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Bulletin Quotidien Europe N° 10519
Sommaire Publication complète Par article 39 / 39
SUPPLÉMENT HEBDOMADAIRE / Bibliothèque européenne

N° 939

*** TANGUY DE WILDE D'ESTMAEL: La PESC au lendemain du traité de Lisbonne. Presses universitaires de Louvain (Diffusion universitaire CIACO, 2/14 Grand-Rue, B-1348 Louvain-la-Neuve. Tél.: (32-10) 473378 - fax: 457350 - Courriel: duc@ciaco.com - Internet: http://www.i6doc.com ). Collection "IEE-Documents", n° 39. 2011, 96 p.. ISBN 978-2-87463-293-8.

Professeur de géopolitique et de relations internationales à l'Université catholique de Louvain dont il préside l'École des sciences politiques et sociale, Tanguy de Wilde d'Estmael nous offre, avec cet ouvrage, une introduction tout en nuances, aussi rigoureuse que teintée d'un optimisme relatif, à la Politique étrangère et de sécurité commune. « Est-elle une Arlésienne ? Un projet en devenir ? Une utopie nécessaire, une dérive funeste ou une faillite avérée ? », s'interroge d'emblée l'auteur qui se demande aussi si elle a, en définitive, « une existence palpable ailleurs que dans les pages de traités ». Il va de soi que les réponses apportées sont à tout le moins mesurées.

Ces réponses sont avant tout empreinte de réalisme en ce que Tanguy de Wilde d'Estmael part du constat initial - et trop souvent oublié - que la Pesc n'est après tout « qu'une obligation de coopération permanente », alors que ce terme « continue à désigner à la fois cette coopération et son résultat escompté, préjugeant quelque peu de l'aboutissement du processus ». Au fil des pages, il s'emploie, tout au contraire, à mettre en exergue une réalité autrement plus complexe en apportant des réponses aux questions suivantes: que faut-il entendre précisément sous le vocable de « Politique étrangère et de sécurité commune » au sein de l'Union ? D'où provient la dissonance cognitive entre le signifiant et le signifié de cette expression ? Quelles en sont les origines, les évolutions et les perspectives ? Par quels mécanismes institutionnels s'organisent la décision et la représentation en matière de Pesc ? Telles sont les lignes de force structurant l'ouvrage qui tient compte des apports du projet de traité constitutionnel et du traité de Lisbonne.

De la sorte, l'auteur montre notamment que, en termes de défis relevés, le bilan de la Pesc n'est pas négligeable, mais qu'une « impression plus mitigée » émerge « en raison du décalage entre les résultats et les attentes » des opinions publiques nationales, mais aussi des États tiers et de la communauté internationale. Ainsi, que pèse l'engagement de l'Union dans l'Afrique des Grands Lacs par rapport aux attentes légitimes des populations locales ? L'opération Artémis menée en Ituri a pu apparaître à certains comme un grand pas pour la Politique européenne de sécurité et de défense, mais n'est-elle pas qu'une « action militaro-humanitaire de bien faible ampleur par rapport aux exactions en tous genres ayant ravagé la région depuis 1998 » ? Au passage, le Pr. de Wilde d'Estmael - qui enseigne également au Collège d'Europe à Bruges - fustige aussi « l'inanité de se présenter sur le terrain africain comme un modèle de réconciliation post-conflictuelle dont il faudrait transposer aveuglément les processus démocratiques », observant que l'aide à la reconstruction et au développement devrait au préalable préparer le terrain afin que « ce genre de questions fasse davantage sens au sein de la population ». Et de conclure sur ce point par une admonestation qui ne peut laisser indifférent alors que le Congo, après la Côte d'Ivoire, vit sur un volcan: « Envisagé à moyen terme, l'objectif de démocratisation ne pâtirait pas de formules transitoires de partage de pouvoir mêlant graduellement réconciliation, tradition et élection »…

Dans ses conclusions, l'auteur confirme que ce n'est pas l'inscription de procédures ou de fonctions rationalisées dans un traité qui parviendra à accroître à elle seule l'influence de l'Union dans le monde. Sans doute celle-ci devra-t-elle encore longtemps s'en remettre, pour bâtir une « diplomatie commune », à la capacité d'États membres « à agréger leurs différents intérêts pour identifier les secteurs porteurs d'une action extérieure commune", le cas échéant par le biais de coalitions « à géométrie variable », le domaine paraissant « naturellement propice à des coopérations renforcées ». L'auteur constate aussi que Partis et Londres, en ne plaçant pas les opérations militaires à mener en Libye dans le cadre de l'Union, ont signé le constat de décès de la Politique de sécurité et de défense commune, mais seulement celui de « la PSDC fantasmée » ; en effet, il reste celle « qui permet, le cas échéant, une projection de force de l'UE, moins pour entreprendre des frappes aériennes que pour stabiliser des zones post-conflit ». En outre, se réjouit le Pr. Tanguy De Wilde d'Estmael, l'intervention internationale en Libye laisse apparaître « une empreinte politique européenne » dont l'Union « peut s'enorgueillir » puisqu'elle a bénéficié de l'autorisation du Conseil de sécurité et que, surtout, les États ont veillé à obtenir une « forme de consensus permissif », de la part d'organisations telles que la Ligue arabe ou l'Union africaine, ce qui « fait écho à la préoccupation de l'UE d'instaurer un multilatéralisme efficace ». En clair, la Politique étrangère et de sécurité ne vit pas que sur le papier des traités et l'Union ne déçoit que ceux qui la prennent pour un État.

