Bakou, 03/03/2010 (Agence Europe) - L'Union européenne prend conscience qu'elle ne peut plus laisser les conflits « prolongés » sans résolution, au risque de revoir dans le cas entre autres du Haut-Karabakh, une situation analogue aux événements d'août 2008. Tant à Erevan qu'à Bakou, le ministre espagnol des Affaires étrangères, Miguel Ángel Moratinos, qui présidait, au nom du Haut représentant de l'UE, Catherine Ashton, les 2 et 3 mars, le dialogue politique (qui remplace la troïka de l'UE) dans les pays du Caucase du Sud (Arménie, Azerbaïdjan, Géorgie) était optimiste quant au rapprochement entre l'UE et ces pays, surtout l'Arménie et l'Azerbaïdjan, et à la possibilité de résolution du conflit du Haut-Karabakh.
« Nous avons parlé des conflits gelés, nous avons parlé des conflits prolongés, maintenant il va falloir parler des conflits résolus », a dit, mardi 2 mars, M. Moratinos au cours d'une conférence de presse conjointe avec son homologue azéri Elmar Mammadyarov à l'issue de la deuxième étape de son déplacement dans le Caucase du Sud. Et d'affirmer que « nous sommes arrivés à une phase finale d'engagement des parties à trouver une solution définitive » avec le soutien du groupe de Minsk et des principes de Madrid (connus de longue date mais agréés par les parties en 2007 sous la présidence espagnole de l'OSCE comme base de négociation). Ces engagements, dont une version révisée a été présentée mardi par l'Arménie, où M. Moratinos faisait escale avant d'arriver à Bakou, plaident pour une solution conforme à l'Acte final d'Helsinki, en ce qui concerne l'interdiction des recours à la force ou à la menace d'utiliser la force, l'intégrité territoriale, les droits égaux et l'autodétermination des peuples. Il s'agirait notamment de restituer une partie des territoires occupés par l'Arménie autour de l'enclave du Haut-Karabakh (environ 14% du territoire azerbaïdjanais) en déterminant en même temps le statut de cette région. L'une des dernières propositions azerbaïdjanaises prévoyait un statut analogue à celui de l'enclave de Nakhichevan (enclave azérie en Arménie bénéficiant du statut de République associée). Les deux seraient reliées par des corridors terrestres de manière à assurer l'accès direct à ces deux enclaves. Toutefois, restent encore à régler les questions des détenus politiques et du retour des personnes déplacées (environ un million, selon des sources azerbaïdjanaises). L'Azerbaïdjan a fait savoir, les jours précédant la visite des Européens, espérer la libération de militants azéris détenus par l'Arménie. Au cours d'une conférence de presse, mardi dans la matinée, le ministre des Affaires étrangères arménien, Edouard Nalbandian, a exhorté l'Azerbaïdjan à retirer de la zone du Haut-Karabakh, de présumés « snipers ».
Une réunion du groupe de Minsk (lancé après la guerre azéri-arménienne qui réunit un représentant américain, un Français et un Russe) doit avoir lieu le 4 mars à Paris. Le 26 janvier dernier, les présidents azéri Ilham Aliyev et arménien Serge Sarkissian se sont rencontrés en tête-à-tête à Sotchi pour aborder cette question. Un mois plus tard, le ministre de la Défense azéri, Safar Abiev, a mis en garde contre une « grande guerre » dans le Caucase, si l'Arménie ne retirait pas ses troupes du Haut-Karabakh. Le pays a déjà attendu 15 ans le règlement de ce conflit et n'entend pas attendre 15 ans de plus pour la résolution de ce problème, a-t-il dit.
Les pourparlers de mardi ont certainement permis de se rapprocher de l'ouverture d'un « nouveau chapitre », selon l'expression du président Aliyev, dans les relations que l'UE développe avec l'Arménie et l'Azerbaïdjan. Les négociations en vue de conclure les accords d'association avec les deux pays pourraient être lancées encore au cours de la Présidence espagnole, et se dérouler au même rythme. La conclusion des accords de réadmission et de facilitation en matière de visas (à ce stade conclus uniquement avec la Géorgie) et l'approfondissement de liens dans le domaine de la justice et des affaires intérieures pourraient intervenir en parallèle. Viendront ensuite les négociations en vue des accords de libre-échange prévus par le partenariat oriental, mais dont la conclusion avec l'Azerbaïdjan ne sera possible qu'après l'adhésion de ce pays à l'OMC. Les deux pays ont déjà accepté le programme visant à développer la confiance proposé par l'UE, en appui au partenariat existant dans les domaines tels que les médias, l'éducation ou la société civile. Il faudrait que d'autres efforts soient faits, dans chacun des trois pays, en particulier dans le domaine de droits de l'Homme, de la démocratie (transparence des élections) et de la participation de la société civile. Les contacts avec Bruxelles ne cessent de se multiplier et l'UE commence à marquer sa présence sur le terrain (outre la nomination du Représentant spécial, l'UE dispose d'une représentation dans chacun des États). Le commissaire européen à l'Élargissement, Stefan Füle, devrait se rendre dans la région en avril ; le président arménien sera à Bruxelles à fin du même mois, tout comme des représentants de la Géorgie qui devraient se rendre à Bruxelles au cours du premier semestre de cette année.
Un autre point qui reste à résoudre est le rapprochement turco-arménien, soutenu vivement, selon certains un peu trop « à l'aveugle » par l'Union européenne, mais dont la mise en œuvre contribue, selon d'autres, à la résolution du conflit du Haut-Karabakh. Tant la Turquie que l'Azerbaïdjan lient la mise en œuvre de deux protocoles signés en octobre par Ankara et Erevan à la résolution du conflit autour du Haut-Karabakh. L'Arménie, pour sa part, souhaite avant tout une ouverture de sa frontière bloquée par la Turquie. À ceci s'ajoute la position que le Congrès américain devrait adopter, jeudi 4 mars, sur les massacres ou « le génocide » des Arméniens en 1915. L'Arménie a par ailleurs adopté, jeudi 25 février, un amendement au projet de loi sur les accords internationaux, lui permettant de renoncer à ces derniers avant leur entrée en vigueur. Cette disposition sera aussi valable pour les protocoles signés avec la Turquie sur la reprise et la restauration des relations diplomatiques et bilatérales.
Gazprom fait des offres de plus en plus intéressantes concernant le gaz azerbaïdjanais, dans l'espoir de bénéficier de l'accès à la deuxième exploitation (Shah Deniz) de gisements de pétrole, alors que l'Azerbaïdjan ne cesse de diversifier ses exportations de gaz (des accords étant également en vue avec l'Iran et la Roumanie). Dans une interview datant du 25 février, le patron du pétrolier azéri SOCAR n'a pas exclu la participation de son pays au projet South Stream. Il a toutefois mis en garde contre une politisation de la question énergétique. Interrogé lors de sa visite à Bakou, M. Moratinos a reconnu que l'énergie faisait aussi partie des discussions entre M. Mammadyarov et lui, et que les deux parties étaient « déterminées » à travailler ensemble. (A.By.)