Bruxelles, 17/10/2011 (Agence Europe) - La semaine, qui culminera avec un nouveau Sommet de l'Eurozone dimanche 23 octobre, s'annonce cruciale pour les Européens pressés par leurs partenaires internationaux de présenter un plan global pour affronter la crise de la dette souveraine. Ce plan devra d'abord chiffrer les besoins accrus de la Grèce et répartir 'équitablement' l'effort financier entre les pouvoirs publics et le secteur privé, sur la base du dernier rapport de la 'troïka' (Commission européenne, BCE, FMI) attendu pour cette semaine. Il doit également quantifier le niveau nécessaire de recapitalisation du secteur bancaire à la lumière des dépréciations des obligations souveraines des pays de la zone euro en difficulté. Afin d'éviter la contagion, les Européens détailleront la façon dont ils entendent optimiser la force de frappe du fonds européen de sauvetage, la Facilité EFSF. Et envisager comment renforcer encore la gouvernance économique dans l'Eurozone sur la base de propositions que présentera, dimanche, le président du Conseil européen Herman Van Rompuy. Vendredi, une réunion de préparation à dix-sept aura lieu au niveau des ministres des Finances, suivie le lendemain matin par un Conseil Écofin extraordinaire.
Réunis à Paris ce week-end, les ministres des Finances et banquiers centraux du G20 ont pressé les Européens de trouver une solution complète et durable à la crise de la dette. « Le risque de récession augmenterait de façon dramatique si les Européens échouaient à atteindre les objectifs qu'ils se sont fixés à eux-mêmes d'ici le 23 octobre », a mis en garde le ministre canadien Jim Flaherty. Pour le Chancelier britannique de l'Échiquier, les ministres de la zone euro ont quitté la capitale française persuadés qu'« une pression considérable » pèse sur leurs épaules pour trouver une solution à « la crise de l'Eurozone qui demeure l'épicentre des problèmes globaux du moment ».
Dans leur communiqué conjoint, les grands argentiers mondiaux saluent les progrès effectués depuis leur réunion de Washington fin septembre, avec l'adoption définitive de la réforme du Pacte de stabilité et de croissance (EUROPE n°10462). Et la fin, laborieuse mais positive, du processus des dix-sept ratifications nationales qui entérine définitivement le renforcement de la puissance de feu et des compétences de la Facilité intergouvernementale EFSF (EUROPE n°10474). Mais le 'G20 Finances' souligne que les travaux sont loin d'être achevés. « Nous attendons de nouveaux travaux pour maximiser l'impact du FESF afin d'éviter la contagion et nous attendons les résultats du Conseil européen du 23 octobre, qui présentera un plan global afin d'apporter une riposte énergique aux défis actuels ».
Grèce. Fin juillet lors du sommet de l'Eurozone, les dirigeants européens avaient marqué un accord sur une participation 'volontaire' du secteur privé au 2ème sauvetage (EUROPE n°10424). Les banques, les assurances et les fonds d'investissement ont été invités à contribué à hauteur d'un montant net de 37 milliards d'euros sur la période 2011-2014, en acceptant une décote de 21% sur les titres qu'ils détiennent. Or, les turbulences financières de l'été ont aggravé la situation avec une dégradation supplémentaire de la valeur faciale des titres grecs. Pour que le montant fixé fin juillet de la participation du secteur privé demeure identique, le pourcentage de décote devra donc mécaniquement augmenter. Mais faudra-t-il aller encore plus loin compte tenu des besoins financiers supplémentaires de la Grèce qui, en raison d'une récession plus grave que prévue, échoue continuellement à atteindre les objectifs budgétaires imposés ?
Le ministre français de l'Économie François Baroin a confirmé que le pourcentage de décote sur les titres grecs sera supérieur. « On est parti à 21% le 21 juillet, ce sera plus, c'est à peu près certain », a-t-il dit vendredi dernier sur la radio française EUROPE 1. Les hypothèses de travail fixeraient la décote à un niveau situé dans une fourchette allant de 30% à 50%. En marge du 'G20 Finances' dont il était l'hôte, M. Baroin s'est entretenu sur cette question avec ses homologues allemand, Wolfgang Schäuble, et italien Giulio Tremonti. Il a réitéré la position française, soutenue par la Banque centrale européenne, hostile à tout 'événement de crédit' à propos du cas grec. Sanctionné par les agences de rating, un défaut d'Athènes risque de provoquer une réaction en chaîne qui déstabiliserait le secteur bancaire grec, voire européen, et déclencherait le paiement des primes d'assurances souscrites pour se prémunir contre une telle faillite. « La France ne soutient pas une restructuration et ne veut pas d'un événement de crédit. Si on impose une décote intenable, qui investira en Grèce ? Et qui, derrière, va investir dans la zone euro ? », a-t-il souligné.
