*** Une dynamique européenne. Le Comité d'action pour les États-Unis d'Europe. Economica (49 rue Héricart, F-75015 Paris) et Fondation Jean Monnet pour l'Europe (Ferme de Dorigny, CH-1015 Lausanne. Tél.: (32-2) 5480720 - fax: 5480722 - Courriel: info@strada.be - Internet: http://www.larcier.com ). Collection « Cahiers rouges ». 2011, 394 p., 29 €. ISBN 978-2-7178-6037-5.
Ce 212ème Cahier rouge publie les actes d'un colloque que la Fondation Jean Monnet pour l'Europe a organisé à Lausanne en septembre 2009 en collaboration avec l'Université de Cergy-Pontoise et l'association Jean Monnet qui gère la demeure ayant été occupée par ce dernier dans la grande banlieue parisienne. L'intérêt de l'ouvrage est qu'il mêle les voix de spécialistes du monde académique à celles d'anciens acteurs et témoins de premier plan, l'étude du passé permettant ainsi d'éclairer les défis du présent et de l'avenir. Tout comme le colloque, le livre est structuré en trois parties: l'organisation du Comité d'action pour les États-Unis d'Europe créé par Monnet après sa descente de charge à la Haute Autorité de la Communauté européenne du charbon et de l'acier, ses domaines d'action privilégiés ensuite, son influence réelle enfin, donc celle de la « méthode Monnet ».
Un ouvrage de cette nature n'est pas résumable, il doit être savouré page après page tant chacune d'elles est riche en informations et en éclairages autorisés. Aussi l'auteur de ces quelques lignes se bornera-t-il à mentionner quelques réponses à la question qui traverse le livre de part en part: quelle a été l'influence réelle de ce Comité ? Pour Antonio Varsori (Université de Padoue), il a permis à Jean Monnet, devenu « simple haut fonctionnaire à la retraite », de maintenir vingt années durant sa capacité « d'exercer une influence sur de nombreux décideurs européens », en particulier allemands et britanniques, même si son influence concrète a été en définitive « mineure ». La raison en est que, en 1955, à la conférence de Messine, le temps politique avait déjà changé. En témoigne un dialogue entre Monnet et son frère d'armes Max Kohnstamm, dépêché en Sicile et qui, harcelé par son « patron » afin d'influencer les travaux des ministres, lâche, frustré: « Monsieur, comprenez, je vous prie, qu'ils ne sont pas là pour faire l'Europe, mais ils sont ici pour vous enterrer ». Ce à quoi, après un gloussement, Monnet répondit: « Alors, ils se trompent beaucoup ». Il n'avait ni tout à fait tort ni tout à fait raison… Valérie Aubourg (Université de Cergy-Pontoise) montre bien que « l'affaire anglaise » a sans doute marqué « l'apogée et les limites de l'influence du Comité d'action », ce dernier ayant été le premier à s'élargir à des représentants britanniques, Edward Heath en tête. Aujourd'hui, faut-il réellement se féliciter de sa fidélité au monde anglo-saxon ? Lors de la « table ronde » organisée en conclusion du colloque, Mario Soares n'a pas hésité à dénoncer le Royaume-Uni, coupable d'avoir « toujours cherché à saboter une Europe politique » et d'avoir ensuite, du temps de Blair, « essayé de convertir plusieurs européistes au néolibéralisme, l'idéologie dont a résulté l'économie de casino (…) et l'actuelle crise financière et économique, qui est aussi sociale, politique, environnementale… »
D'autre part, Monnet et son Comité ont aussi eu le tort d'avoir raison trop tôt. On le voit notamment à travers la figure d'Helmut Schmidt qui, rappelle Guido Thiemeyer (Université de Cergy-Pontoise), voyait en Monnet un « père politique » et qui rencontra au sein de ce Comité un certain Valéry Giscard d'Estaing. À ce titre, « même si Monnet n'a plus vécu la création du SME, il peut tout de même en être considéré comme l'un des concepteurs » puisque, explique Thiemeyer, Giscard et Schmidt initièrent en 1978 le Système monétaire européen sur la base de schémas mis au point et discutés au sein du Comité. Et par les temps monétaires et budgétaires troublés qui sont les nôtres, il est piquant de constater que les membres de ce Comité avaient, dès 1958, envisagé de créer un « fonds de réserves monétaire qui serait alimenté par les banques centrales des États membres et dont les États européens ayant une balance des paiements déficitaire pourraient recevoir des crédits ». Ils remettaient le couvert l'année suivante, invitant à « créer un Fonds de réserves européen pour pouvoir accorder, indépendamment du Fonds monétaire international, des crédits aux États en cas de crise de balance des paiements ». Il est des rappels historiques qui peuvent s'avérer cuisants pour les princes nationaux qui nous ont depuis gouvernés - et qui continuent à le faire.
