Terminologie appropriée, dualisme à dépasser. Elles sont heureuses et de bon augure les nouvelles définitions des instruments qui régiront l'avenir de la monnaie unique: « Pacte pour l'euro », c'est clair et c'est simple, les autres définitions aussi. À première vue, c'est un détail, en fait c'est important.
J'en dirai autant de la position prise par le Parlement européen qui autorise la petite révision du Traité permettant de créer le Mécanisme européen permanent de stabilité monétaire qui remplacera, à partir de 2013, les instruments provisoires actuels. L'obstacle résidait dans le dualisme entre communautaire et intergouvernemental. Cette rubrique du bulletin avait déjà fait état des polémiques et des efforts de plusieurs personnalités pour dédramatiser le dossier, en faisant valoir que ce qui compte est l'efficacité de la gestion de l'euro, au-delà des subtilités juridiques. Le Parlement a reconnu que l'urgence rend inévitable la naissance intergouvernementale de l'instrument ; mais il a soigneusement défini les mécanismes par lesquels il sera lui-même directement impliqué dans les procédures d'application, contrôlant en pratique le fonctionnement futur du système. C'est une attitude sage et significative. Voir notre bulletin n° 10332 pour les détails.
Comment projeter la fin des ambitions européennes. Les adversaires, conscients ou involontaires, de tout approfondissement de la construction européenne ne désarment pas. Voici que l'idée de l'adhésion à l'UE de la Tunisie et éventuellement d'autres pays de la rive sud de la Méditerranée refait surface. Cette trouvaille vient d'être relancée dans les milieux universitaires (le professeur Kahn à Sciences Po en France et d'autres savants) qui, à mon avis, n'ont rien compris à la signification et aux ambitions de la construction européenne. Ces professeurs n'ignorent évidemment pas que UE signifie « Union européenne » ; mais un vrai penseur ne s'arrête pas à de tels détails, et il argumente: « L'Europe, ce n'est pas seulement un continent. Elle est avant tout un projet politique. Pourquoi s'interdirait-elle d'utiliser ce qu'elle a inventé ? »
Ces messieurs négligent que l'extension aux pays extra-européens condamnerait tout approfondissement de l'UE et détruirait sa vocation à s'intégrer toujours davantage. D'autant plus que le professeur Kahn résoudrait en même temps le problème de la Turquie, en la faisant entrer dans l'UE dans le même élan. L'UE serait ainsi débarrassée d'un seul coup de la gouvernance européenne, des politiques communes et même de l'euro, pour apporter son vide ainsi construit aux pays d'autres continents transformés en européens.
Le colonel Kadhafi, détaché des intérêts matériels. Il est assez piquant de comparer la position officielle du colonel Kadhafi, à propos de son désintérêt et du caractère purement politique de son rôle, avec la réalité des richesses qu'il avait accumulées et dont il disposait, avec sa famille et quelques complices. Ce sont une fois de plus des documents diplomatiques américains rendus publics qui nous renseignent. Un rapport portant le titre éloquent Kadhafi corporation indique que les enfants et les favoris de Kadhafi recevaient un flux de revenus en provenance de la compagnie nationale de pétrole et de ses filiales, se chiffrant en millions de dollars par an. Les membres du club s'étaient lancés dans les affaires sans retenue, en profitant de leur position. Les abus et même les bagarres entre les enfants du guide étaient nombreux, leurs richesses dans leur pays et à l'étranger encore plus.
Mme Ashton n'est pas ministre. Qu'il est compliqué, pour Catherine Ashton, de faire comprendre qu'elle n'est pas ministre européen des Affaires étrangères ! C'est ainsi que la définit d'habitude une large partie des moyens d'information, et par ricochet, c'est ainsi que la considère la partie (modeste) des opinions publiques qui s'intéresse à ces détails. Ce n'est pas que Mme Ashton n'ait pas assez de tâches ; son triple rôle lui en attribue même trop, et par exemple celui de vice-présidente de la Commission européenne, elle n'est pas matériellement en mesure de l'exercer. Mais le fait d'être à la tête du service diplomatique commun et de diffuser quelques communiqués ne la transforme pas en ministre européen ! Invitée par le Parlement à s'exprimer sur un aspect politiquement sensible des relations avec la Libye (création de la zone d'exclusion aérienne), elle a expliqué qu'il revient aux États membres de décider ; son mandat est d'étudier les dossiers, avec l'appui du service dont elle dispose, il ne lui revient pas de prendre position.
C'est une équivoque gênante, notamment pour le Parlement qui réclame un interlocuteur, équivoque résultant, à mon avis, de l'erreur de naissance du rôle de la Haute représentante. Cette rubrique y reviendra en détail. (F.R.)