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Bulletin Quotidien Europe N° 10118
AU-DELÀ DE L'INFORMATION / Au-delà de l'information, par ferdinando riccardi

Le nouveau partenariat euro-américain est en train de naître sous nos yeux

L'évolution s'accélère. Et si le nouveau partenariat euro-américain était déjà en train de naître sous nos yeux? Le document de Notre Europe, présenté le mois dernier (voir notre bulletin n° 10099), invitait les Européens à se préparer au changement; et voici que les évolutions sont plus rapides que prévu.

Cette rubrique avait observé (bulletin N°10101) que le message de ce document représentait surtout un appel aux Européens à récupérer leur véritable autonomie, non seulement économique et monétaire mais aussi politique et (progressivement) militaire, par la relance et l'approfondissement de la construction européenne. L'époque d'un partenariat euro-américain privilégié et presque exclusif est dépassée. L'évolution est en cours et l'UE doit être prête à y faire face. Le document évoque la possibilité pour les deux parties d'alliances différentes, de priorités pas toujours uniformes, d'un partenariat fondé sur une autonomie réelle dont l'Europe doit se donner les moyens. Cet appel réunissait des « anciens » qui ont joué un rôle de premier plan dans l'histoire de la construction européenne (Jacques Delors, Étienne Davignon, etc.) et des hommes politiques en pleine activité qui ont pris le relais (Jerzy Buzek, Guy Verhofstadt, etc.).

Et voici que l'évolution américaine s'accélère. Tout en gardant les liens avec l'Europe, les États-Unis ne cachent pas leurs nouvelles priorités. Certains pays de l'UE n'y étaient pas préparés et ils sont désemparés, notamment à l'Est (voir plus loin). En revanche, au sein des institutions, le Parlement européen a donné l'exemple de l'autonomie, en rejetant ou en critiquant certaines attitudes américaines. La Commission est plus ferme dans l'affirmation des raisons et des intérêts européens. Les autorités américaines parfois réagissent, mais en s'efforçant aussi de mieux expliquer et justifier leurs positions. D'un côté comme de l'autre, on essaye d'aplanir les divergences et de consolider une coopération qui est de toute façon incontournable, ressentie comme telle aussi bien par la classe politique que par les opinions publiques, par les milieux économiques et par le monde de la culture. Mais la recherche d'un équilibre entre la coopération étroite et la différence des intérêts respectifs n'est pas toujours aisée ; c'est tout l'enjeu du nouveau partenariat.

Quelques exemples. Afin de ne pas donner à ce commentaire le caractère d'un sermon sur les bonnes relations euro-américaines, rappelons quelques cas concrets. En Europe centrale et orientale, une large partie de la classe politique et des opinions publiques a constaté avec perplexité, voire même déception, la relance vigoureuse de la coopération entre Washington et Moscou, ressentie comme la fin de l'époque pendant laquelle les États-Unis constituaient le bouclier protecteur face à la menace russe. Déjà en juillet 2009, Lech Walesa et d'autres personnalités avaient adressé une lettre à Barack Obama pour exprimer « le sentiment de nervosité croissante »: leur région se sentait abandonnée. À ce moment-là était encore en vie le projet américain de déployer en Pologne et en République tchèque des éléments du bouclier antimissile ; quelques mois plus tard, ce projet était révisé, et suite aux nouveaux accords Obama-Medvedev, la Russie est devenue pour les États-Unis un partenaire et non plus une menace. Pour les pays européens qui, pour des raisons historiques et géographiques, continuent à craindre la « menace russe », c'est un choc; ils doivent comprendre que leur salut et leur avenir dépendent de plus en plus de l'UE. Et le drame polonais de samedi dernier pourrait même, selon certains observateurs, susciter un rapprochement entre la Pologne et la Russie.

Pas nécessairement négatif. Sur le plan bilatéral, divergences et conflits d'intérêts ont toujours existé ; mais le climat et le ton évoluent. Le rejet par le Parlement européen de l'accord Swift (sur le transfert de données bancaires à des fins de lutte contre le terrorisme) aurait été autrefois impensable, mais il a été efficace: c'est ainsi que Washington a découvert le Parlement européen, et la Commission a annoncé un nouveau projet impliquant une meilleure protection des données personnelles des citoyens européens. Le rapport de l'OMC sur les plaintes croisées concernant les subventions respectives de l'UE et des USA à Airbus et à Boeing est toujours controversé ; Karel De Gucht a préconisé une solution négociée. Le même commissaire européen, qui a son franc-parler, a accusé les États-Unis de protectionnisme à propos du dossier des avions ravitailleurs pour l'US Air Force, et il a invité les Américains à bouger à propos du volet agricole du Doha round, car il estime que l'UE a déjà offert le maximum. De leur côté, les Américains accusent de discrimination à leur détriment certains aspects des orientations européennes en matière de hedge funds.

On pourrait prolonger la liste des désaccords. Mais l'évolution n'est pas nécessairement négative. La volonté de coopérer subsiste, avec des méthodes nouvelles et davantage d'autonomie réciproque ; c'est l'esprit du nouveau partenariat. Les priorités américaines évoluent. L'Europe doit s'y adapter.

(F.R.)

 

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