Bruxelles, 11/03/2011 (Agence Europe) - Alors que Mouammar Kadhafi a à nouveau menacé l'UE vendredi 11 mars, à l'entame du Conseil européen, de cesser de soutenir la lutte contre le terrorisme et l'immigration clandestine, les chefs d'État et de gouvernement des pays de l'Union européenne ont décidé de se préparer à d'éventuels flux migratoires en provenance d'Afrique du Nord en convoquant notamment une réunion extraordinaire des ministres de l'Intérieur de l'UE sur le sujet, réunion qui devrait se dérouler dans les quinze jours au plus tard, cela alors qu'une réunion ministérielle est déjà formellement prévue pour le 12 avril.
Les Vingt-sept se sont encore engagés à consolider les outils européens de surveillance des frontières, à travers le renforcement de l'agence Frontex, qui doit recevoir des moyens humains et techniques supplémentaires, ont-ils estimé. Les Vingt-sept ont demandé à cet effet l'adoption rapide du nouveau règlement de l'agence, déjà en discussion au PE et au Conseil, ainsi que le renforcement d'Europol. La Commission a elle été invitée à débloquer de nouvelles ressources pour faire face à ces flux et assister les pays directement concernés par ces mouvements migratoires, notamment Malte et l'Italie.
À ce stade, l'UE n'a pas connu l' « exode biblique » qu'avait prédit dès la mi-février le ministre italien de l'Intérieur, Roberto Maroni, mais est néanmoins venue en aide à l'Italie et à l'île de Lampedusa le 20 février dernier au moyen de la mission Hermes de l'agence Frontex, après que l'île eut accueilli près de 8000 Tunisiens depuis la chute du régime Ben Ali. Le 24 février dernier, lors du Conseil des ministres de l'Intérieur, l'Italie avait également appelé à la solidarité de l'UE, notamment via un fonds de solidarité spécifique ou encore le partage du « fardeau » en termes d'asile et d'immigration, via une éventuelle réforme du règlement de Dublin. Des demandes qui n'avaient toutefois pas reçu l'écho escompté.
Ce vendredi 11 mars, les Vingt-sept ne se sont donc pas engagés sur la question du partage du « fardeau » au sein de l'UE mais ont en revanche proposé un soutien technique et financier aux pays de la région « pour améliorer le contrôle et la gestion des frontières » et les « mesures pour permettre le retour des migrants dans leur pays d'origine ». À cet effet, les Vingt-sept se sont engagés à présenter, avec la Commission, d'ici le Sommet de juin un « plan pour développer les capacités à gérer les migrations et les flux de réfugiés », ce plan étant destiné aux pays de la région, Tunisie, Libye et Égypte en tête.
« Les ministres européens de l'Intérieur devront prendre contact avec leurs homologues de l'autre côté de la Méditerranée pour voir comment organiser la maîtrise des flux migratoires d'un côté et de l'autre de la Méditerranée », a ainsi expliqué le président français Nicolas Sarkozy lors d'une conférence de presse. M. Sarkozy a par ailleurs précisé que sur les politiques migratoires, « il faudra tenir compte du fait que ces pays devenant des démocraties, le statut de réfugié politique n'a plus la même nature ». Pour M. Sarkozy, « la France a accueilli une grande partie des opposants politiques de M. Ben Ali, car ils avaient un statut de réfugiés politiques. Aujourd'hui, la Tunisie est une démocratie », a-t-il poursuivi.
De son côté, José Manuel Barroso, le président de la Commission européenne, a évoqué le besoin, s'agissant des migrants, de trouver un « réel esprit de solidarité et de partage du fardeau sur ce sujet ». « Je suis heureux de voir que le Conseil européen a adopté cette approche de solidarité entre les États membres car certains d'entre eux seront probablement plus affectés ». Il a rappelé que la Commission était prête à mobiliser des fonds supplémentaires, y compris pour des moyens aériens et maritimes.
Autre aspect mis en avant par les Vingt-sept vendredi: la promotion d'une nouvelle approche des migrations et de la mobilité. Sans évoquer d'éventuels dialogues sur les visas, comme l'a par exemple fait la Commission européenne, le Conseil a suggéré des « partenariats de mobilité » avec des partenaires suffisamment avancés au niveau de leurs réformes démocratiques et coopérant « dans la lutte contre le trafic d'êtres humains et la lutte contre l'immigration illégale ». La Commission a encore été invitée à « encourager les échanges entre les jeunes Européens et les jeunes vivant au Sud de la Méditerranée ». (S.P./L.C.)