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Bulletin Quotidien Europe N° 10406
AU-DELÀ DE L'INFORMATION / Au-delà de l'information, par ferdinando riccardi

Quelques remarques sur le Sommet et sur ses résultats

Une preuve supplémentaire du caractère indispensable de notre bulletin pour qui souhaite disposer d'une vue globale de l'activité européenne? La voici: le Conseil européen de jeudi et vendredi derniers n'a pas eu beaucoup d'échos. Les moyens d'information ont rendu compte de l'un ou l'autre aspect, selon les cas: le dossier de la Grèce ; le nouveau président de la Banque centrale européenne ; ou la révision de la gestion de l'espace Schengen. Notre bulletin a présenté non seulement une vue d'ensemble des résultats et de leur signification, avec des analyses thème par thème, mais aussi, exclusivité absolue, les réactions des différents chefs d'État ou de gouvernement (souvent divergentes). J'ajoute aujourd'hui quelques remarques.

Les découvertes. Première surprise: plusieurs commentateurs affirment (aujourd'hui, pas hier) que la seule voie pour gérer efficacement la zone euro consiste à renforcer le caractère communautaire des institutions qui la gèrent et de son fonctionnement. On retrouve ainsi les batailles des fédéralistes, le projet d'Altiero Spinelli, le ministère européen des finances de M. Trichet, et aussi des projets plus limités comme les eurobonds, pour ne pas parler que de ce qui était conceptuellement déjà acquis: l'équilibre nécessaire dans l'UEM entre le M de monétaire et le E d'économique, découvrant ce que Jacques Delors réclamait depuis tellement d'années. Rien de vraiment nouveau: mais combien de conversions et de découvertes de vérités anciennes…

Socialistes peu représentés, PPE dominant. Quelques observateurs ont souligné à quel point la gauche est peu représentée au sein du Sommet. Un journaliste a procédé à quelques calculs: «Autour de la table, le centre-droit et la droite dominent: les socialistes ne sont que quatre sur vingt-sept.» ; et deux d'entre eux, M. Zapatero et M. Papandreou, pourraient suivre prochainement la voie de sortie où Gordon Brown et José Socrates les ont précédés. À ses yeux, le Sommet de la semaine dernière « ressemblait à un Congrès du PPE: dix-sept chefs d'État ou de gouvernement sur vingt-sept, plus Herman Van Rompuy et José Manuel Barroso ». En outre, le PPE est majoritaire au Parlement européen et il domine, en nombre, la Commission européenne. C'est par ces calculs que ce collègue explique pourquoi, face à la politique d'austérité retenue par le Sommet, la voie alternative prônée par les socialistes n'a pas eu beaucoup de poids.

Ces constatations appellent trois remarques: a) tant les gouvernements que les parlementaires européens sont le résultat d'élections libres, ce sont les peuples qui les ont désignés ; b) aussi bien en Grèce qu'au Portugal (et partiellement en Irlande), les programmes d'austérité ont été définis par des gouvernements socialistes, et au Parlement grec (qui s'exprime ces jours-ci) la majorité est socialiste ; c) plusieurs participants au Sommet ont mis l'accent sur l'exigence de relancer l'économie et M. Barroso a indiqué le renforcement des soutiens significatifs que la Commission entend octroyer à la Grèce dans ce but.

Il serait plus utile d'essayer de comprendre pourquoi, pendant une période donnée, la plupart des gens ont voté dans un sens plutôt que dans l'autre, au lieu de se limiter à regretter leurs choix.

Fautes et qualités du peuple grec. Une large partie des observateurs sont de plus en plus sévères à l'égard de la Grèce, le ton étant le suivant (je cite un exemple un peu au hasard): « On a découvert à Athènes un gouffre financier creusé par l'anarchie des dépenses d'État et le truquage des comptes publics. Une incurie du pouvoir grec assortie à l'anarchie des dépenses d'État et au truquage des comptes publics. Une incurie de pouvoir assortie, chez les citoyens, à une généralisation inouïe de la fraude fiscale.» En ajoutant toutefois « l'incurie européenne qui cachait et repoussait le scandale grec comme la poussière sous le tapis ». En même temps, les nombreux envoyés spéciaux à Athènes, pour qui le peuple grec a été une découverte, en ont retenu une image très positive et ils ont exprimé une large sympathie à l'égard de sa mentalité et de son mode de vie, largement fondés sur la solidarité et sur le sens de la famille.

Est-il possible de concilier les deux aspects - truquages publics et solidarité privée - pour aboutir à des comportements compatibles avec la participation grecque à la zone euro ? Je rappelle les résultats (résumés dans cette rubrique, bulletin n° 10399) d'une analyse des mesures indispensables pour que la Grèce puisse demeurer dans la zone euro: habituer les citoyens à payer les taxes ; réduire le nombre de fonctionnaires ; supprimer les dérogations fiscales pour les armateurs ; taxer le secteur immobilier et l'Église ; réduire radicalement les dépenses militaires. Sans quoi, le programme d'austérité n'aurait pas d'effet durable.

Je reviendrai sur ces aspects essentiels dans cette rubrique de demain.

(F.R.)

 

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