Bruxelles, 06/05/2011 (Agence Europe) - Porter une plus grande attention à la société civile, tel pourrait être le message principal de la conférence consacrée à la Politique européenne de voisinage (PEV), organisée par l'Institut français des relations internationales (Ifri) ainsi que par le Center for Eastern Studies (OSW), avec le soutien de l'Agence Europe et de la Banca Monte Paschi Belgio. Elle s'est déroulée jeudi 5 mai à Bruxelles avec la participation d'un large panel d'experts issus de milieux universitaires, de différents groupes de réflexion, des institutions européennes et de représentants de gouvernement.
La PEV constitue, depuis sa création en 2004, l'un des principaux instruments politiques de l'UE vis-à-vis de ses voisins de la Méditerranée, de l'Europe de l'Est et du Caucase du Sud. La conférence s'est tenue à l'occasion des travaux actuellement en cours au Service européen pour l'action extérieure (SEAE) en vue de proposer des réformes de la politique de voisinage.
Intitulée « Quel futur pour la Politique européenne de voisinage? La vue depuis l'UE et les pays voisins », la conférence a été largement marquée par l'actualité des récentes « révoltes arabes » et par la volonté de voir une politique européenne adaptée aux nouvelles circonstances. Pour John O'Rourke, chargé de la PEV au sein du SEAE, la principale difficulté consiste à définir une politique commune pour l'extérieur des frontières de l'UE. La question sous-entendue est celle de la capacité de l'UE à définir et mettre en œuvre une seule et même vision de la PEV au-delà des intérêts particuliers des États membres. Le point symptomatique d'une mauvaise appréhension des enjeux réels est, selon O'Rourke, visible par la manière dont est traité le sujet brûlant de l'immigration arabe, symbolisée par l'île de Lampedusa. Certes, l'immigration illégale constitue un problème majeur et l'UE se doit de réagir d'une manière appropriée face à une situation de détresse humaine, mais on ne peut occulter le fait qu'il s'agisse d'un problème ponctuel. Celui-ci, bien qu'il focalise toute l'attention aujourd'hui, n'en reste pourtant qu'un aspect secondaire qui ne peut réduire la PEV à une question de migration et de contrôle des frontières. La politique de voisinage devrait tenter d'élaborer des plans d'action à long terme, de la coopération à l'intégration de nouveaux pays.
Adapter la politique de voisinage pour y intégrer une vision à long terme semble indispensable pour Miroslav Lajcak, Directeur pour la Russie, les Balkans et les pays du voisinage? oriental au sein du SEAE, pour qui la PEV actuelle est un « succès modéré ». « La recherche de la stabilité ne suffit pas », estime-t-il, « l'UE a besoin d'une nouvelle approche » envers ses voisins. La nouvelle politique de voisinage va inclure dorénavant des critères liés aux réformes démocratiques. Le programme-cadre des actions de la PEV resterait unique, par contre l'approche deviendrait individuelle, avec la tentative de cibler l'aide et de l'adapter en fonction des besoins et des progrès de chaque pays, ajoute-t-il. Cela répond en partie aux critiques adressées par certains intervenants qui jugeaient que jusqu'à ce jour, la politique de l'UE a été trop marquée par la recherche de ses propres intérêts en acceptant d'être conciliante avec des régimes autoritaires. Les questions de migration, de l'énergie et du terrorisme ont été trop souvent placées au centre des relations avec les pays arabes, selon Amine Ait-Chaalal, directeur du Centre d'étude des crises et conflits internationaux (CECRI), en privilégiant ainsi la stabilité aux dépens des aspirations démocratiques des sociétés civiles des États de l'Afrique du Nord et du Moyen-Orient. (J.K.)