Barcelone, 04/03/2010 (Agence Europe) - De retour du Caucase, où il conduisait une délégation de l'Union européenne (voir nos éditions précédentes), Miguel Ángel Moratinos est arrivé, jeudi 4 mars à Barcelone, où il devait participer, le soir même, à l'inauguration du secrétariat de l'Union pour la Méditerranée. Dans un entretien accordé à EUROPE, le ministre des Affaires étrangères de l'Espagne, pays qui exerce actuellement la présidence tournante du Conseil de l'UE, a réitéré la nécessité d'un engagement plus poussé de l'UE en faveur de l'ensemble des pays du Caucase. L'Union pour la Méditerranée devrait, quant à elle, se mettre immédiatement au travail pour mettre en œuvre les grands projets prioritaires. (A.By.)
Agence Europe: Comment l'UE peut-elle s'engager davantage dans le partenariat avec les pays du Caucase ?
Miguel Ángel Moratinos: L'Union européenne a un rôle de plus en plus important dans toute la région du Caucase. C'est une région stratégique mais en même temps, c'est une région qui regarde l'Europe avec l'ambition de s'associer au maximum avec l'Union européenne. Dans cette optique, l'Union européenne, surtout après le Traité de Lisbonne, doit être capable d'exercer une influence dans la région. Nous avons le partenariat oriental et nous avons des accords d'association en marche avec les trois pays: Arménie, Azerbaïdjan et Géorgie. Il est impensable que l'Union européenne ne développe pas un rôle plus actif, plus important dans tous les différends et disputes et difficultés qui se produisent dans la région. Je crois que nous avons une capacité politique, diplomatique, économique, financière qui est très forte. Et tout cela, il faut l'utiliser au bénéfice de ces pays.
A. E.: Vous avez évoqué le Traité de Lisbonne. Où en sont les discussions sur le service européen d'action extérieure ?
M. Á. M.: La Haute Représentante/vice-présidente de la Commission, Mme Ashton, est en train de travailler d'une façon très intense (…) Elle maintient la date du mois d'avril pour le lancement du service. Demain (vendredi soir - NdlR), les ministres des Affaires étrangères auront une discussion informelle au sein des 27 dans le cadre du Gymnich à Cordoue. À partir de cette discussion informelle, j'imagine que les différents organes communautaires (groupes de travail, COREPER, etc.) vont se saisir du dossier. On espère que d'ici avril, la Haute Représentante sera en mesure de saisir les États membres, le Parlement européen et la Commission et les amener sur la même ligne et les impliquer dans la mise en œuvre de ce nouvel instrument très important pour l'avenir de l'Union européenne.
A. E.: Comment imaginez-vous ce service?
M. Á. M.: Ça doit être un grand outil diplomatique que la Haute Représentante de la politique étrangère européenne va adapter à l'expérience de la Commission (...), des États membres et à leurs propres angoisses ainsi qu'à la nouvelle façon de travailler sous le Traité de Lisbonne.
Au cours de la réunion de demain, les ministres continueront le travail pour trouver l'équilibre entre ce qui était la vieille représentation européenne - qui était assurée par la Commission et le secrétariat du Conseil - et la nouvelle fonction d'intégration des efforts, des expériences et des capacités entre les États membres. Ensuite, il faudra s'occuper du statut des fonctionnaires, des questions financières, d'organisation, de direction et de planification (...) des relations extérieures. (…) La nouvelle structure devra être mise sur pied pour mener une nouvelle aventure qui est la diplomatie européenne.
A. E.: Quelles sont les perspectives de relance du processus de paix au Proche-Orient ?
M. Á. M.: Je crois que la situation est difficile. Il n'y a pas eu le moment espéré où les politiques d'Israël et des pays arabes coïncident pour dire qu'on doit donner la priorité à la politique de reprise de négociations. (…) Depuis des années, il n'y a pas eu de négociations politiques pour arriver à une solution définitive (…) avec deux États qui vivent en paix et en sécurité.
A. E.: Est-ce que l'Union pour la Méditerranée jouera un rôle dans ce processus?
M. Á. M.: C'est une grande journée à Barcelone (jeudi) parce qu'après les grands efforts diplomatiques, il faut reconnaître l'importance des difficultés surmontées et des mécanismes mis en œuvre pour lancer l'Union pour la Méditerranée. Nous sommes 43 pays qui travaillons en consensus et il faut arriver à concilier les possibilités et les ambitions de tous. Finalement, nous avons réussi à nous accorder sur le statut du secrétariat, la nomination du secrétaire général et la nomination de six secrétaires généraux adjoints. Ils pourront se mettre directement au travail pour développer et accompagner l'application des quatre grands projets qui ont été adoptés à Paris (…). Cela va nous permettre de relancer l'Union pour la Méditerranée et créer les conditions favorables pour le sommet de Barcelone de l'Union pour la Méditerranée, organisé plus tard dans l'année par la Présidence espagnole.
A. E.: Au vu des catastrophes naturelles actuelles, n'est-il pas envisageable de relancer l'idée d'une force de protection civile de l'UE?
M. Á. M.: La réaction européenne au tremblement de terre à Haïti a démontré la nécessité d'une nouvelle gestion européenne. (...) Le Traité de Lisbonne inclut la clause de solidarité. Cette clause de solidarité permet aux États de venir en aide à l'intérieur des frontières de l'UE. La Haute Représentante devrait travailler, sur la base effectivement du document de Michel Barnier, et présenter au Conseil, une nouvelle initiative pour avoir une force, une capacité d'aide civile dans les crises humanitaires. Pour les situations extérieures à l'Union, il serait bon d'avoir une capacité civile, une capacité militaire et une capacité d'assistance humanitaire.