Bruxelles, 11/03/2011 (Agence Europe) - Passer à la vitesse supérieure dans l'aide humanitaire, c'est la nécessité à laquelle l'Union européenne est prête pour faire face à la menace grandissante d'une crise humanitaire majeure aux portes de l'Europe que fait redouter la contre-offensive sanglante des forces de Kadhafi contre les insurgés libyens. Le Conseil européen, préoccupé par « les proportions que prend l'urgence humanitaire dans le pays et à ses frontières » - une tragédie qu'aggrave encore les flux massifs de migrants -, a réaffirmé vendredi à Bruxelles que l'évacuation, en toute sécurité, des ressortissants de l'UE et des pays tiers qui cherchent à quitter le pays demeure une priorité.
L'UE et ses États membres qui ont déjà mobilisé 37 millions d'aide humanitaire sont prêts à continuer à porter assistance à la population libyenne et aux migrants qui passent ses frontières, en travaillant main dans la main avec le Haut commissariat des Nations unies pour les réfugiés (UNHCR), l'OCHA, l'Organisation internationale pour les migrations (OIM), le Comité international de la Croix Rouge/Fédération internationale de la Croix rouge et du Croissant rouge et les ONG humanitaires, assure le Conseil européen. Le temps presse à l'heure où 17 000 migrants sont coincés à la frontière tunisienne et où l'OIM a indiqué que les évacuations pourraient être suspendues faute de moyens financiers
« Nous sommes préoccupés par la crise humanitaire qui menace toute la Méditerranée. Presque 250 000 personnes ont quitté la Libye. La sécurité des populations doit être assurée par tous les moyens », a déclaré Herman Van Rompuy, président permanent du Conseil européen à la presse.
« Nous finalisons le rapatriement des citoyens en coordination avec le MIC (Mécanisme d'information et de suivi du mécanisme de protection civile de l'UE: NDLR). Nous allons renforcer la coopération avec les organisations humanitaires. 37 millions d'euros ont déjà été mobilisés (30 millions d'euros par la Commission européenne dont l'essentiel a été mis à la disposition du Haut commissariat des Nations unies pour les réfugiés et l'Organisation internationale pour les migrations, et 7 millions d'aide en nature par les États membres) », a précisé José Manuel Barroso, en rappelant que la Commission agit dans trois domaines: « L'aide humanitaire, la protection civile et Frontex ».
Les experts de l'UE n'ayant pu à ce jour entrer en Libye, exception faite de la mission d'évaluation des besoins dépêchée le 6 mars à Tripoli par la Haute représentante Catherine Ashton, l'urgence c'est plus que jamais d'obtenir l'accès humanitaire à l'intérieur du pays. Aussi le Conseil européen appelle-t-il toutes les parties à permettre l'accès des agences et des acteurs humanitaires aux victimes à secourir, partout où l'aide humanitaire est requise. L'UE se dit prête à soutenir le travail de ce personnel humanitaire et renforcera, à cette fin, sa coordination pour permettre l'utilisation cohérente et efficace des ressources et des capacités - y compris les moyens militaires d'appui à l'aide humanitaire, dans le respect des principes qui gouvernent l'aide humanitaire internationale.
Dans le courrier conjoint qu'ils avaient adressé au Conseil européen, le Premier ministre britannique David Cameron et le président français Nicolas Sarkozy déclaraient: « Nous appelons les Nations unies à évaluer et surveiller de près la situation humanitaire en Libye et à formuler des propositions pour assurer un accès complet pour les organisations humanitaires et l'assistance aux personnes déplacées. Nous nous tenons prêts à contribuer à cet effort. Nous soutenons l'enquête annoncée par le Procureur de la Cour criminelle internationale et le message qu'il envoie au régime qu'il sera tenu pour responsable de ses actions ». Ils ajoutaient: « Concernant les personnes déplacées à l'extérieur de la Libye, si la situation se détériore nous devrions tous être prêts à agir et à fournir une assistance supplémentaire, financière et matérielle, y compris des équipements militaires, en coopération avec les organisations internationales et les pays concernés ».
Selon le président français Nicolas Sarkozy, qui s'exprimait à l'issue des travaux, le Conseil européen a décidé « que l'UE permettra l'accès des agences et des opérateurs humanitaires à des zones humanitaires, dont nous n'avons pas encore décidé où elles seraient, pour traiter la question des déplacés, dans un premier temps certainement en Tunisie et en Égypte ». Et d'ajouter: « Mais nous souhaitons qu'assez rapidement ces zones humanitaires puissent exister en Libye, qu'elles soient protégées pour gérer la question des dizaines de milliers de personnes déplacées. Il faudrait qu'il y ait, dans ces zones, des moyens sanitaires, des écoles pour accueillir ces populations déplacées ». Les conclusions du Conseil européen ne disent mot à ce sujet.
Le président du Conseil italien, Silvio Berlusconi, a souligné que l'Italie a été pionnière dans l'aide humanitaire aux réfugiés tunisiens et égyptiens, et a exhorté les autres pays à suivre l'exemple italien. « Nous avons souligné nécessité d'apporter de l'aide humanitaire aux 100 000 personnes, d'un côté et de l'autre de la frontière, qui ont fui la guerre civile en Libye. Nous, les Italiens, nous avons été les premiers à aider en assurant des évacuations par voie maritime et aérienne. J'ai invité tous les autres chefs d'État à agir comme nous parce qu'il est bien que l'Europe et d'autre agences internationales régissent ces aides, mais ces agences manquent de tentes, de médicaments… », a-t-il dit.
Le Premier ministre suédois, Fredrik Reinfeldt, a rappelé que la principale source d'aide humanitaire, ce sont les Nations unies, et que la Suède est l'un des plus grands contributeurs (à la 6ème place parmi les contributeurs à l'UNHCR). Il a annoncé que son pays allait mobiliser 15 millions de couronnes supplémentaires (5 millions d'euros) et si nécessaire, davantage encore.
À l'ouverture du sommet, le président du Parlement européen Jerzy Buzek avait estimé qu'après la protection des populations civiles, « notre seconde priorité dans la stratégie à court terme est d'aider dans ce terrible désastre humanitaire ». Saluant les efforts consentis par les États membres et le service européen pour l'action extérieure dans des conditions extrêmement difficiles il avait appelé à « plus d'action et une meilleure coordination » en mobilisant tous les instruments à la disposition de l'UE - ECHO, les équipes de gestion civile des crises dans la politique de sécurité et de défense commune. « Il faut une présence forte de l'UE sur le terrain pour fournir de l'eau, de l'alimentation, des soins médicaux, des installations d'assainissement, des tentes et assurer la gestion des camps. « Nous devons faire plus. Nous savons que non seulement nos citoyens sont en danger, mais aussi que des milliers de réfugiés attendent de l'aide », avait-il plaidé. (A.N./A.By./F.G./ L.C./G.B.)