Au fil des pages se précise aussi la figure d'un Monnet qui ne limitait pas son horizon à la seule Europe: Gilles Grin (Fondation Jean Monnet pour l'Europe) montre bien que, pour lui, la Communauté n'était pas une fin en soi, mais une simple étape « vers un gouvernement universel », le Pr. Gérard Bossuat (Université de Cergy-Pontoise) confirmant qu'il était sans doute « plus intéressé à la construction d'institutions d'unité pacificatrices qu'à la construction de l'unité européenne pour elle-même ». D'où l'inclinaison de Wilfried Loth (Université de Duisburg-Essen) de voir en lui « un organisateur de la mondialisation ». À n'en point douter, Monnet était décidément d'une autre époque !
Michel Theys
*** Fédéchoses - pour le fédéralisme. Presse fédéraliste (Maison de l'Europe, 18 av. Félix Faure,
F-69007 Lyon. Internet: http://www.pressefederaliste.eu ). 2011, n° 152, 36 p., 8 €. Abonnement annuel: 30 €.
Cette feuille fédéraliste s'intéresse tout particulièrement, dans ce numéro de 36 pages, aux actions prises au plan mondial afin de veiller à la bonne santé environnementale et climatique de la Terre, ainsi qu'à « l'outil de démocratie directe » que constituera l'Initiative citoyenne européenne. L'Italien Lucio Levi invite à se servir de cet outil afin de « construire un mouvement par le bas », Guido Montani voyant en lui, pour sa part, la promesse d'un « nouveau printemps pour la démocratie européenne » et l'ancienne parlementaire européenne Sylvia-Yvonne Kaufmann considérant qu'elle constitue « une grande responsabilité pour les fédéralistes ». Vice-présidente de la Jeunesse européenne fédéraliste, Pauline Gessant n'en disconvient pas, jugeant qu'elle sera « une formidable opportunité » après avoir été sa « longue revendication ». Pour l'éditorialiste, cet instrument de mobilisation citoyenne devra nécessairement servir à réclamer la convocation d'une Convention constituante lors des élections européennes de 2014, l'objectif étant d'obtenir la ratification de cette Constitution fédérale « par un référendum européen dans les pays ayant participé à sa rédaction, afin de dépasser le chantage aux vetos nationaux ».
(MT)
*** ALAN HARDACRE (sous la dir. de): How the EU Institutions Work and… How to Work with the EU Institutions. John Harper Publishing (27 Palace Gates Road, London N22 7BW, UK. Tél.: (44-20) 8884774 - Courriel: jhpublish@aol.com - Internet: http://www.johnharperpublishing.co.uk ). 2011, 389 p.. ISBN 978-0-9564508-6-9.
