Gijon, 15/04/2011 (Agence Europe) - Réunis vendredi 15 avril à Gijon (Espagne), les membres de la Conférence des régions périphériques maritimes (CRPM) et les représentants des institutions européennes et de l'industrie maritime ont débattu des moyens de rendre ces régions plus accessibles, dans le contexte du Livre blanc sur les transports récemment adopté et de la révision attendue de la politique du réseau transeuropéen de transport (RTE-T). « Notre préoccupation principale est double », a expliqué à EUROPE le président de la CRPM et président de la région Bretagne Jean-Yves Le Drian, à savoir « faire en sorte que l'enjeu maritime soit suffisamment pris en compte » et assurer que « les corridors prévus et les ports d'accès qui sont identifiés ne pénalisent pas les régions périphériques ».
La mise en œuvre de mesures de financement qui puissent s'élargir aux régions les plus isolées, la prise en compte du cabotage pour les transports maritimes à très courte distance ou fluviaux, les aides d'État pour le lancement de nouvelles liaisons maritimes sont quelques-unes des idées mises en avant par la CRPM pour atteindre ces objectifs. Se basant sur l'exemple des autoroutes de la mer franco-espagnoles, l'association estime notamment que l'implication des États est nécessaire dès lors qu'il s'agit de créer une offre publique pérenne de transport.
D'après l'association, le développement du transport maritime est « incontournable » pour réduire l'isolement des régions périphériques et en même temps répondre aux objectifs du Livre blanc qui visent à assurer la mobilité des biens et des personnes et à « décarboniser » les transports. Toutefois, selon la CRPM, le Livre blanc « ne paraît pas prendre la mesure des efforts à entreprendre pour y parvenir en opérant le transfert modal massif de la route vers la mer ». Les objectifs énoncés sont sous-dimensionnés, que ce soit dans les investissements à soutenir, notamment dans le domaine portuaire, ou dans les services maritimes, précise l'association dans la déclaration adoptée à l'issue du séminaire.
Selon M. Le Drian, il y a un risque de « malus géographique » qui est le fait qu'en développant une croissance durable « on va aboutir à des concentrations qui nous sont défavorables ». Le meilleur exemple est la Manche où le passage recommandé à des carburants à plus faible teneur de soufre (voire au gazole) risque, pour des raisons économiques, de concentrer le trafic maritime sur les voies déjà les plus encombrées, a fait remarquer Jean-Marc Roué, un des participants à la conférence.
Ainsi, pour répondre aux besoins et assurer un développement équitable du transport maritime, la CRPM propose surtout de: - prévoir les incitations nécessaires pour minimiser les risques financiers des acteurs de la filière; - développer « une armature portuaire » européenne, équilibrée et « polycentrique» pour chaque bassin maritime ainsi que pour les régions insulaires, de manière à permettre que le trafic maritime intra-européen à courte et moyenne distance et le financement européen qui le soutient ne se concentrent pas uniquement sur les ports impliqués dans le trafic international. Elle demande également de faciliter une aide au démarrage de nouvelles lignes maritimes, là où le marché seul (en raison notamment de l'insuffisance des volumes transportés) ne suffit pas à atteindre la rentabilité et un traitement spécifique aux régions insulaires (Canaries, Açores, la Réunion, etc.). L'encadrement des aides publiques, la mise à l'étude d'un « écobonus » européen ou la réduction du risque pris par les armateurs au démarrage (notamment par une meilleure implication de l'État) pourraient faciliter ce développement.
Pour assurer le suivi du séminaire, la CRMP organise le 3 mai une réunion technique sur le Livre blanc et sur la politique RTE-T afin de formuler sa position politique sur ces deux aspects lors de sa conférence de juin aux Açores. (A.By.)