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Bulletin Quotidien Europe N° 10450
Sommaire Publication complète Par article 32 / 34
SUPPLEMENT HEBDOMADAIRE / Bibliothèque européenne

N° 926

*** JUSTINE LACROIX, KALYPSO NICOLAÏDIS (sous la dir. de): European Stories. Intellectual Debates on Europe in National Contexts. Oxford University Press (Great Clarendon Street, Oxford OX2 6DP, UK. Tél.: (44-1865) 353250 - fax: 353741 - Courriel: reviewrequests.uk@oup.com - Internet: http://www.oup.com ). 2011, 409 p., 60 £. ISBN 978-2-246-73381-2.

En quatrième de couverture, cinq personnalités académiques parmi les plus prestigieuses au monde - Timothy Garton Ash, Jürgen Habermas, Andrew Moravscik, Pierre Rosanvallon et Philippe Van Parijs - ne tarissent pas d'éloges à propos de cet ouvrage. En l'occurrence, ils ne trompent pas le chaland. Fruit d'un projet de recherche transnational intitulé « Reconstitution de la démocratie en Europe » et soutenu par le 6ème Programme-cadre de recherche de l'Union européenne, ce livre réunit pas moins de vingt-quatre professeurs et chercheurs originaires des quatre coins de l'Europe et spécialisés dans des domaines aussi divers que la théorie politique, le droit public, la philosophie, l'histoire contemporaine, la sociologie politique et même la littérature. L'objet de leur quête collective ? Rendre compte de la manière dont les « intellectuels publics », ceux qui influencent l'opinion publique par la parole ou l'écrit, y compris hors de leur(s) domaine(s) de compétence, ont appréhendé l'Union européenne et le processus d'intégration européenne depuis le début des années 90.

Dans leur introduction, les coordinateurs de l'ouvrage - Justine Lacroix, professeur de sciences politiques à l'Université libre de Bruxelles, et sa consœur Kalypso Nicolaïdis, qui enseigne les relations internationales à l'Université d'Oxford - commencent par brièvement passer en revue les débats relatifs à l'Europe au fil des siècles (ils indiquent notamment que l'idée du fédéralisme, inspirée par « les principes bibliques d'alliance », a d'abord été développée par un certain Johannes Althusius entre le XVIème et le XVIIème siècle afin de l'appliquer aux États alors émergents) et à expliquer la quasi absence de débats intellectuels sur l'intégration européenne pendant la guerre froide. Depuis le traité de Maastricht et, partant, la fin de celle-ci, les intellectuels ont redécouvert l'Europe comme sujet d'analyse, deux débats principaux s'étant développés: le premier, récurrent, oppose les supranationalistes qui plaident en faveur d'une unité du continent à ceux qui « défendent les nations européennes comme seules unités politiques légitimes » ; l'autre complexifie le premier en cherchant une « troisième voie » transnationale qui réconcilierait les uns et les autres. Ces trois écoles de pensée se retrouvent dans chacun des pays couverts par la recherche, chacune de ces écoles étant toutefois influencée par le répertoire culturel propre à chacun de ces pays. L'ouvrage confirme l'intuition des auteurs que les débats intellectuels relatifs à l'Europe sont propres à chaque pays, du fait des contextes spécifiques laissés par l'histoire, l'organisation politique et sociale, etc. À cet égard, l'idéal aurait été que la recherche porte sur l'ensemble des pays européens, ce qui n'est pas le cas, au grand regret des auteurs.