Préfacé par les vice-présidents Maroš Šefèoviè (Commission) et Diana Wallis (Parlement européen) qui ne tarissent pas d'éloges à son propos, cet ouvrage est effectivement un remarquable guide pratique du monde politico-institutionnel de l'Union européenne. Ancien lobbyiste à Bruxelles, Alan Hardacre s'est entouré de quelques-uns de ses anciens collègues et de ses collègues actuels à l'Institut européen d'administration publique de Maastricht pour concocter un instrument de travail qui ravira quiconque a à opérer avec les acteurs et les règles de l'Union. Dans un premier temps, les auteurs montrent comment fonctionnent les différentes institutions. Ils décryptent ensuite la manière dont fonctionne le processus décisionnel à travers la « nouvelle codécision » et la « nouvelle comitologie ». Le caractère le plus innovant du travail se situe dans la troisième partie qui invite à découvrir « comment travailler avec les institutions et le processus décisionnel de l'Union », les auteurs décrivant même comment monter une campagne de lobbying réussie.
(PBo)
*** ROBERT FRANK, HARTMUT KAELBLE, MARIE-FRANÇOISE LÉVY, LUISA PASSERINI (sous la dir. de): Building a European Public Sphere - Un espace public européen en construction. From the 1950s to the Present - Des années 1950 à nos jours. Presses Interuniversitaires Européennes / Peter Lang (1 av. Maurice, B-1050 Bruxelles. Tél.: (41-32) 3761717 - fax: 3761727 - Courriel: pie@peterlang.com - Internet: http://www.peterlang.com ). Collection « Multiple Europes », n° 44. 2010, 257 p., 33,90 €. ISBN 978-90-5201-629-0.
Existe-t-il oui ou non une sphère publique européenne ? Et, dans l'affirmative, quelle est-elle ? Ne serait-elle pas, dans le meilleur des cas, la simple addition de sphères publiques restant résolument nationales, ce qui déclinerait au mieux une éventuelle « identité européenne » en « versions nationales divergentes et contradictoires » ? Telles sont les questions qui se trouvent au cœur de cet ouvrage collectif dirigé par quatre spécialistes renommés de l'histoire européenne. Le sujet de la recherche est donc appréhendé dans sa dimension historique, mais pas seulement. Il l'est aussi à la lumière de ses « dimensions conceptuelles » (frontières entre sphères publique et privée, éthique de la sphère publique, particularités de la sphère publique transnationale européenne…), ce qui amène notamment le Pr. Hartmut Kaelble (Université Humboldt de Berlin) à soutenir que la sphère publique européenne n'est pas une variante d'un espace public, mais bien une « sphère publique composite faite de sphères publiques nationales interconnectées » et se révélant « plus élitiste » que chacune de celles-ci. L'objet de la recherche est aussi abordé à la lumière des actions entreprises par les institutions européennes, notamment sur le plan culturel à travers, entre autres, le travail de la Commission et l'expérience d'Arte. Enfin, la sphère publique européenne est appréhendée par rapport à la « sphère publique transnationale non-européenne » constituée par les migrants originaires des anciennes colonies de pays européens. En tirant les conclusions de cette recherche collective, le Pr. Robert Frank (Université Paris 1 Sorbonne) observe notamment que « la construction européenne, le militantisme européen ne créent pas automatiquement de l'espace public européen, tant les espaces de référence des militants et des décideurs restent nationaux ».
(MT)
*** MARLOES BEERS, JENNY RAFLIK (sous la dir. de): Cultures nationales et identité communautaire - National Cultures and Common Identity. Un défi pour l'Europe ? - A Challenge for Europe? Presses Interuniversitaires Européennes / Peter Lang (voir coordonnées supra). Collection « Euroclio », n° 57. 2010, 283 p., 34,50 €. ISBN 978-90-5201-638-2.
