La période de rodage est terminée. La Présidence belge du Conseil, qui vient de commencer, va consolider définitivement la structure institutionnelle de l'UE résultant du Traité de Lisbonne. La Présidence espagnole qui vient de s'achever était déjà située dans le même cadre juridique ; mais elle a couvert en fait une période de transition, pendant laquelle le nouveau système était en rodage: le Parlement se familiarisait avec ses nouveaux pouvoirs (il l'a fait avec un dynamisme et une rapidité étonnants) ; le triple rôle de Mme Ashton était au départ davantage une façade qu'une réalité ; le président stable du Conseil européen venait tout juste de prendre ses fonctions et M. Van Rompuy avait accepté que l'évolution soit en partie progressive, en convenant avec la Présidence espagnole des arrangements qui ont permis à celle-ci d'exercer quelques prérogatives qui désormais lui reviennent.
La période de rodage est maintenant terminée. M. Van Rompuy s'affirme et le monde commence à le connaître. L'accord politique sur le service diplomatique européen renforce la position de Mme Ashton en tant que présidente du Conseil Affaires étrangères et de Haute représentante pour les relations extérieures (même si, à mon avis, son troisième rôle, celui de vice-présidente de la Commission, mérite encore quelques éclaircissements). Le Parlement exerce ses prérogatives avec vigueur et avec, par moments, un excès de susceptibilité, comme s'il avait la crainte qu'elles puissent lui être contestées.
La situation interne belge ne gêne pas. Dans ce contexte, je ne crois pas que la situation politique interne belge, avec ses incertitudes sur le moment où un gouvernement issu des élections sera en fonction, puisse avoir des répercussions nuisibles pour le fonctionnement de l'UE. Je dirai presque: au contraire ! Le Premier ministre Yves Leterme, n'ayant à gérer au niveau national que les affaires courantes, se consacre largement aux dossiers communautaires ; ses contacts directs avec les parlementaires européens le prouvent. Plusieurs ministres sectoriels en font de même ; autant de gagné pour les politiques communes qu'ils ont à gérer.
M. Leterme l'a d'ailleurs déclaré explicitement: « Nous sommes prêts à limiter notre rôle parce qu'il faut donner de l'espace à Herman Van Rompuy et à Catherine Ashton dans l'exercice de leurs compétences. La Belgique aura réussi sa présidence si elle permet un bon fonctionnement des institutions, surtout des nouvelles institutions, de l'UE. Nous voulons créer des précédents. » Il ne faut pas voir dans ces déclarations une attitude minimaliste. En fait, les Conseils sectoriels auront à faire progresser des dossiers importants, en partie délaissés auparavant, et à préparer des projets ultérieurs essentiels: les nouvelles perspectives financières (même si la Commission ne présentera son document qu'à l'automne) ; la réforme de la politique agricole commune ; la mise en œuvre de la « stratégie 2020 ». Sans oublier que certains dossiers qui resteront pour l'essentiel dans les mains du Conseil européen et du Groupe de l'euro, doivent passer quand même par le Conseil Économie/Finances, comme la supervision du monde de la finance, et que d'autres dossiers sont en pleine évolution: environnement, espace de liberté et de sécurité, nouvelles adhésions, accords commerciaux avec des pays tiers, fiscalité, etc. La Présidence belge ne manquera pas de travail.
Une évolution positive. Certes, il est plus facile pour la Belgique que pour la plupart des autres États membres de donner à la présidence tournante un rôle surtout fonctionnel. Ailleurs, la présidence est (ou elle était) l'occasion pour faire mieux comprendre dans son pays la réalité et la signification de l'Europe, pour se faire mieux connaître dans les autres États membres, pour faire valoir certaines exigences ou revendications nationales ou régionales. Alors qu'en Belgique, l'Europe on la voit vivre au jour le jour depuis un demi-siècle (sans oublier la nationalité de M. Van Rompuy, ancien premier ministre). Mais j'estime quand même que l'évolution en cours est positive: elle correspond au besoin qu'a l'Europe d'efficacité et de visibilité dans le monde. Les présidences tournantes n'ont aucune signification au niveau mondial, et sur le plan européen, il suffit d'une évolution imprévue pour que les programmes semestriels soient bouleversés. La Présidence espagnole a été présentée, en Espagne même, comme un demi-échec, à cause d'événements qui ne dépendaient en rien de Madrid: crise grecque, annulation du Sommet euro-méditerranéen, autres évolutions imprévisibles. L'Espagne a pourtant géré avec efficacité et courage des situations délicates et obtenu des résultats considérables dans plusieurs domaines. Mais ces résultats ont été largement méconnus en Espagne même.
À présent, la manière dont la Présidence belge interprète son rôle et entend gérer son activité, en appui au succès de la nouvelle structure institutionnelle, est, à mon avis, raisonnable et sera positive.
(F.R.)