Bruxelles, 23/02/2010 (Agence Europe) - Faisant rapport au Conseil général de l'OMC, lundi 22 février à Genève, Pascal Lamy a informé les ambassadeurs des 153 pays membres de l'organisation qu'il était « trop tôt » pour réunir fin mars les ministres du Commerce, afin d'évaluer les progrès des négociations du round de Doha, accomplis depuis la réunion ministérielle de New Delhi en septembre 2009. Le directeur général de l'OMC renonce donc à l'idée d'un rendez-vous ministériel de bilan, qu'il avait suggérée en décembre à l'issue de la 7ème conférence ministérielle de l'OMC (30 novembre-2 décembre 2009 à Genève, EUROPE n° 10033). Devant le Conseil général de l'OMC du 17 décembre, M. Lamy avait laissé ouverte la question du format de la rencontre, qui dépendrait de l'évolution des pourparlers au premier trimestre ; l'objectif de l'exercice étant de déterminer s'il est faisable de conclure le round en 2010. Au final, ce seront donc les hauts fonctionnaires qui se réuniront les 29 et 30 mars à Genève pour faire le point de la situation. Mais pour M. Lamy, la décision de conclure un accord global et définitif en 2010 est une question politique qui doit être prise par les ministres. « Il va falloir qu'ils s'engagent », a martelé lundi le patron de l'OMC.
Comme nous avons pu le constater récemment, le coup de froid du Forum économique mondial de Davos fin janvier, où l'absence du représentant américain au Commerce, Ron Kirk, a quelque peu renforcé les doutes des ministres présents (Afrique du Sud, Australie, Brésil, Inde, Japon, Suisse et UE en particulier) quant à l'engagement réel des États-Unis en faveur du round, n'a pas altéré l'optimisme du patron de l'OMC, qui a vu dans le discours sur « l'état de l'Union », prononcé début janvier par le président américain Barack Obama, des raisons d'espérer de conclure cette année le laborieux round lancé en 2001. Au plan technique, les médiateurs sur les volets de l'agriculture et des produits industriels, le Néo-Zélandais David Walker et le Suisse Lucius Wasescha, redoublent d'efforts pour réduire les divergences entre les membres. Principal écueil sur le chapitre agricole, la question du mécanisme de sauvegarde spéciale pour les pays en développement, qui oppose depuis juillet 2008 les États-Unis et l'Inde, a notamment fait l'objet d'intenses consultations du 1er au 12 février.
Reste que la hausse du chômage et la crise sociale dans un grand nombre de pays membres, conséquentes à la récente crise économique et financière, semble avoir quelque peu remis en cause l'objectif d'une plus grande ouverture des frontières aux échanges. Empêtrée dans la réforme du secteur de la santé aux États-Unis, et occupée par la sortie de crise financière, l'administration Obama doit aussi jongler avec le renouvellement partiel à la mi-novembre du Congrès, qui n'a d'ailleurs toujours pas confirmé les nominations du nouvel ambassadeur des États-Unis à l'OMC, Michael Punke, ainsi que du négociateur agricole américain, Isi Siddiqui. En dépit de l'engagement de l'administration Obama en faveur de l'ouverture des marchés, Washington ayant notamment pour ambition de doubler les exportations des États-Unis à l'horizon 2015, l'échéance électorale américaine pourrait se révéler un obstacle de taille en vue de conclure le round en 2010, tout autant que devrait l'être l'élection présidentielle au Brésil, où Luiz Inacio Lula Da Silva, qui s'est révélé un dirigeant très actif dans les négociations de Doha, quittera ses fonctions à la fin de l'année. (E.H.)