents dans leurs affirmations. Nous avons tous une grande responsabilité: nous voulons une Europe forte et un euro fort », a-t-il déclaré lors d'un discours aux députés du Partido Popular (PP) retransmis pour la presse, rapporte le quotidien El País.
Mardi depuis l'Égypte, M. Monti avait estimé que la hausse des rendements demandés sur les obligations italiennes n'était pas due à « des raisons spécifiquement italiennes », l'Italie payant « par ricochet la crise espagnole ». De fait, le Trésor italien a levé, mercredi, 11 milliards d'euros de titres de dettes à court terme à des taux en forte hausse par rapport aux taux observés lors d'émissions équivalentes. Les marchés ont, par exemple, fixé un rendement de 2,84% aux 8 milliards d'euros d'obligations à 1 an, soit le double par rapport à la dernière opération similaire il y a un mois. Néanmoins, repassant sous la barre des 5,5%, les taux d'intérêt fixés sur la dette italienne à long terme ont amorcé un repli après les vives tensions observées mardi.
M. Rajoy a par ailleurs affirmé que son pays parviendra à continuer se financer, seul, sur les marchés, et partant ne fera appel à une aide financière internationale. « Il y a des pays en Europe qui n'ont plus réussi à se financer. Ce n'est pas le cas de l'Espagne, ni ne sera le cas de l'Espagne à l'avenir, que ce soit très clair », a-t-il assuré. Après les élections en Andalousie qui n'ont pas permis au parti PP de prendre le pouvoir à la gauche, le gouvernement espagnol a présenté, fin mars, un projet de budget 2012 comprenant des économies évaluées à 27 milliards d'euros et censé ramener le déficit excessif du pays de 8,5% à 5,3% par rapport au PIB afin de respecter l'objectif de 3% en 2013. Après une émission de dette ratée la semaine dernière, il a annoncé, lundi, de nouvelles économies de 10 milliards d'euros dans la santé et d'éducation, deux postes de dépenses principalement à la charge des régions espagnoles.
La Commission européenne a rappelé, mardi, qu'elle poursuivait son analyse du projet de budget espagnol. Cette analyse ne sera pas complète tant qu'elle n'aura pas reçu l'ensemble des données dont elle a besoin, à savoir le projet de budget des Communautés autonomes et des systèmes sociaux. Comme tous les pays de l'Union européenne, l'Espagne a jusqu'à fin avril pour transmettre à la Commission son programme de stabilité et de croissance et son programme de réformes structurelles.
Le gouvernement de M. Rajoy a par ailleurs décidé d'accélérer l'assainissement et la restructuration du secteur bancaire touché par la récession, qui devrait atteindre 1,7% en 2012, et l'éclatement de la bulle immobilière en Espagne. Les institutions financières nationalisées devraient notamment être rapidement adossées à des entités privées plus fortes. Comme leurs homologues européennes, les banques espagnoles ont jusqu'à fin juin pour présenter leurs plans de recapitalisation bancaire, le gouvernement ayant estimé à 50 milliards d'euros les provisions supplémentaires qu'elles devront inscrire à leurs bilans pour couvrir les riques liés aux actifs immobiliers à risque (EUROPE n°10525). Interrogé sur une possible activation du fonds européen de sauvetage (FESF) pour venir en aide au secteur bancaire espagnol, le porte-parole de la Commission a catégoriquement rejeté une telle éventualité. (MB)