Bruxelles, 07/10/2011 (Agence Europe) - Accélérées par les déboires de la banque belgo-française Dexia, les discussions sur la recapitalisation des banques européennes posent la question de l'implication immédiate du fonds de sauvetage, la Facilité EFSF. Soutenue par la Banque centrale européenne, la France y est favorable. Pas les autres pays de la zone euro notés AAA, l'Allemagne en tête. À dix jours du Conseil européen (17-18 octobre) consacré au renforcement de la gouvernance économique, la visite préparatoire qu'effectue, dimanche à Berlin, le président français Nicolas Sarkozy à l'invitation de la chancelière allemande Angela Merkel s'annonce cruciale.
Qu'il paraît loin le temps où, au sortir de l'été, la Commission européenne rejetait avec aplomb les affirmations de la directrice générale du FMI Christine Lagarde, par ailleurs ex-ministre française de l'Économie, selon laquelle les banques européennes nécessitent une recapitalisation « urgente » ! Les déboires de Dexia, première victime bancaire de la crise de la dette souveraine, ont convaincu les Européens qu'une action de stabilisation des établissements de crédit est nécessaire. Une action que la Commission souhaite la plus coordonnée possible, en tout cas respectueuse des règles sur les aides d'État, même si toute décision demeure du ressort national. « S'il est nécessaire de recapitaliser davantage au-delà du besoin déjà identifié par les 'stress tests', nous devrons faire cela de manière coordonnée. Cela n'a pas de sens d'agir de manière unilatérale dans son propre coin », a estimé vendredi 7 octobre le porte-parole de la Commission européenne. L'hypothèse d'une initiative de grande envergure a créé une forte attente chez les marchés financiers.
La semaine prochaine, la Commission mettra sur la table une série d'options (modalités, amplitude…) sur la façon dont le processus de recapitalisation pourrait se dérouler. Elle rappelle toutefois que les banques européennes doivent en premier lieu lever des capitaux sur les marchés financiers. Si c'est insuffisant, elles peuvent faire appel aux dispositifs nationaux de soutien ('financial backstops'), voire impliquer l'EFSF renforcée une fois que les dix-sept pays de l'Eurozone auront ratifié l'élargissement de ses nouvelles compétences. Le processus de ratification nationale devrait s'achever avant le Conseil européen. La Slovaquie se prononcera mardi prochain.
Les compétences du fonds de sauvetage ont été renforcées de manière à ce qu'il puisse intervenir, sous conditions, pour renforcer le secteur bancaire d'un pays, mais il s'agit d'« une solution ultime », a précisé vendredi le commissaire chargé des Affaires économiques Olli Rehn, confiant que les pays notés AAA et la plupart des pays de la zone euro seront en mesure de recapitaliser seuls leur secteur bancaire « via les marchés ou avec les propres fonds », rapporte Reuters. Selon le Premier ministre finlandais Jyrki Katainen, le recours à l'EFSF ne constitue pas non plus « une première solution ». La chancelière allemande Angela Merkel est d'avis que les États membres disposant des ressources pour renforcer les fonds propres de leurs banques doivent d'abord agir au niveau national.
La France ne l'entend pas de cette oreille. Les principales banques françaises, telles que BNP Paribas ou la Société Générale, ont vu leur capitalisation boursière divisée par deux cet été en raison de leur exposition aux dettes souveraines de pays en difficulté. Avec la faillite de Dexia, Paris craint qu'une intervention uniquement nationale pèse sur la dette publique et, au final, compromette sa notation AAA. Une dégradation de la notation française serait du plus mauvais effet pour le gouvernement en place à quelques mois des élections présidentielles.
La France privilégie donc un recours à l'EFSF afin d'éviter une stigmatisation des pays concernés. « Le fonds européen sera là pour aider les pays à recapitaliser les institutions bancaires qui le souhaitent », a déclaré le ministre français de l'Économie François Baroin. Jeudi, à l'issue de la dernière réunion du conseil des gouverneurs de la BCE qu'il a présidée, Jean-Claude Trichet a encouragé les banques à assainir leurs états financiers, si besoin en faisant appel à la Facilité EFSF. Quant aux montants nécessaires, la France refuse « un discount général sur les dettes publiques » à travers lequel la Grèce, l'Espagne ou l'Italie feraient défaut, indique le quotidien Le Monde.
Le FMI estime que les Européens doivent mobiliser une enveloppe oscillant entre 100 et 200 milliards d'euros.
À noter que le président français Nicolas Sarkozy recevra samedi 8 octobre la directrice générale du FMI, Christine Lagarde, pour évoquer avec elle « la préparation du sommet de Cannes du G20 et la situation de la zone euro ». (MB)