Bruxelles, 12/09/2011 (Agence Europe) - La chancelière allemande Angela Merkel a demandé de la patience à ceux qui prônent une solution radicale à la crise de la dette souveraine, à savoir laisser la Grèce faire défaut sur une partie de sa dette publique, voire à la pousser hors de la zone euro. « Ce qui a été ignoré (en Grèce) pendant des années ne peut pas être réparé en une nuit. (…) Cela veut dire que nous devons être patients », a-t-elle déclaré lundi 12 septembre dans les colonnes du Tagesspiegel. Selon elle, couper la perfusion financière dont Athènes bénéficie agirait contre les propres intérêts de l'Allemagne. La chancelière réagissait aux déclarations à Die Welt du ministre allemand de l'Économie, le libéral Philipp Rösler, selon lequel une faillite ordonnée de la Grèce ne devait plus être une question taboue. Le Spiegel a également fait état ce week-end de discussions au ministère allemand des Finances sur la manière de protéger les banques du pays d'une restructuration de la dette grecque. Lundi, les bourses continuaient leur chute, plombées par la dégringolade des valeurs bancaires les plus exposées à la crise de la dette.
La Commission européenne a formellement nié envisager désormais un défaut grec. « Nous ne travaillons pas sur une telle hypothèse », a assuré le porte-parole du commissaire aux Affaires économiques et monétaires Olli Rehn. Évoquant le rapport 2011 sur les finances publiques que l'institution européenne a publié le jour même, il a reconnu qu'il était « inquiétant » de constater que les niveaux d'endettement des pays de la zone euro allaient continuer à augmenter d'ici 2014, en espérant une consolidation des finances publiques au-delà. « Il est essentiel de respecter les engagements » inscrits dans les programmes économiques et budgétaires dans le cadre du 'Semestre européen'.
Et ce d'autant plus que la croissance s'essouffle comme l'a constaté le 'G7 Finances'. Réuni ce week-end à Marseille, celui-ci a souligné « le besoin d'un effort concerté » au niveau international pour mettre en œuvre des plans « ambitieux » de consolidation budgétaire et soutenir l'économie. En référence à leurs engagements financiers (remboursement de la dette, prêts aux pays surendettés), les pays de la zone euro ont réaffirmé « leur détermination inflexible pour honorer pleinement leurs signatures souveraines individuelles ».
Le président du Conseil européen Herman Van Rompuy a pressé les Dix-sept d'entériner les décisions prises lors du Sommet extraordinaire de la zone euro fin juillet, et qui portent notamment sur les modalités d'un 2ème paquet d'aide à la Grèce et sur la flexibilisation du fonds de sauvetage européen, la Facilité EFSF (EUROPE n°10424). En cette « période difficile », « la priorité absolue » pour l'Eurozone consiste à mettre en œuvre ce qui a été approuvé fin juillet et pour la Grèce à appliquer son programme d'austérité, a-t-il souligné à l'issue d'une rencontre avec le Premier ministre polonais Donald Tusk. Il a qualifié de « positives » les dernières mesures que les autorités grecques ont annoncées au cours du week-end afin de respecter « de façon crédible » les engagements budgétaires pour 2011. Et de voir d'un bon œil la reprise, « aujourd'hui » même, des discussions entre le gouvernement grec et la 'troïka' (Commission européenne, BCE, FMI).
M. Van Rompuy a également évoqué les propositions visant à renforcer la gouvernance économique qu'il présentera mi-octobre après avoir consulté toutes les parties prenantes, les institutions européennes mais aussi tous les États membres. Ces propositions viseront à améliorer l'efficacité des actions entreprises au niveau de la zone euro, à insuffler plus de cohérence dans la communication, à renforcer l'intégration budgétaire. Les discussions se poursuivront jusqu'à un prochain sommet en décembre. Le ministre allemand des Finances Wolfgang Schäuble a indiqué en marge du 'G7 Finances' qu'il ferait, avec son homologue français François Baroin, des propositions sur le renforcement de la gouvernance économique lors du Conseil informel Écofin, ces vendredi 16 et samedi 17 septembre à Wroc³aw (Pologne). Il a aussi souhaité la nomination de Jörg Asmussen, actuellement son numéro 2, après la démission surprise vendredi de Jürgen Stark de la BCE opposé au rachat d'obligations souveraines par la Banque de Francfort (EUROPE n°10449).