Il ne faudrait donc pas s'attendre à de grands bouleversements concernant les modalités du 2ème plan grec. « Nous ne sommes pas en train de rouvrir l'accord, nous sommes plutôt en train de le revisiter », a minimisé le commissaire aux Affaires économiques et monétaires Olli Rehn.
EFSF. Après avoir placé les Européens face à leurs responsabilités, le secrétaire au Trésor américain Tim Geithner a reconnu cette fois avoir entendu à Paris « des choses encourageantes » de la part des Européens, notamment relatives à la mise au point d'« un pare-feu financier beaucoup plus substantiel ». Les négociations se poursuivent concernant une optimisation de la puissance de feu du fonds européen de sauvetage, sans toutefois modifier les garanties qu'apportent les pays membres à hauteur de 440 milliards d'euros. Tiendrait la corde l'option visant à démultiplier l'action de l'EFSF en faisant en sorte qu'il octroie des garanties aux détenteurs de dette de pays fragilisés. En revanche, l'idée soutenue par la France d'accorder au fonds une licence bancaire afin que celui-ci ait accès aux liquidités illimitées de la BCE semble écartée. Le président de la Banque de Francfort Jean-Claude Trichet a réitéré ce week-end qu'il revient d'abord aux États de prendre leur responsabilité pour résoudre la crise de la dette souveraine.
Recapitalisation. Crise de la dette et solidité du secteur bancaire apparaissent comme les deux faces d'une même médaille. La dégradation des obligations souveraines affectent la solvabilité des établissements de crédit. Il reviendra au Sommet du 23 octobre de fixer un chiffre à la recapitalisation du secteur bancaire.
L'Autorité européenne de supervision bancaire (EBA) est en train de finaliser la collecte des données actualisées sur le capital des 90 banques ayant fait l'objet des 'stress tests'. Ces données incluent notamment la dépréciation observée des obligations d'État depuis la publication, mi-juillet, des résultats des tests (EUROPE n°10420). Bien qu'ils aient retenu des critères plus stricts que l'exercice précédent, ceux-ci n'ont pas rassuré les marchés qui leur reprochent de ne pas intégrer l'hypothèse d'un défaut souverain.
En cours depuis la crise financière de 2008, la recapitalisation bancaire sera renforcée et accélérée. La Commission européenne est d'avis que les banques d'importance systémique devront détenir un noyau de fonds propres (capital social + bénéfices mis en réserve) équivalent à 9% des actifs totaux. M. Baroin a jugé cet objectif « acceptable ». Il a aussi souligné que le processus de recapitalisation concernait en premier les huit banques ayant échoué à l'exercice 2011 des 'stress tests' et les seize qui l'ont réussi de peu.
Ces établissements avaient jusqu'à mi-octobre pour communiquer à l'EBA leur plan de recapitalisation. Les levées des fonds sur les marchés financiers sont à privilégier. Si nécessaire, les banques pourront faire appel aux dispositifs nationaux déjà en place (octroi de garantie, prise de participation, soutien public à travers un fonds national de restructuration). La mobilisation de la Facilité EFSF, qui peut désormais intervenir sous condition pour aider un pays à garantir la stabilité de son système bancaire, ne sera envisagée qu'en tant que solution de dernier recours. Soucieuse de conserver sa notation AAA, la France aurait préféré un recours facilité au fonds de sauvetage. Première contributrice à l'EFSF, l'Allemagne est très réticente à financer les déboires du secteur bancaire des autres États membres.
Gouvernance. Le sommet de l'Eurozone jettera les bases d'une réflexion sur une intégration accrue de la gestion de la monnaie unique. La Commission a d'ores et déjà annoncé des propositions législatives basées sur l'article 136 du traité qui l'autoriseraient notamment à intervenir dans le processus législatif national en demandant aux autorités d'un pays de revoir leur projet budgétaire (EUROPE n°10472). (MB)