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Bulletin Quotidien Europe N° 10099
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INFORMATIONS GÉNÉRALES / (eu) ue/euromed

L'innovation, seul moteur de la croissance dans l'espace EuroMed

Tunis, 16/03/2010 (Agence Europe) - L'espace euroméditerranéen est propice à l'investissement dans la recherche et l'innovation mais le développement de ses capacités attractives nécessite une remise en ordre de son environnement économique, administratif et surtout financier et, comme partout, y compris en Europe, se pose la question des relations entre les novateurs - souvent des universités - et le monde de l'entreprise. La BEI comme la Commission européenne s'engagent aux côtés des Méditerranéens et une stratégie commune sera soumise à la décision, en mai, des ministres des Finances.

Telle serait la principale conclusion de la journée de débats qui a eu lieu à Tunis lundi 15 mars à l'initiative de la Banque européenne d'investissement (BEI) et de son instrument financier dans la région, la FEMIP (Facilité euroméditerranéenne d'investissement et de partenariat) en collaboration avec le ministère tunisien de la Coopération internationale. Autre conclusion à noter, celle concernant le rôle des PME considérées comme la source principale de l'innovation et qui joueraient un rôle naturel dans le « renouvellement générationnel » des entreprises, par le remplacement de celles « vieillissantes » dont les techniques et méthodes entrent en phase d'obsolescence. Ces conclusions, tirées des différentes interventions au cours de la conférence de Tunis, la 7ème du genre, ont surtout mis en exergue la question des instruments financiers considérés comme souvent mal adaptés, au point que peu d'entreprises y sont, au final, éligibles.

C'est pour encourager à une remise en ordre et à la mise en relation des entreprises innovantes de l'espace euroméditerranéen, autant qu'entre les chercheurs et les entreprises, que la BEI a organisé cette conférence, a indiqué son vice-président Philippe de Fontaine Vive, tout en reconnaissant que l'intervention de la banque dans l'innovation et la recherche en Méditerranée demeure encore « modeste », à peine 300 millions d'euros jusqu'à présent engagés au titre de la FEMIP en Tunisie, au Maroc, en Palestine et bientôt en Syrie. La banque espère cependant dégager un « modèle euroméditerranéen de coopération, d'échanges et de synergies » qui passerait par des mises en réseau souhaitées par la plupart des intervenants. Le modèle serait celui d'une certaine « mitoyenneté », a indiqué Frédéric Blanc, au nom de FEMISE (réseau des organismes d'études économiques euroméditerranéens).

Le « maillon faible » du processus reste celui des financements et des synergies entre les innovateurs et le monde des entreprises dont la solution passerait par des entités spécialisées dans le transfert de technologie pouvant être conçues en partenariat entre universités et organismes de financement. L'enjeu est capital, a souligné Jean-Hervé Lorenzi, président du Cercle des économistes, car « l'innovation est au coeur de la croissance » en Europe comme en Méditerranée et, dans cette dernière zone, l'avenir est à la « montée en gamme technologique » pour être compétitif et acquérir un rang sur le marché mondial des nouvelles technologies. Cela passe plus par « l'organisation et la création d'un environnement » propice que par l'acquisition de matériels: « La technologie, ce ne sont pas seulement les puces électroniques » mais elle est surtout dans leur usage et leur adaptation. « Comment les Japonais ou les Coréens y sont-ils arrivés », a-t-il dit. « L'initiative technologique est un processus difficile » à organiser par « le haut » et doit plutôt venir du « bas » sans trop d'intervention de l'autorité publique, a, en substance, estimé Jean-Claude Prager, directeur d'une agence pour la diffusion de l'information technologique (ADIT).

Le ministre tunisien de la Coopération internationale, Nouri Jouini, a, à l'appui, souligné le besoin d'un effort dans l'éducation pour préparer aux mutations technologiques. Il a mis en avant, lui aussi, le risque d'une accentuation de la « fracture numérique » entre les deux rives de la Méditerranée et souligné le besoin d'un effort collectif euroméditerranéen. « Les efforts doivent être, a-t-il dit, déployés selon trois axes: la stimulation et la valorisation du potentiel humain, la coordination des politiques et des programmes de recherche et la garantie d'un financement approprié ». Mohammed Pournik, du centre régional du Caire du PNUD, a quant à lui indiqué le risque d'une aggravation du « processus de désertification industrielle » dans la partie arabe de la Méditerranée qui s'accompagne de l'absence d'un « moteur pour le développement des secteurs technologiques » faute « d'avantages comparatifs et de peu de valeur ajoutée ».

Philippe Froissard, de la DG Recherche de la Commission européenne, s'est attaché à rassurer l'auditoire en affirmant que son institution a conscience de l'importance de l'enjeu. Elle place, a-t-il assuré, l'avenir de la coopération dans la promotion et le soutien à l'innovation, mentionnant plusieurs initiatives comme par exemple INCO-Net-MIRA, qui sert à l'identification des priorités de la coopération scientifique et technologique et à la mise en place d'un observatoire en ce domaine. 19 millions d'euros de ressources budgétaires communautaires sont actuellement réservés à cette coopération, a-t-il indiqué, ajoutant que l'essentiel de l'effort sera cependant dans la mise en réseau et la création de synergies entre les entreprises innovantes des deux rives de la Méditerranée. Il a annoncé le lancement d'EMIS, programme Euromed de l'innovation et de la recherche scientifique. Il a également cité l'intention d'encourager la circulation des chercheurs dans l'espace euromediterranéen. Pour illustrer l'effort à développer et des défis à relever, John Halloway, directeur du Fonds européen d'investissement (FEI), a fait part de l'expérience européenne qui montre aussi, a-t-il souligné, que la question des financements et les nécessaires mises en liaison entre chercheurs et entreprises, sont le principal défi à relever indiquant les « inégalités de situation » d'un État membre de l'UE à un autre.

En conclusion de ces débats, le vice-président de la BEI, M. de Fontaine Vive, a indiqué que « l'état des lieux » ainsi élaboré sera transmis aux ministres des Finances de l'espace euroméditerranéen dont la réunion, le 18 mai prochain à Bruxelles, devrait déboucher sur une stratégie régionale sur l'innovation et le rôle que peuvent jouer les PME. Clôturant la manifestation, le Premier ministre tunisien Mohamed Ghannouchi a fait part des projets de son pays afin que la part des productions à haut contenu puisse atteindre 50% du total des exportations industrielles du pays en 2016 et pour s'y préparer un Fonds commun de placement a été créé doté de 50 millions de dinars, soit près de 30 millions d'euros. (F.B.)

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