Genève, 19/12/2011 (Agence Europe) - Si elle a officialisé l'entrée de trois nouveaux membres, le Monténégro, les Samoa et la Russie, la 8ème conférence ministérielle de l'OMC, du 15 au 17 décembre, a par-dessus tout entériné un constat d'échec, l'impossibilité de conclure dans les délais convenus au plan mondial, fin 2012, les négociations du round de Doha, lancées en 2001 et consacrées au développement.
La 8ème conférence ministérielle de l'OMC s'est achevée samedi à Genève avec un bien modeste bilan. S'ils ont convenu de ne pas recourir au protectionnisme (encore qu'une initiative concrète adoptée en marge de la conférence le 15 décembre n'a réuni que 49 d'entre eux), s'ils ont admis la Russie, le Monténégro et les îles Samoa au sein de l'organisation, et s'ils sont parvenus, pour les 15 d'entre eux qui en étaient déjà signataires depuis 1994, à un accord révisé sur l'ouverture des marchés publics, les 153 pays membres ont officiellement reconnu, la semaine dernière, leur échec à s'entendre pour sortir Doha de l'impasse. En cette fin 2011, dix ans après le lancement des négociations de Doha, les divergences entre pays industrialisés et pays émergents restent trop prononcées pour entrevoir leur issue prochaine, encore moins un succès.
« Les ministres regrettent profondément que, malgré un engagement total et des efforts redoublés depuis [2009] pour conclure l'engagement unique dans le cadre de l'agenda de Doha pour le développement, les négociations soient dans l'impasse », a confirmé à l'issue de la conférence samedi son président, le ministre nigérian du Commerce Olusegun Aganga. « Les ministres reconnaissent qu'il y a des différences notables de point de vue quant aux résultats possibles que les pays membres peuvent obtenir dans certains domaines de l'engagement unique. Dans ce contexte, il est peu probable que tous les éléments du round puissent être conclus simultanément dans un avenir proche », a-t-il poursuivi. Admettant la nécessité « d'étudier de manière plus approfondie différentes approches de négociation, en respectant les principes de la transparence et de l'inclusion », « les ministres s'engagent à faire avancer les négociations là où des progrès peuvent être réalisés, en mettant l'accent sur les éléments de la déclaration de Doha qui permettent aux membres de parvenir à des accords provisoires ou définitifs sur la base du consensus avant la conclusion de l'engagement unique », a ajouté M. Aganga, promettant que les ministres « redoubleront d'efforts pour étudier les moyens (…) d'éliminer les blocages les plus critiques dans les domaines où la convergence multilatérale est la plus difficile ». Et ce, toujours dans « le plein respect de la dimension développement du mandat ».
Outre ces éléments traduisant l'échec retentissant des membres à sceller un accord multilatéral aux vertus salvatrices, selon ses plus ardents défenseurs, pour une planète en quête de croissance et de sortie de crise, la déclaration du ministre nigérian a réaffirmé l'attachement des pays membres à un système commercial multilatéral fondé sur des règles - mais qu'il faudra toutefois « renforcer et mieux adapter à un environnement économique mondial actuel difficile » - ainsi que leur engagement en faveur de l'ouverture des marchés, étant convenu que « le protectionnisme tend à accentuer le ralentissement de l'économie mondiale ». Toutefois, seuls 49 pays ont convenu concrètement, de manière informelle en marge de la conférence, de la nécessité de bloquer les droits de douane à leur niveau actuel pour éviter une spirale protectionniste.
Enfin, s'ils ont réaffirmé la « place centrale » du développement dans les travaux de l'OMC, et la nécessité pour l'OMC d'aider à intégrer davantage les pays en développement, en particulier les PMA, dans le système commercial multilatéral, les pays membres n'ont pas trouvé de consensus sur la nécessité d'examiner de nouveaux sujets à l'OMC, comme le climat, la sécurité alimentaire, les taux de change et la concurrence.
Tout en brandissant le spectre de la dépression aggravée par l'isolationnisme des années 1930, le directeur général de l'OMC Pascal Lamy s'est dit confiant que « le manque de convergence disparaitra avec le temps », et a demandé aux ministres d'explorer de nouvelles méthodes de travail dès 2012. Jeudi, le commissaire européen au Commerce Karel De Gucht s'était dit « prêt à prendre le leadership pour relancer les pourparlers ». « L'UE est prête à discuter de tous les dossiers sans tabous. Nous devons nous assurer que 2012 ne sera pas une année perdue », avait insisté M. De Gucht. Si le représentant américain au Commerce Ron Kirk a appelé les pays membres à trouver « un nouveau chemin » pour conclure Doha, le ministre chinois du Commerce Chen Deming a souligné l'intérêt de Beijing « à ouvrir de nouvelles pistes », en traitant en priorité la question des pays les moins avancés. La veille de la conférence, le 14 décembre, les cinq grandes économies émergentes (BRICS) - Afrique du Sud, Brésil, Chine, Inde et Russie (40% de la population mondiale et 18% du PIB mondial en 2010) avaient affiché leur volonté commune de faire avancer le round de Doha, de lutter contre le protectionnisme et de jouer un rôle plus actif dans le développement du commerce.
Services, traitement préférentiel pour les PMA. Les ministres des 153 pays membres ont adopté, le 17 décembre, une dérogation de 15 ans permettant aux pays développés et en développement d'accorder un traitement préférentiel aux services et aux fournisseurs de services des 31 PMA membres de l'OMC. (EH)