L'ouvrage est découpé en six parties. Dans la première, le statut de l'intellectuel européen face au processus d'intégration européenne est étudié, Francis Chenaval (théorie politique à l'Université libre de Bruxelles) montrant que « la tension productive entre particularité et universalité semble rester la marque distinctive de l'intellectualisme (européen) ». Pour sa part, Ulrike Liebert (science politique à l'Université de Brême) analyse la dialectique des discours intellectuels nationaux sur l'Europe à la lumière de la « question controversée de la légitimité démocratique de l'Europe », tandis que Michael Freeden (science politique à Oxford) revient sur la sempiternelle question de savoir ce qu'est un intellectuel, ce qui l'amène à fortement relativiser au passage le prétendu déficit démocratique dont souffrirait l'Union. La deuxième partie est consacrée à trois pays fondateurs, à savoir l'Allemagne (Jan-Werner Müller observe notamment que les responsables politiques allemands, « tout en utilisant une rhétorique pro-européenne idéaliste, ont souvent mis en avant des intérêts allemands au nom de l'Europe », ce qui ne manque pas de sel par les temps qui courent), la France et l'Italie. La partie suivante est consacrée à des pays adhérents, à savoir la Grande-Bretagne (Georgios Varouxakis montre que l'image qui y apparaît, pour ce qui est des intellectuels, « est plus complexe que la simple distinction binaire entre pro et anti »), l'Irlande, la Grèce et l'Espagne, l'appartenance à l'Union étant perçue, dans ce dernier pays, comme la manière de « perfectionner la démocratie nationale ». Viennent ensuite des pays « revenants » après la chute du rideau de fer, à savoir la Pologne, la Roumanie et la République tchèque, celle-ci étant écartelée entre les pulsions « nationalistes, isolationnistes et ethniques » d'un Vaclav Klaus et la vision humaniste d'un Vaclav Havel. Enfin, le tour d'horizon se termine avec deux pays qui n'appartiennent pas (encore ?) à l'Union, à savoir la Norvège et la Turquie. Autant d'aperçus qui confirment qu'il y a autant de visions de l'Europe et de son intégration qu'il y a de pays, l'unité dans la diversité trouvant là sa pleine justification.

Michel Theys

*** RICHARD CORBETT, FRANCIS JACOBS, MICHAEL SHACKLETON: The European Parliament. 8th edition. John Harper Publishing (27 Palace Gates Road, London N22 7BW, United Kingdom. Tél.: (44-1767) 604951 - Courriel: custserv@turpin-distribution.com - Internet: http://www.johnharperpublishing.co.uk ). 2011, 437 p., 25 £, 30 €. ISBN 978-0-9564508-5-2.

Edité pour la première fois en 1990, cet ouvrage en est aujourd'hui à sa huitième édition. C'est assez dire s'il constitue une référence, ce que ne manquent pas de reconnaître les présidents Buzek et Van Rompuy dans leurs avant-propos. En plus de 400 pages denses et bien structurées, les auteurs décrivent dans les détails une institution qu'ils connaissent de l'intérieur: le travailliste Richard Corbett a été longtemps parlementaire européen avant d'occuper désormais la place de conseiller du président du Conseil européen pour les questions constitutionnelles ; après avoir dirigé l'unité responsable pour la commission de l'environnement, de la santé publique et de la protection des consommateurs du Parlement, Francis Jacobs pilote aujourd'hui son Bureau d'information à Dublin ; Michael Shackleton occupe cette même fonction à Londres après avoir été l'un des pères de la chaîne télé du Parlement européen sur Internet. Ce sont donc de très grands spécialistes occupant le terrain depuis longtemps qui racontent l'histoire du Parlement depuis les premières élections européennes, en juin 1979. Le renforcement constant des pouvoirs du Parlement européen, son rôle dans les changements institutionnels intervenus depuis le Traité Spinelli de 1984 jusqu'à la participation très active de députés européens à la Convention, le déroulement des élections successives sont examinés de manière fouillée, tout comme le sont l'évolution des groupes politiques, la structure interne du Parlement et son fonctionnement - notamment la bagarre récurrente sur le lieu des sessions plénières entre Strasbourg et Bruxelles. Sans conteste un ouvrage de référence !

