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Bulletin Quotidien Europe N° 10371
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INFORMATIONS GÉNÉRALES / (eu) ue/nuclÉaire

Les stress tests négligeraient la menace terroriste

Bruxelles, 04/05/2011 (Agence Europe) - La Commission et l'ENSREG doivent communiquer le 12 mai les critères retenus pour les tests de résistance (stress tests) des 143 réacteurs nucléaires en activité dans l'UE, qui débuteraient en juin et dont les résultats seraient attendus pour décembre. La rumeur enfle toutefois que les scénarios impliquant les cyber-attaques et les crashs d'avions seraient exclus.

Le commissaire à l'Énergie Günther Oettinger a promis mardi 3 mai à Gödöllö, où il participait les 2 et 3 mai à une réunion informelle du Conseil Énergie sous présidence hongroise, un projet solide établissant les critères des tests de résistance des réacteurs nucléaires hébergés dans l'UE à divers risques, dont ceux qui ont frappé le Japon le 11 mars dernier - un séisme et un raz de marée - et sont à l'origine de l'accident nucléaire en cours à la centrale de Fukushima Daiichi. Les services du commissaire, qui œuvrent en collaboration avec les autorités nationales de sûreté nucléaire (ENSREG), devraient publier le 12 mai prochain la liste des critères retenus pour les stress tests qui, a annoncé mardi la Présidence hongroise, devront être lancés dès le mois de juin, en vue de transmettre leurs résultats au Conseil européen du 9 décembre.

Si M. Oettinger a assuré mardi que les tests seraient « objectifs et sévères », leurs critères retenus, probablement au nombre de six, pourraient toutefois être moins ambitieux que prévu en n'évaluant seulement, d'après le quotidien allemand Süddeutsche Zeitung du 4 mai, qui cite des sources proches du commissaire, la résistance des réacteurs à des catastrophes naturelles (séismes, inondations, fortes variations de températures), et en excluant les scénarios impliquant le crash d'un avion ou des erreurs de manipulation humaines. De son côté, le président du Conseil Énergie, le ministre hongrois Tamas Fellegi, a reconnu que l'hypothèse du crash d'avion n'avait pas encore été retenue, en précisant toutefois qu'elle n'avait pas été rejetée non plus.

Dans son projet de critères des stress tests proposé début avril, l'association des autorités de sûreté nucléaire d'Europe de l'Ouest (WENRA), où l'autorité française de sûreté nucléaire (ASN) jouit d'une grande influence, veut clairement que soit évaluée la robustesse des centrales devant trois aléas: l'agression par des phénomènes naturels (tempêtes, séismes, inondations), la perte de systèmes de sûreté (perte prolongée du système de refroidissement ou d'alimentation électrique), et l'accident grave (endommagement du combustible dans le réacteur, refroidissement difficile des piscines où est entreposé le combustible usé), mais ne prend pas en compte les hypothèses d'une cyber-attaque ou d'un crash d'avion.

Les dirigeants européens s'étaient pourtant mis d'accord en mars dernier pour que ces éventualités soient prises en compte dans les critères des tests. Selon les services de M. Oettinger, cités par le Süddeutsche Zeitung, les États membres qui le souhaitent pourront toutefois mener des tests plus exigeants. Mais, selon le quotidien allemand, les autorités européennes de surveillance suggéreraient même que les exploitants des réacteurs se contentent d'un rapport écrit à la Commission européenne, sans que des experts indépendants européens ne soient dépêchés sur les sites proprement dits. À la tête des deux plus grands parcs nucléaires de l'UE, la France et le Royaume-Uni militeraient fermement en faveur de l'assouplissement des critères des stress tests.

Membre du gouvernement de l'État membre le plus farouchement opposé à l'atome, l'Autriche, le ministre de l'Environnement Nikolaus Berlakovich a dénoncé mercredi la faiblesse des stress tests prévus, soulignant la négligence de ne pas prendre en compte les conséquences d'actes humains, tels que le terrorisme, les attaques informatiques ou le crash d'un avion. « Malheureusement, les chefs d'État et de gouvernement n'ont pas décidé de rendre ces tests obligatoires », a-t-il déploré le 4 avril, insistant en outre sur la nécessité de recourir à des experts indépendants pour conduire ces tests. « Cela n'a aucun sens si les centrales nucléaires se testent elles-mêmes », a ajouté le ministre autrichien, en référence à l'hypothèse que les exploitants des réacteurs pourraient faire leur propre rapport à la Commission. Pour M. Berlakovich, il revient au commissaire Oettinger de formuler des tests plus stricts.

Au Parlement européen, les Verts ont eux aussi dénoncé mercredi les lacunes du projet de critères des stress tests, qui négligerait la menace terroriste. « Sur la base de l'ébauche actuelle, les stress tests proposés paraissent arriver loin du but d'une évaluation rigoureuse des risques potentiels et de la sûreté des réacteurs nucléaires de l'UE. Tels que constitués actuellement, les stress tests n'évalueraient pas les risques auxquels seraient confrontés les réacteurs issus d'une multitude de scénarios potentiels. Cela sert seulement à cultiver la crainte que ces tests de résistance font partie d'une stratégie de l'industrie du nucléaire pour apaiser les craintes du public en matière de sûreté et lui donner une fausse sensation de sécurité sur les risques du nucléaire », déplore l'Allemande Rebecca Harms, dans un communiqué. « Les tests n'évalueraient pas la résistance d'un réacteur à l'impact d'un crash d'avion, ni d'une attaque terroriste. Que cela soit omis est absolument scandaleux », poursuit-elle, réitérant son appel à la Commission et au Conseil à « immédiatement fermer les réacteurs les plus dangereux, où la menace est déjà largement connue, et développer une stratégie nucléaire complète de sortie progressive de l'atome ». (E.H.)

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