Ainsi que l'observe l'historien Gérard Bossuat dans sa préface, nous n'en sommes plus au « simplisme de l'héritage gréco-romain comme archétype de l'identité européenne ». Pour autant, les scientifiques n'ont pas fini de s'interroger sur la réalité et la nature de l'identité qu'a pu engendrer la construction européenne - à travers l'Union qui est la seule organisation, précise le Pr. Bossuat (Université de Cergy-Pontoise), à avoir pu disposer « de pouvoirs propres, capables de transformer la vie des individus ». Prolongement d'une conférence qui a réuni à Cergy-Pontoise de jeunes chercheurs de l'association Richie, cet ouvrage en atteste, lui qui voit vingt-deux d'entre eux croiser leurs compétences multiples (histoire, science politique, anthropologie…) afin d'identifier les vecteurs porteurs d'une identité européenne et de mesurer leur réalité ou leurs insuffisances. De manière concrète, les auteurs s'intéressent tour à tour (et avec des contributions en français ou en anglais) à la nature de l'identité communautaire, à la relation entre celle-ci et les cultures nationales qui continuent à peser lourd dans la mémoire des Européens d'aujourd'hui, au rôle des institutions européennes dans la formation de cette éventuelle identité supplémentaire, aux vecteurs et symboles de celle-ci, enfin au rôle joué par les autres acteurs et cas nationaux. Un des messages à retenir de ce très beau travail collectif est que, ainsi que l'avance David Trefas, « diverses identités nationales européanisées se forment et s'interconnectent » aujourd'hui, venant composer une identité nouvelle qui s'ajoute aux premières et, d'une certaine manière, les transcende.
(MT)
*** BO STRATH (sous la dir. de): Europe and the Other and Europe as the Other. Presses Interuniversitaires Européennes / Peter Lang (voir coordonnées supra). Collection « Multiple Europes », n° 10. 2010, 517 p., 46,20 €. ISBN 978-90-5201-650-4.
L'identité européenne a déjà fait couler beaucoup d'encre depuis que fut prise, lors du sommet de Copenhague de 1973, la décision politique d'en décréter une. À lui seul, cet ouvrage en a déjà fait couler pas mal puisqu'il en est à son quatrième tirage en dix ans à peine. Pour autant, la question de savoir ce qu'est cette « identité européenne » n'en continue pas moins à tarauder certains (beaux) esprits. Politiquement, rappelle le Pr. Bo Strath dans son introduction, le concept d'identité prit la place de leitmotiv de la construction européenne occupée jusqu'alors par celui d'intégration lorsque les Neuf (le premier élargissement venait d'avoir lieu…) jugèrent bon que l'Europe, dans le marasme monétaire et pétrolier de l'époque, s'active afin de rebâtir un ordre international digne de ce nom. Sur le plan académique, par contre, la quête du sens à donner à cette identité persiste, mais cette fois dans un contexte où l'avenir fait plus peur qu'à l'époque et où « le nationalisme, le populisme et le protectionnisme se sont aussi infiltrés au cœur de l'Europe ». La quête académique de très haut vol à laquelle convie cet ouvrage conserve donc plus que jamais sa pertinence et son intérêt, le thème de l'identité européenne étant étudié de manière critique, le but des auteurs étant de le construire pour pouvoir le mieux reconstruire.
(PBo)
*** LUCIO LEVI: L'internationalisme ne suffit pas. Internationalisme marxiste et fédéralisme. Fédérop (38 rue du Doyenné, F-69005 Lyon). Collection « Textes fédéralistes ». 1984, 70 p.. ISBN 978-2-85792-028-8.
Les éditions Fédérop ont décidé de revitaliser et pérenniser deux collections qui, créées puis animées depuis 1975 par des militants fédéralistes français, étaient tombées dans l'oubli, à savoir « Minorités nationales » et « Textes fédéralistes ». Cet ouvrage d'un politologue et éminent fédéraliste italien appartient à cette dernière collection depuis 1984. Il va de soi que le monde a complètement changé depuis cette époque, mais il n'en est pas moins utile de pouvoir se plonger dans les réflexions d'un penseur fédéraliste. C'est d'autant plus vrai que si le monde a changé, certains problèmes demeurent. Ainsi, lorsque Lucio Levi écrivait que les frontières politiques et militaires entre les États étaient « des murs de prison qui empêchent les peuples et les travailleurs » de lutter sur le plan international comme au plan national, est-ce réellement un propos dépassé ?
(MT)