M. Tusk a estimé que le Parlement européen devrait être en mesure de voter « fin septembre » afin d'entériner la réforme du Pacte de stabilité et de croissance (EUROPE n°10447). Il a en revanche mis en garde contre une modification du traité européen dans ce domaine. « Je serais extrêmement prudent quant à la possibilité d'engager les leaders européens dans cette voie aujourd'hui », a-t-il indiqué, craignant qu'une réouverture du traité ne conduise à « moins de cohérence » dans les positions de chaque pays. Lundi, des pays d'Europe centrale et orientale ont estimé que les discussions à venir sur le renforcement de la gouvernance économique dans l'Eurozone étaient de nature à modifier les conditions inscrites dans leurs traités d'adhésion à l'UE qui les obligent à adopter la monnaie unique (voir autre nouvelle). À Marseille, le chancelier britannique de l'Échiquier George Osborne a dit avoir discuté avec ses homologues européens d'une possible modification du traité européen d'ici deux ans. Une éventualité que Mme Merkel n'écarte plus (EUROPE n°10447).
Grèce. Dimanche à Thessalonique, le ministre grec des Finances Evángelos Venizélos a estimé que la « priorité immédiate » du pays était de respecter tous les engagements budgétaires pris, à savoir une réduction du déficit public (hors service de la dette publique) à 17,1 milliards d'euros en 2011 et à 14,9 milliards en 2012. Il a annoncé plusieurs mesures exceptionnelles afin que la Grèce, confrontée à une grave récession économique (5,3% du PIB pour 2011), respecte ses engagements budgétaires. Sera prélevée une taxe immobilière graduelle qui variera en fonction de la superficie du bien immobilier et de sa localisation. Tous les élus grecs, du Premier ministre au maire de commune, devront renoncer à un mois de salaire. Les armateurs grecs devront entamer des discussions avec les autorités afin qu'ils se serrent eux aussi la ceinture. L'objectif est de combler un trou budgétaire de « 2 milliards d'euros » soit 1% du PIB, a expliqué M. Venizélos. Pour démontrer la volonté du gouvernement à agir de manière énergique, il a promis une adoption accélérée, d'ici fin octobre, du budget 2012. Fin octobre constitue également la date limite indicative pour la finalisation des discussions sur la participation du secteur privé au 2ème sauvetage grec (37 milliards d'euros sur trois ans) et des procédures nationales visant à entériner les décisions du sommet de la zone euro.
M. Venizélos a par ailleurs sévèrement critiqué les allégations de 'plan B' envisageant une possible sortie de la Grèce de la zone euro. « Le gouvernement allemand a démenti de telles rumeurs. Moi-même, au nom du gouvernement grec, j'ai dû faire une déclaration ferme et claire sur ces jeux malheureusement de mauvais goût répétés inlassablement. Il s'agit d'une spéculation organisée qui ne vise pas seulement la Grèce, mais le cœur de la zone euro, l'Eurozone dans son ensemble », a-t-il déclaré.
M. Rehn a accueilli favorablement ces mesures. « L'engagement réitéré par le gouvernement grec de respecter totalement les objectifs budgétaires fixés pour cette année et l'année prochaine et de prendre les mesures de consolidation nécessaires pour atteindre ces objectifs est le bienvenu. Les décisions (de dimanche), qui incluent une taxe immobilière, faciliteront le respect des objectifs fiscaux », déclare-t-il dans un communiqué. Il rappelle que le respect des objectifs, ainsi que la mise en œuvre des réformes structurelles sont indispensables pour assainir les finances publiques grecques et obtenir l'aide financière conditionnelle des bailleurs de fonds internationaux. Selon le commissaire, la mission de la 'troïka', qui est de nouveau sur place à Athènes, devrait être en mesure d'achever ses travaux « d'ici fin septembre ». Et de s'attendre à ce que la réunion informelle du Conseil Écofin finalise les discussions sur les modalités du 2ème sauvetage, et notamment sur les garanties réclamées par la Finlande en échange de sa contribution financière. (M.B.)