Bruxelles, 13/01/2012 (Agence Europe) - La crise économique mondiale a changé la perception que de nombreux pays occidentaux partagent sur la Chine, qui n'est plus considérée comme un élève indiscipliné et perturbateur, mais plutôt comme un payeur financier potentiel. Dans un document de travail du European center for international political economy (ECIPE), publié cette semaine, le chercheur Guy de Jonquières identifie les défis de politique intérieure et extérieure pour la Chine, dans le cadre son nouveau rôle global.
Si son PIB devrait dépasser celui des États-Unis d'ici une à deux décennies, la Chine se verrait au défi de changer un modèle de croissance qui va s'avérer obsolète, devant la pression croissante des coûts de main-d'œuvre, le manque de diversification de son économie, et la nécessité de monter en gamme dans sa chaîne de valeur ajoutée. Mais pour réformer la politique de la Chine, ses dirigeants devront, selon l'auteur, prendre des décisions difficiles, qui mettront au défi les droits acquis dans le système économique et politique actuel du pays.
Les politiques nationales devront faire face à l'essor rapide de l'agitation sociale parmi la population chinoise. Le nombre croissant d'incidents de masse à travers la Chine, le nombre accru de personnes ayant accès à Internet, et le libre-échange d'informations via des micro-blogs Twitter et des réseaux, où 80 millions d'internautes chinois expriment leurs doléances, représentent une menace pour le système existant, souligne l'auteur, ajoutant que si le Parti communiste est toujours respecté parmi la population plus âgée, le degré de corruption alarmant commence à déranger les jeunes générations. Les dirigeants chinois ont encore beaucoup à faire pour formuler une réponse cohérente aux demandes d'un public de plus en plus impatient.
Comme en matière de politique intérieure, les relations extérieures de la Chine sont enracinées dans un impératif fondamental, explique M. de Jonquières: le maintien de son régime au pouvoir. Beijing est prêt à faire tout le nécessaire pour maintenir une croissance rapide en Chine en gardant ses marchés d'exportation ouverts, en sécurisant son accès à l'énergie et aux ressources naturelles dans le monde entier, et en empêchant son économie d'être déviée de son sentier de croissance par un choc externe. La Chine ayant peu d'alliés militaires, son influence internationale s'exerce essentiellement par l'intermédiaire de l'argent et le langage de la force. Toutefois, sa dépendance croissante à l'économie mondiale va devenir trop importante pour tenir la Chine à l'écart au plan diplomatique, estime l'auteur.
S'il n'y aucune preuve de demande à grande échelle dans la population pour la démocratie en Chine, la pression pour le changement est en augmentation, conclut M. de Jonquières, aux yeux duquel la légitimité du gouvernement chinois est mise à l'épreuve dans plusieurs directions. Et le Parti communiste n'a, à ce stade, formulé aucune stratégie de réponse aux défis d'ordre politique, économique et social, et en matière de diplomatie internationale. Pour le reste du monde, la seule option réaliste est de continuer à essayer d'engager la Chine de manière pragmatique, sans céder sur les principes essentiels. (EH)