Bruxelles, 23/02/2010 (Agence Europe) - Le volet extérieur de la stratégie climatique de l'UE après l'échec de Copenhague, qui aurait dû être discuté au Conseil européen extraordinaire informel du 11 février, sera tout en haut de l'agenda du Conseil européen de mars, conformément au souhait de son président permanent Herman Van Rompuy. Dans cette perspective, le Conseil Affaires générales (CAG), présidé par Miguel Ángel Moratinos, s'est penché sur le sujet, lundi 22 février à Bruxelles. Une occasion pour Connie Hedegaard, commissaire européenne à l'Action pour le climat, de venir, pour la première fois, livrer aux ministres, son analyse de l'échec de Copenhague et ses propositions d'action pour que l'UE s'en tire mieux, lors des prochaines étapes des négociations, sans toutefois renoncer à son niveau d'ambition.
Ce CAG s'est tenu « dans le nouveau cadre instauré par le Traité de Lisbonne », lequel renforce le rôle de coordination du Conseil, qui a vocation à « aider, préparer et accompagner les travaux de Herman Van Rompuy en vue du prochain Conseil européen des 25 et 26 mars », a précisé à la presse M. Moratinos. Du débat est clairement apparu que les ministres des Affaires étrangères souhaitent s'impliquer davantage dans le dossier climatique, au même titre que les autres formations compétentes du Conseil.
M. Moratinos s'est montré satisfait du consensus qui s'est dégagé sur les prémices d'une stratégie future, apte à mieux faire entendre la position européenne sur la scène internationale. « Pour la première fois depuis Copenhague, nous avons tiré des conclusions, et nous sommes tous d'accord: l'UE était bien préparée et à l'avant-garde de la lutte contre le changement climatique. Pourtant elle n'a pas eu la technique, les alliances, la bonne procédure de négociation pour défendre avec succès les objectifs ambitieux qu'elle poursuivait », a déclaré le président. Et d'ajouter: « L'UE continuera à être à l'avant-garde de la lutte contre le changement climatique. Elle souhaite maintenir ses ambitions, mais nous voulons améliorer notre procédure, que ce soit à Bonn (du vendredi 9 au dimanche 11 avril, lors de la prochaine session formelle de négociations onusiennes au niveau des experts, puis du 31 mai au 11 juin) ou à Mexico (COP 16, du 29 novembre au 10 décembre). « Nous avons pris note d'un grand nombre de suggestions. La Commission européenne et la Présidence lanceront des actions pour définir nos procédures en vue de conserver le rôle de chef de file de l'UE », a-t-il annoncé. La nouvelle stratégie visera à identifier les alliances possibles et à les conforter, a précisé M. Moratinos. C'est à cette fin, précisément, que Mme Hedegaard vient d'être mandatée par José Manuel Barroso pour consulter rapidement les principaux partenaires aux négociations en privilégiant la recherche d'alliances avec les pays en développement et les petits États insulaires vulnérables au réchauffement qui se sont montrés les plus progressistes à Copenhague (voir la lettre adressée le 18 février par Barroso aux chefs d'État des 27 dans EUROPE n°10081).
Au nom de la Commission européenne, son vice-président Maroš Sefèoviè a dit « souscrire à la méthode retenue par la Présidence », à savoir « l'établissement d'un état des lieux et d'une feuille de route pour recueillir les contributions des autres formations du Conseil » au sommet de printemps. Connie Hedegaard, elle, a parlé d'un échange de vues fructueux et ciblé. Si « l'Europe veut continuer à être chef de file », il convient de veiller « à parler d'une seule voix, sans discordances ». Partisane d'une approche prudente et progressive, elle a ajouté: « Nous devons tâter le terrain pour savoir quels résultats on peut obtenir par étape, à Bonn, puis à Mexico ». Devant les ministres, la commissaire n'a pas caché qu'elle ne croyait pas à l'obtention d'un accord global juridiquement contraignant à Mexico, mais plutôt en 2011 lors de la COP 17 en Afrique du Sud (l'un des pays du groupe BASIC). Si l'UE revendique un tel accord, elle prend le risque de se fourvoyer, comme à Copenhague, a en substance expliqué la commissaire qui croit davantage en un accord, à Mexico, sur l'adaptation, les transferts de technologie et un mécanisme de lutte contre la déforestation et la dégradation des forêts, ainsi que sur des passerelles vers des objectifs de réduction des émissions à un horizon plus lointain que 2020 (2025 par exemple).
S'agissant de l'offre de l'UE notifiée à l'ONU - une réduction de 20/30% des émissions à l'horizon 2020 par rapport à 1990 -, elle a reconnu qu'aucune conclusion n'avait été tirée à ce stade sur le passage de 20 à 30. « Ce n'est pas un jeu à somme nulle. Les lignes bougent, en Chine, au Japon, aux États-Unis », a-t-elle fait observer, convaincue que l'UE ne peut faire l'impasse sur une économie sobre en carbone, et doit peser les avantages qu'elle peut retirer, « soit d'un statu quo, soit d'une avancée ». À un journaliste qui lui demandait si l'Europe avait fait son autocritique pour avoir été éclipsée à Copenhague par Barack Obama et les pays émergents, Mme Hedegaard a répondu qu'il fallait éviter la tentation de créer des mythes. « Il y a eu des mauvaises expériences, certes, mais on ne peut dire que l'UE n'a pas été de la partie. Obama a négocié dans une salle avec d'autres ». La leçon à en tirer c'est, à son avis: « Comment pouvoir mieux négocier dans une situation où le reste du monde n'est pas d'accord avec nous, comment tracer des lignes rouges et se laisser des marges de manœuvre pour être meilleurs ? ». (A.N.)