(PBo)

*** Fresh thinking. Fondation européenne d'études progressistes (40 rue Montoyer, B-1000 Bruxelles. Courriel: info@feps-europe.eu) et NetworkMedia (30 Stresemannstrasse, D-10963 Berlin. Tél.: (49-30) 25594179 - fax: 25594199 - Courriel: info@nwmd.de - Internet: http://www.nwmd.de ). 2011, n° 1, 40 p..

Ce premier numéro d'un trimestriel édité par une fondation au service des partis et idées progressistes ne sort pas par hasard. Dans la lettre qui l'accompagne, l'ancien président du Conseil italien Massimo D'Alema constate que « jamais, dans l'histoire contemporaine, l'Europe n'a été autant mise sous pression », que ce soit du fait de la mondialisation qui « mine la crédibilité du modèle ayant été le cadre pour maintenir l'État-providence » dans nos contrées ou des « crises démocratiques récentes » qui ébranlent des fondations politiques de l'Union semblant devenues inadéquates. Aux yeux des responsables de la Fondation européenne d'études progressistes, ce trimestriel devrait servir à renouer le lien avec les citoyens d'Europe qui ont le cœur à gauche et à les amener à s'impliquer dans le débat politique à l'échelle de l'Union. Tous les citoyens européens qui ont le cœur à gauche maîtrisent-ils l'anglais ? Pas sûr. En attendant, ce premier numéro offre une intéressante série d'articles tournant autour du thème - de plus en plus problématique - de la pauvreté.

(MT)

*** NIKOS SKOUTARIS: The Cyprus Issue. The Four Freedoms in a Member State under Siege. Hart Publishing (16C Worcester Place, Oxford, OX1 2JW, UK. Tél.: (44-1865) 517530 - fax: 510710 - Courriel: mail@hartpub.co.uk - Internet: http://www.hartpub.co.uk ). Collection « Modern Studies in European Law », n° 25. 2011, 224 p., 55 £. ISBN 978-1-84946-095-8.

Prolongement d'une thèse de doctorat, cet ouvrage politico-juridique de très haute tenue porte sur la manière dont l'ordre juridique communautaire traite la division de facto de l'île de Chypre. Quelles solutions juridiques ont-elles été trouvées pour dépasser l'actuelle partition et quel impact ont-elles eu pour le concept de citoyenneté européenne et sur le respect des droits de l'homme, ainsi que sur les principes fondamentaux du droit communautaire et, en particulier, sur le fonctionnement du Marché intérieur. Dans quelle mesure l'acquis communautaire peut-il être affecté par un futur règlement de la question chypriote et jusqu'à quel point peut-il s'en accommoder ? Quel rôle de médiateur l'Union peut-elle jouer dans cette affaire, sachant qu'elle doit à la fois tenir compte de trois États membres - Chypre, Grèce et Royaume-Uni - et d'un pays candidat, la Turquie ? Telles sont les questions qui constituent le fil conducteur de ce travail engagé mais rigoureusement scientifique sur un sujet éminemment sensible. Dans un premier temps, l'auteur situe les enjeux juridiques et politiques, en offrant une analyse réaliste et équilibrée. Dans un deuxième chapitre, il plante le décor juridique et historique de la situation après l'échec du plan Annan, comparant notamment le cas chypriote à d'autres exceptions territoriales à l'application de l'acquis communautaire, qu'il s'agisse des Départements d'outre-mer français, des îles Åland, des îles anglo-normandes ou du Groenland. Désormais professeur associé au département de droit européen et international de l'Université de Maastricht, Nikos Skoutaris s'intéresse ensuite aux conséquences de la division de l'île pour les citoyens en termes de citoyenneté européenne, de droits fondamentaux et de libre-circulation des personnes. Constatant que l'approche bizonale est privilégiée pour parvenir à un règlement entre Chypriotes grecs et turcs, il observe que l'Union devrait être préparée à accorder des dérogations de longue durée en ces matières. Il s'attaque ensuite à la libre-circulation des personnes où, plus encore que pour les personnes, le défi à relever a consisté à éviter l'isolement économique de la partie turque de Chypre tout en évitant tout ce qui pourrait ressembler à une reconnaissance de la République turque de Chypre du Nord reconnue par la seule Turquie. Enfin, dans la dernière partie, l'auteur s'emploie à discerner le rôle que pourrait jouer l'Union pour parvenir à un règlement. Selon le Pr. Marise Cremona qui a soutenu l'auteur tout au long de l'écriture de sa thèse, l'un des principaux enseignements de ce travail est que Chypre montre l'importance de régler des problèmes internes à un pays avant qu'il n'adhère à l'Union, ainsi que les limites de la conditionnalité appliquée par celle-ci.