Michel Theys

*** CORINE BALLEIX: L'aide européenne au développement. La Documentation française (Direction de l'information légale et administrative, 29 quai Voltaire, F-75007 Paris. Tél.: (33-1) 40157010 - Internet: http://www.ladocumentationfrancaise.fr ). Collection « Réflexeeurope ». 2010, 221 p., 14 €. ISBN 978-2-11-008315-9.

La collection « Réflexeeurope » se singularise par la très haute qualité didactique des livres qu'elle accueille. Celui-ci ne déroge nullement à la règle. Enseignante à Sciences Po après des passages au ministère français des Affaires étrangères et européennes ainsi qu'à la Représentation permanente française auprès de l'Union européenne, Corine Balleix y présente de manière parfaitement fiable et rigoureuse tout ce que doit savoir un honnête citoyen qui s'intéresse à l'aide européenne au développement. Dans un premier temps, elle répond à la question de savoir comment celle-ci fonctionne, décrivant et analysant la mise en place progressive de ses différents instruments juridiques, financiers et institutionnels. L'auteur évalue également l'impact du Consensus européen pour le développement qui est la feuille de route plus ambitieuse dont les Vingt-sept se sont doté en 2005, ainsi que l'impact de l'entrée en vigueur du traité de Lisbonne, celui-ci ayant modifié l'architecture institutionnelle de l'aide européenne et le positionnement de cette politique par rapport aux autres volets de l'action extérieure de l'Union. La première partie du livre met également en exergue les contraintes structurelles qui obèrent, limitent ou orientent le fonctionnement et les capacités d'action de la politique européenne de coopération au développement, de la « difficile coordination et complémentarité avec les politiques nationales des États membres » à la « lancinante question du financement » en passant par le « manque de cohérence avec d'autres politiques » menées par l'Union.

La seconde partie de l'ouvrage vise, elle, à apporter des réponses à la question de savoir à quoi sert l'aide européenne au développement. En clair, l'auteur s'emploie à mesurer les effets concrets de celle-ci et d'identifier ce qu'elle a de spécifique par rapport à l'aide apportée par d'autres bailleurs de fonds. À travers l'analyse attentive des actions européennes en matière de sécurité alimentaire en faveur des pays les moins avancés, Corine Balleix s'emploie à apprécier dans quelle mesure l'aide européenne contribue vraiment à l'éradication de la pauvreté dans le monde. Elle cherche aussi à déterminer si la réorganisation de l'aide vers la gestion des défis globaux (changement climatique, crise économique et financière) et régionaux (Afrique, Méditerranée) augure d'un repositionnement plus profond de ses objectif, principes et modalités d'action. Enfin, elle s'intéresse aux potentiels bénéfices diplomatiques et commerciaux que tire l'Union de son aide au développement.

(MT)

*** Europe's World. Europe's World (Bibliothèque Solvay, Parc Léopold, 137 rue Belliard, B-1040 Bruxelles. Tél.: (32-2) 7387592 - fax: 7391592 - Courriel: subscriptions@europesworld.org - Internet: http://www.europesworld.org ). 2011, n° 19, 146 p., 12 €. Abonnement: 30 € (un an) ou 50 € (deux ans).

Très riche, le dernier numéro de la revue paneuropéenne pilotée par Giles Merritt - qui invite, dans son éditorial, à « couper le nœud gordien de la zone euro » - s'intéresse notamment aux événements survenus ces derniers mois dans les pays de la rive sud de la Méditerranée. Hubert Védrine, ancien ministre français des Affaires étrangères, considère ainsi que l'opération militaire menée en Libye pourrait constituer un « tournant géopolitique » même si elle ne légitime pas, à ses yeux, le « droit d'intervention dans les affaires d'autres pays ». Par ailleurs, dans un Dossier consacré aux suites du printemps arabe, l'ancien président du Conseil italien Massimo D'Alema juge qu'il s'agit d'un « défi pour faire ou défaire le rôle global de l'UE », le député européen polonais Jacek Saryusz-Wolski précisant « ce que l'Europe doit faire pour regagner de la crédibilité autour de la Méditerranée » et Eneko Landaburu, actuel représentant de l'Union au Maroc, assurant qu'elle « peut encore saisir les opportunités du printemps arabe ». Trois autres contributions complètent ce Dossier. L'ancien ministre chinois des Affaires étrangères Li Zhaoxing, le député européen Elmar Brok et le ministre polonais des Affaires étrangères sont quelques-unes des autres personnalités à s'exprimer dans ce numéro.

(MT)

*** Le prochaine Bibliothèque européenne sera datée mardi 10 janvier 2012 et portera le n° 940. Bonnes fêtes de fin d'année.

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