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Bulletin Quotidien Europe N° 10069
AU-DELÀ DE L'INFORMATION / Au-delà de l'information, par ferdinando riccardi

Union pour la Méditerranée: les causes de l'inefficacité et du scepticisme

Renforcement des relations oui, mais… L'UE doit soigner et développer ses relations avec les pays tiers méditerranéens. C'est le souhait de tous ; il suffit de rappeler avec quelle vigueur les États membres non riverains de cette mer, l'Allemagne en tête, avaient réagi lorsque la France avait d'abord lancé le projet d'une Union de la Méditerranée à laquelle seuls les pays riverains auraient participé. Ce n'est donc d'aucune manière le renforcement des relations avec les pays tiers méditerranéens qui est en cause mais la formule retenue: celle de l'Union pour la Méditerranée (UpM) avec ses institutions, son poids bureaucratique, son Assemblée, et des objectifs aussi illusoires qu'une Zone de libre-échange globale, alors que les aspirations des pays concernés diffèrent radicalement et aucune unité n'existe entre eux (voir cette rubrique d'hier).

Au cours des mois, le projet initial s'est encore gonflé. L'extension de l'UpM à tous les États riverains (logique, étant donné les critères de participation) a eu le résultat d'y introduire des pays comme la Bosnie-Herzégovine, l'Albanie, le Monténégro, et ainsi de suite, dont les situations et les problèmes sont radicalement différents de ceux des pays de la rive Sud et qui ont avec l'UE des relations et des ambitions d'une toute autre nature. Réunir des pays si disparates dans une seule Union, avec les mêmes institutions et les mêmes programmes, c'est une opération irréaliste. D'ailleurs, des réticences existaient dès le départ. La Turquie, concentrée sur son objectif de l'adhésion, n'était pas du tout intéressée, et c'est sans enthousiasme qu'elle a cédé en définitive aux pressions des promoteurs du projet. La Libye n'y a jamais adhéré, en soutenant que l'UpM nuit à l'unité africaine ; certains pays d'Afrique noire ont exprimé des craintes analogues. Et le cercle des sceptiques, à l'égard non pas des objectifs mais de la méthode, s'élargit.

Le cercle des sceptiques. Ce n'est pas une opinion personnelle. Voici ce qu'avait écrit en décembre dernier notre collaborateur Fathi B'Chir dans la revue MedAfrique: « La coopération recherchée n'aurait sans doute pas besoin d'être placée dans un tel cadre pompeux et finalement sans consistance. Ni l'énergie, ni le commerce, ni un système de règles d'origine, ni la coopération entre les PME, ni même l'agriculture ni le dossier des migrations n'ont besoin de réunions à grand renfort de tambours et trompettes: les accords d'association bilatéraux et les 'plans d'action' suffiraient amplement. (…) Le plus urgent n'est pas de réunir des chefs d'État mais d'engager un débat clair, ambitieux et même contradictoire sur les objectifs. On l'a répété maintes fois: la coopération euro-méditerranéenne porte sur 'tout sauf les Institutions' » Je constate que c'est le contraire qu'on a fait: une machine institutionnelle lourde qui ralentit et rend malaisées les réalisations.

Exigences irréalistes? Pourquoi l'UpM ralentit les réalisations ? S'agissant d'une Union entre égaux, les organisations des Droits de l'homme et certains groupes politiques du Parlement européen exigent partout le respect des libertés politiques selon les critères européens: droits de l'opposition, égalité hommes/femmes, liberté de la presse, liberté d'expression. Il est évidemment normal et même positif que les nombreux organismes et associations qui veillent à ces aspects dénoncent les entorses partout où elles se produisent ; elles le font avec vigueur à l'intérieur de l'UE elle-même, elles n'ont pas à se taire sur ce qui arrive dans l'UpM (même si leurs dénonciations donnent parfois l'impression d'être quelque peu sélectives…) Le problème résulte du fait que certaines forces politiques réclament la suspension des liens avec les pays incriminés, alors que le fonctionnement d'une Union telle que l'UpM n'est pas possible si l'un ou l'autre participant est périodiquement suspendu. Les accusations sont variables: un jour, c'est l'Algérie car elle ne respecte pas les droits des Berbères ou des Kabyles (qui réclament l'autonomie), un autre, c'est la Turquie pour les Kurdes, un autre l'Égypte pour les Coptes, et bien entendu Israël pour les Palestiniens. Même le Maroc, qui a obtenu le « statut avancé », est critiqué au titre de la « cause oubliée du peuple sahraoui ». Le cas de la Tunisie est symptomatique: selon plusieurs observateurs, elle a sensiblement progressé dans la bonne direction ; mais des lacunes subsistent, et certaines forces politiques lui reprochent de ne pas respecter la liberté de la presse et les droits de l'opposition. D'autres répondent que l'évaluation d'un pays devrait tenir compte aussi d'autres critères: la situation de la femme, le progrès économique, les élections libres.

Projets concrets, moins de bureaucratie. La coopération de l'UE avec les États de l'autre rive peut et doit se développer sur des projets concrets, variables selon les pays ou groupes de pays. Ces projets présupposent la continuité, sauf situations vraiment inadmissibles. Si l'on attend l'égalité hommes/femmes totale et parfaite, on ne fait rien. Un certain pragmatisme est nécessaire. Les perspectives sont parfois positives mais elles ne sont pas uniformes. Eneko Landaburu, déjà cité hier, en se félicitant du statut avancé obtenu par le Maroc, avait ajouté que d'autres pays de la rive Sud peuvent y aspirer. Chacun avancera à son rythme. Les bagarres sur le nombre des secrétaires généraux adjoints n'aident pas, elles ralentissent. (F.R.)

 

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