(PBo)

*** FRANK TÉTART: Nationalismes régionaux. Un défi pour l'Europe. De Boeck (39 rue des Minimes, B-1000 Bruxelles. Tél.: (32-2) 5480713 - fax: 5480714 - Courriel: commande@deboeckservices.com - Internet: http://www.deboeck.be ). Collection « Le point sur… Politique ». 2009, 112 p., 12 €. ISBN 978-2-8041-1781-8.

Maître de conférences à Sciences Po et chargé de cours à l'Institut européen de Genève ainsi qu'à l'Université Paris 1, Frank Tétart analyse, dans cet ouvrage, le phénomène des nationalismes régionaux sous l'angle géopolitique et en se focalisant sur l'Europe. De manière très pédagogique, il vise à clarifier et mettre en évidence la dynamique nationale dans ses processus historiques, politiques et culturels. La première partie du livre le voit s'employer à définir le concept de nationalisme et les diverses conceptions de la nation qui ont cours afin de saisir les ressorts du nationalisme et cerner ce qui fonde l'identité nationale. Il s'intéresse tout particulièrement, à cet effet, aux deux facteurs mobilisateurs que constituent le territoire et la langue puisque « le territoire est au cœur des rivalités politiques » et que la langue, par sa territorialisation, « peut souvent servir à les justifier ». La deuxième partie de l'ouvrage est consacrée au nationalisme d'aujourd'hui, qu'il s'agisse des nationalismes récents (ex-Yougoslavie), des nationalismes régionaux (Flandre, Écosse, Catalogne, Pays basque), du cas particulier de l'Italie du Nord ou s'observe « un nationalisme sans nation où les référents nationaux sont inventés de toute pièce », enfin les cas ossète et abkhaze.

(MT)

*** PIERRE BLAISE, ALAIN DESMARETS, THÉRÈSE JEUNEJEAN: Comprendre la Belgique fédérale. De Boeck (voir coordonnées supra). Collection « Les carnets citoyens ». 2011, 74 p., 13,50 €. ISBN 978-2-8041-6434-8.

Ce « Carnet citoyen » raconte l'histoire du pays prétendument improbable que serait la Belgique et explore ses multiples institutions. Ses auteurs montrent notamment les différentes étapes qui ont conduit à l'émergence d'un État fédéral et les spécificités de celui-ci. Les découpages administratifs du pays, la manière dont fonctionnent la démocratie et le processus décisionnel, les aspects budgétaires et judiciaires sont présentés de manière à la fois très claire et fiable. Par son contenu autant que par sa mise en page et ses illustrations, cette publication s'adresse en particulier aux jeunes, mais elle peut être utile aussi à tous ceux qui, venant s'installer dans la capitale de l'Europe, désirent découvrir leur pays d'accueil. (MT)

*** Causeur. Causeur.fr (9 rue Léopold-Robert, F-75014 Paris. Courriel: info@causeur.fr - Internet: http://www.causeur.fr ). Juin 2011, n° 36, 48 p., 5,50 €. Abonnement: 55 €.

Cette publication mensuelle très présente au jour le jour sur Internet aborde notamment les thèmes des indignés, des plombiers polonais demandés en Allemagne « qui recherche immigrés, blonds de préférence » et de différentes facettes du racisme contemporain. On ne pouvait y échapper, un dossier substantiel est aussi consacré à l'affaire DSK. (MT)

 

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